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rendus coupables d'incondoite^ ce n'est qu'en rejetant sur lepavé^ d'où ils ont été ramassés^ certains auxiliaires^ que Ton rendra à ce corps la considération et le rang honorable qui lui sont dus dans Parmée et parmi la population.
Pms^ il faut bien ledire^ c'est que^ tant que ces employés ne pourront pas faire fond sur eux-mêmes, sur leur carrière, tant qu'ils n'y verront aucune sécurité pour l'avenir, tant qu'ils ne croiront devoir leur emploi qu'à un caprice, et qu'un caprice aussi pourra le leur enlever, ils auront nécessairement recours à des moyens illicites pour améliorer leur position et s'assurer un avenir aux dépens de leur dignité.
On a attaché fort peu d*importance à toutes ces choses, on a fort peu pesé les considérations et les convenances, toutes les fois qu'il s'est agi d'admettre des auxiliaires indigènes. Chaque protecteur n'a voulu voir, dans cette dasse d'employés bâtards, que des jeunes gens de confiance , capables de tout faire, et que leurs protecteurs pouvaient utiliser, suivant leurs caprices.
On a cru, un instant, que l'on pourrait, en congédiant les
titulaires, les remplacer par cette classe d'auxiliaires, et
«river ainsi à obtenir des interprètes à bon marché, et dont
les gages variaient de 15 à 50 francs par mois, chacun
Voulant se donner le luxe d'avoir son interprète.
Ce sont de semblables erreurs qui ont fait supposer à
9uelques-uns que les fonctions d'interprète étaient pure-
îUent mécaniques, et que l'on pourrait les remplacer par
Âes hommes sans intelligence et sans dignité. Quelques-
Uns ont été jusqu'à croire qu'il leur suffisait d'articuler
d' Héliopolis qui vivent encore. Ceux-là sauront bien dire, n'en doute:^ pas^ que les interprètes d'alors^ en mettant en tête l'illustre Venture de Paradis, composaient un corps savant, dont les membres étaient tous, ou presque tous, fondateurs de l'institut d'Egypte, institut qui, comme on le sait^ comptait à • sa tête les généraux Bonaparte et Desaix, les citoyens Monge, Bertholet et Jomard. On concevra facilement, qu'avec de tels collègues, chaque interprète était entouré d'assez de considération, d'ailleurs, pour se passer de toute autre espèce de titre et d'assimilation. Puis, à ces époques de toarmente révolutionnaire, l'armée, qui se couvrait d'une impérissable gloire, s'effaçait, autant par courtoisie que par fraternité, devant la souveraineté de la science. Depuis lors, les institutions se sont améliorées, l'esprit d'ordre légal et d'organisation ont tout changé en France . On a donné un contrôle militaire à la généralité des services. Celui des interprètes reçut le sien à la suite de l'idée qui avait assis le camp de Boulogne et rêvé une descente en Angleterre ; les interprètes de cette armée, pour les langues anglaise, russe, allemande, espagnole, italienne, grecque, turque, arabe, persane, étaient tous officiers de différents grades, et avaient pour chefle général Dupont.
Napoléon avait jugé que, dans une armée, les interprètes doivent être et ne peuvent être que des militaires, attendu qu'en paix comme en guerre, leur place est marquée là où se tient celui qui commande. Ils sont Pâme de la pensée, ils sont la confiance incarnée, ils sont parlementaires, ils courent au devant du danger pour le prévenir. £n paix, les interprètes sont des secrétaires intimes ; en
guerre^ ce sont^ da général (attendu les connaissances qu'ils doivent avoir) des guides sûrs et courageux.
Napoléon pensait enfin que, par la nature de ses fonc^ tions^ rinterprëte est un homme fidèle et consciencieux ; que sa mission est religieuse ; qu'il est l'intermédiaire obligé de toute négociation ; que la parole qui passe par sa bouche doit arriver purede toute arrière pensée . L'interprète est l'homme de confiance ; il double le personnage qu'il sert. Q doit étudier son caractère^ ses habitudes : car il ne s'agit paS; en traduisant^ de rendre des paroles seulement^ mais encore toutes les nuances de la pensée.
Voilà l'opinion de l'Empereur sur les interprètes. Aussi tenait-il à n'employer que des hommes choisis : Probité et Instruction étaient ce qu'il exigeait le plus. C'est d'après ces idées et sur ces bases qu'aurait dû être fait et fixé le choix et l'avenir des drogmans militaires en Algérie. L'importance de leurs fonctions, les services rendus depuis près de douze années en Afrique, leur donnaient et leur donnent encore des droits incontestables à la sollicitude et à la justice du gouvernement.
L'admission, dans ]fi corps des interprètes, d'auxiliaires indigènes, ainsi que la création de gendarmes-interprètes n'ont pas peu contribué à déconsidérer le drogmanat en Afrique et à annihiler les services des membres commissionnés.
D convient donc que les abus introduits cessent, et que, si Ton tient à la conservation des auxiliaires, comme pépinière du corps, de chasser immédiatement ces auxiliaires indigènes qui nous déshonorent, et de ne nommer à l'avenir que déjeunes Français instruits et appartenant à d'honorables familles .
Une réorganisation est indispensable ^ et nous la demandons^ au nom de tout le corps et dans Tintérêt du service.
Oui^ les interprètes sont et devraient être des hommes de choix^ sous le rapport de la probité et du savoir. Il ne saurait en être différemment chez des hommes appelés, par la nature de leurs fonctions^ à connaître les secrets du gouvernement avant le gouvernement lui-même^ à analyser les situations politiques^ à rédiger la correspondance, à traduire enfin la nuance la plus légère de la pensée^ Tidée la plus intime des individus.
Non, les hommes qui, par leurs écrits^ leurs discours et leurs traductions, peuvent faire réussir ou compromettre les affaires d'un pays, ne sont pas et ne doivent pas être ignorants.
Sont-ils ignorants, inintelligents^ nuls^ ceux-là qui ont quitté la toge de docteur pour ceindre Pépée d'interprète; qui ont quitté l'épée pour se couvrir de la toge; qui ont enfin revêtu la robe de professeur, sans abandonner l'épée ?
Sont-ils ignorants, ces hommes qui ont enrichi, de leurs traductions, de leurs observations, de leurs travaux, les archives du dépôt de la guerre, et occupé les instants de l'Institut?
Sont-ils ignorants, ces hommes qui, pour éclairer le gouvernement et les individus, sont venus jeter dans le public, les premiers essais sur l'histoire, la linguistique et la législation des Arabes ?
Sont-ils donc des hommes si nuls, ceux-là qui apportent, à un gouvernement^ les observations^ fruits de leofs
voyages entrepris en Egypte, dans le Soudan, la Cyrénaïque, la Palestine, toute la Barbarie et l'intérieur du Sahara ?
A quelques exceptions près, il est peu d'interprètes qui ne puissent justifier tout ou partie des assertions que nous faisons. De ce que nous avançons là, il n'eu conrlnro fiira ijn^L^M^^^ — -..-xx-«icnrjustifie^ou ne justifient,
aujourd'hui encore, l'opinion qu'on a pu se former de leur ignorance ou de leur nullité. A cela, nous répondrons que nous ne savons pas quels sont ceux qui sont les plus coupables: de ceux qui acceptent des fonctions qu'ils ne peuvent remplir, ou des protecteurs qui, plus à même de juger leurs protégés, les font obtenir, en les subtilisant au gouvernement.
Et, d'ailleurs, pourquoi le gouvernement se laisserait-il imposer de semblables êtres ? Car, ici, qu'on le remarque bien, ce n'est point une défense, que nous faisons, des individus, mais bien du corps. Ainsi, les personnes ignorantes, immorales, s'il en existe (et malheureusement, pour être d'accord avec notre conscience, nous le croyons), nous les livrons, ceux-là, à la justice de nos chefs. C'est à eux qu'il appartient de les châtier, de les expulser. C'est un moyen efficace d'arriver à une épuration, et de reconquérir à ce corps la considération qui lui est due .
Que les ignorants soient renvoyés, que les fi^ipons et les indélicats soient livrés aux conseils de guerre, et qu'un jugement les stigmatise. On aura atteint ainsi le but que nous proposons, celui de la régénération du corps.
Il nous en coûte beaucoup, sans doute, d^écrire ces
lignes, mais notre conscience nous en feit un devoir, et nous r accomplissons -
Eh bien ! comme il n'est pas juste que l'homme de nais-
^ --nfondu avec Thomme de rien, l'homme de
savoir avec l'ignorant, l'honnête nomme avec le fripon,
l'homme pur avec l'impur, nous croyons qu'il est de la
dernière importance d'apporter un remède à un tel état de
perturbation.
Alger, le 15 décembre 1840.
Signé: les interprètes de l'armée, JoANNY Pharaon.
Zacgar.
Rémusat. Julien.
Rousseau.