‹ Les intellectuels; pièce en trois actesChapitre 7 sur 92 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

l'heure ne sonne point et que le mot ne se dira jamais. Hausse les épaules, souris de pitié, fort bien ! Je suis un père de comédie, le père légendaire qui a un grand homme de tils dont il veut faire un épicier. C'est moi qui tue ton génie avec ma morale de calendrier; j'exaspère ton àme délicate. Voilà ta pose, seulement elle n'est basée sur rien. Je ne t'ai jamais contrecarré. Tu as pu clioisir la carrière qui te plaisait. Tu as commencé à vouloir être peintre, — un métier de luxe qui n'en est pas un, — sculpteur ensuite, jusqu'au jour où tu as lâché l'Académie pour t'embarquer comme mousse...

Robert.

Bon! voilà mes notes biographiques qui s'amènent.

Fabel.

Je sais bien que tu préfères ne pas les entendre, m.ais enfin il me plaît à moi de t'en parler. Tu t'embarques, tu disparais...

Robert {ironique).

Je reviens.

Fabel.

Un soir d'hiver en haillons comme l'enfant prodigue; je tue le veau gras...

Robert.

Doucement! Méfions-nous des métaphores.

Voilà la centième fois que tu me le reproches, ce veau gras qui, en réalité, n'était qu'un lapin plutôt maigre!

Enfin, je veux te rappeler que je t'ai bien reçu, et que tu m'as promis le même soir encore d'abandonner l'art et de travailler sérieusement. Eh bien! oui! Tu t'es appliqué pendant quelque temps à m'aider dans le commerce, puis, un beau jour, cela t'a repris. Tu t"es remis à peindre, — une grande machine impossible; puis à écrire; je me demande encore quoi !?!

Robert.

Un roman : l'histoire de l'enfant prodigue depuis le jour de son retour.

Fabel.

Un roman! Mais on écrit un roman comme on fait un pigeonnier, pour s'occuper le dimanche! Ce n'est pas un travail sérieux. Crois-tu vraiment cju'ici en Belgique, en te supposant même un talent inouï, cela puisse te mener à quelque chose. Mon cher Robert, tu es un enfant, ta naïveté est si grande que je

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