acte troisième
George.
Votre ami Raph était un faible, un malade; cette ironie n'est pas heureuse.
Robert.
Sa maladie ne l'empêcha pas de travailler, il a dû laisser toute une œuvre ?
George.
Une œuvre ! QjLielle œuvre ? Des notes, quelques dessins, le tout inachevé, portant l'empreinte de son mal.
Robert.
Comment rien! Il n'a rien laissé? Le destin est donc vraiment méchant ? Rien de lui, qui a tant espéré, de lui surtout, qui était convaincu, qui se consolait avec cette pensée : l'œuvre digne de rester ne se perd jamais !
George.
Si elle n'a jamais existé cette œuvre?
Robert.
Elle a existé! J'en suis certain.
George.
Nous n'avons rien trouvé. Nous avons d'ailleurs fait tout notre possible pour le tirer du néant, de l'oubli.
Il y eut un grand article dans VArt 7tational, presque toute une livraison.
George.
L'article est de moi. Nous avons également suivi l'enterrement. Tous ! Toute la rédaction en chapeau haut- de- forme, derrière l'humble corbillard des pauvres.
Robert.
Un corbillard des pauvres?
George.
Oui, comme Victor Hugo; c'était très chic !
Robert.
Et puis pas cher !
Marthe (cherchant dans la bibliothèque).
C'est le numéro onze de la dixième année; le voici!