ACTE PREMIt-R
Fa BEL.
Non, certainement, tu ne l'es pas, malgré le petit ton ironique que tu prends en disant cela; ni intelligent, ni courageux.
Robert.
Ce n'est pas ma faute. Une grande lassitude, un dégoût de tout m'accable. C'est peut-être de la neurasthénie.
Fa BEL.
De la neurasthénie ! de la neurasthénie ! C'est très moderne, mais de la paresse, c'est bien plus juste.
Robert.
Déplorablement juste! Les hommes de ton époque, ils ont ça : le mot juste !
Fabel.
Les hommes de mon époque ! Les hommes de mon époque, ce n'étaient, parbleu, ni des rêveurs, ni des esthètes, ni des intellectuels, ni..., mais à quoi bon citer tous les noms qu'ils se donnent? C'étaient des hommes, sachant gagner de l'argent, et en état de se faire une existence.
Robert.
C'est très vrai.
Fabel.
Vivre d'eux-mêmes, traiter les affaires, en joignant l'utile à l'agréable. Toi, malgré ton prétendu génie, tu n'es même pas capable de te créer une situation sociale.
Robert.
Il y a longtemps que je le sais et cela ne m'amuse pas.
Fabel.
Au fond, tu V vois une supériorité. Comme tous ceux de ton espèce, tu es Her de ce qui n'est qu'une faiblesse.
Robert.
C'est possible; mais pour ce qui concerne l'espèce, je n'en ai pas : je suis unique dans mon genre.
Fabel.
Unique! Oui, c'est bien cela; un être unique, un incompris, qui n'attend que l'heure de dire son mot; le mot qui étonnera les générations futures! Ce qui est triste, c'est que