acte premier
Raph.
Tu cherches des raisons! des raisons pour excuser ta paresse, peut-être.
Robert.
Ma paresse! tu y crois aussi?
Raph.
Mais nous sommes tous un peu paresseux, et c'est excusable! Si l'on veut créer, il faut renoncer au repos, presque à la vie. Il ne faut plus que vouloir produire ! vouloir terriblement. Il ne reste plus que quelques joies fugitives, mais profondes, devant chaque œuvre achevée.
Robert.
Eh bien, oui! l'œuvre! j'en suis revenu! Pourquoi? pour qui? Quand on pense que ceux qui vivent tout près de vous ; ceux qui devraient vous connaître ne vous comprennent même pas, même pas la dixième partie de votre rêve, que penser alors des étrangers, de ceux de demain? Qu'ils ne vous soupçonneront sans doute jamais.
Raph.
Ah! je devine pourquoi tu es amer : elle t'a
montré encore une fois que ses bandeaux cachaient des petites oreilles pointues.
Robert.
Crois-tu que ce soit gai ?
Raph.
On ne gàcb.e pas sa vie pour une petite peine d'amour !
Robert.
Ris; n'as-tu jamais été amoureux?
Raph.
Si ! mais en secret ; j'adore de loin car je suis trop laid. Mais, ce sont des bêtises. Ecoute plutôt, j'ai une idée. Tu vas m'accompagner chez moi. Nous rôderons dans le bois; il y fait bon, si bon et si beau que tu y retrouveras toute ton humeur joyeuse. Depuis quelque temps j'écris beaucoup; des idées, des petits poèmes que je compose quand je me trouve seul, en face de la bruyère. Je t'en lirai quelques-uns, tu me donneras ton idée, après. Nous ferons aussi de la peinture et nous suivrons le garde dans ses tournées. Cela te va-t-il ?