‹ Les intellectuels; pièce en trois actesChapitre 54 sur 92 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

dessins, mes écrits, des écrits surtout, car au fur et à mesure que ma main s'affaiblissait ma rêverie devenait moins matérielle, et j'ai mieux pu la traduire avec des mots, des sons, que par la forme. Tout est là! il y a beaucoup de choses inachevées, incomplètes, mais tout est si plein de moi ! De toute ma vie, de tous mes espoirs, de toute ma manière de voir et de sentir. George tout est là et je te l'ai apporté.

George.

Voyons ! Raph il faut être calme.

Raph.

C'est une faiblesse, je le sais bien! Mais toi, tu es un fort, tu seras grand ; tout ce que tu défendras sera bien défendu Donne-toi donc la peine de lire un peu, de voir s'il ne s'y trouve rien qui vaille la peine d'être tiré du néant, de cet affreux néant qui me fait horreur! C'estune faiblesse, je le sais, — mais tu dois la comprendre : ne rien dire, ne rien faire, ne rien laisser et avoir tant préparé !

Georgk.

Calme-toi. Je lirai tout ça avec plaisir et j'y trouverai de belles choses, j'en suis certain.

Io8 LES INTELLECTUELS

Nous les ferons même paraître à V Art national si tu veux, mais pas tout de suite.

Raph.

J'ai le temps, l'éternité!

George.

Mais n'exagère donc pas ainsi ! Tu corrigeras toi-même les épreuves ! On est malade, mais on guérit aussi. La science moderne...

Raph.

Cela coûte cher, la science moderne.

George.

Je sais, c'est très vrai : mais par exemple il y a l'hôpital.

Raph (avec horreur).

L'hôpital !

George.

Paul Verlaine y passait des mois entiers.

Il V est mort !

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