‹ Les intellectuels; pièce en trois actesChapitre 53 sur 92 · acte deuxieme i · texte numérisé non relu

acte deuxieme i

Raph.

Je sais, mais je suis venu pour toi. Je voulais te voir, te demander quelque chose, un service.

Un service à moi ?

Raph.

Oui, écoute et ne me contredis point. Je suis perdu.

George.

Perdu ?

Raph.

Perdu, oui; je vais mourir !

George.

Mourir! Voyons c'est fou, à ton âge !

Raph.

Elle s'en inquiète bien, elle, l'autre, la commère aux yeux profonds ! Dis-moi, ne vois-tupas encore sur mon visage la marque avec laquelle elle désigne ceux qu'elle choisira bientôt hors du troupeau... A mon âge ! Elle fauche partout et en tout temps!

i06 les intellectuels

George.

Mais enfin...

Raph.

Ne me contredis point ! C'est ainsi, je le sens et j'ai peur !

Peur?

Raph.

Oui peur! peur! peur! Comprends-tu cette faiblesse ? J'ai peur, non pas du grand recommencement, mais de m'en aller inexprimé.

J'ai peur et je suis triste. J'en ai toujours eu peur, car je savais que cela arriverait.

George.

Il faut chasser de semblables idées.

Raph.

Mon àme a voulu se dire toute entière; elle se révoltait à cette pensée de devoir s'en aller silencieuse comme celle d'un enfant qui a à peine vécu. El]e a compris que jamais elle ne dormirait en paix après une existence inachevée. George! Tout est là ! Ici, dans ce paquet! Mes

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