ARRÊTE
Art. l*'. — Les articles 1 et 7 de l'arrêté du 3 novembre 1845 sont et demeurent modifiés ainsi qu'il suit :
« Art. l»*. L'emploi d'interprète en chef est supprimé (1). Le nombre des interprètes principaux est porté à cinq.
Art. 7. Le jury d'examen sera composé des membres ci-après désignés :
(i) Cet emploi était oecopé par M. Léon Roches, qoi aTait été nommé eoosal é» France k Tanger. Delaporte et Roches sont les seols interprètes en chef qai afeat existé dans le corps.
Pour la diviaîoD d'Alger :
Le chef de Tétat-inajor général, préaident ;
Le directeur central des affaires arabes ;
Le professeur du cours public d'arabe à Alger ;
L'interprète principal employé auprès du Gouverneur général ;
Un officier d'état-major, délégué par le Gouverneur général.
Pour les divisions d'Oran et de Conatantine :
Un officier généralfà la désignation du Gouverneur général, président ;
Le directeur des affaires arabes de la division ;
Le professeur du cours public d'arabe A Alger ;
L'inteq)rète principal employé auprès du commandant de la division;
Un officier d'état-major, désigné par le commandant de la divisloo.
L'ouverture des opérations de ce jury est fixée au l*' juillet de chaque année. »
Art. 2. — Le Gouverneur général de l'Algérie est chargé d-:; l'exécution du présent arrêté.
Paris, le 17 février 1848.
Signé : Trézel.
Vu pour être promulgué on Algérie :
Le Lieutenant-général^ Gouverneur général de PAIgérw,
8igné : H. D'OatiANS.
Nous voici arrivé enfin à l'époque tunt désirée de la ivgénération du corps .
L' application du programme d'examen adopté par le Ministre servit de base à toutes les opérations . La pratique i>lus ou moins étendue des langues française et arabe^
en même temps que Tintelligence et la sagacité dans Tinterprétation étaient appréciées par les jurys et constatées par des épreuves orales minutieuses. Ces épreuves consistaient à mettre les interprètes en rapport avec des Arabes des diverses contrées de T Algérie, et à les obliger. à déployer leur facilité d'élocution, leur finesse et leur tact dans des interrogatoires improvisés, où on les chargeait de demander aux Arabes certains renseignements ou de donner ca*tains détails souvent difficiles à obtenir ou à exposer.
fin outre, des pièces arabes, offrant l'ensemble des difficultés les plus ordinaires, étaient choisies par le jury central, et une traduction française, aussi littérale que possible, était arrêtée et jointe aux pièces pour permettre aux personnes étrangères à la langue arabe d'apprécier Texactitude des traductions des interprètes .
Il en était à peu près de même pour les pièces françaises, destinées à être reproduites en arabe.
L'éducation générale et les connaissances particulières étaient constatées par des questions sur les diverses branches de connaissances que les interprètes déclaraient posséder, et notamment par des rédactions et des rapports sur des sujets donnés et appropriés au caractère et à la position de chacun.
Ue qui précède démontre qu'au lieu de connaissances incomplètes, acquises au hasard, sans méthode souvent comme sans but et admises faute de mieux jusqu'alors, on exigeait pour l'avenir une solide éducation européenne et des études spéciales dirigées dans un sens arrêté .
Le gouvernement général s'occupait avec une extrême sollicitude de cette importante régénération, et le soin de la
diriger était confié à M. Bresnier^ ancien élève deVécok des langues et professeur à la chaire d'arabe d'Alger, auquel on donna le titre officiel de membre rapporteur di jury d'examen des interprètes.
J'ai déjà mis sous les yeux du lecteur diverses nota personnelles^ trouvées dans les papiers de feuBresDi^^noBs révélant les idées qu'il émettait de 1840 à 1842, lorscjall fiit question de réorganiser le corps des interprètes miK' taires sur des bases solides. A cela j'ajouterai qudqoes autres fragments^ de la même nature^ et rédigés plus tiid, dans lesquels se manifeste encore tout le dévouement qui apporta dans Taccomplissement de sa mission pour améliorer progressivement la position des interprètes (1).
1849. — «La nature des fonctions des interprètes, leur résidence dans des localités assez éloignées des cenfa^ et privées de ressources sont des obstacles réels^ qui viennent presque toujours neutraliser la bonne Yolonté de œoi | d'entre eux qui comprennent ce qu'exige leur position et seraient disposés à recueillir^ par un travail assidu^ les connaissances spéciales qui leur manquent. »
Cela explique pourquoi^ avec toute la persévérance possible^ les progrès dans l'état actuel ne peuvent être que fort lents, et le résultat des efforts reste incomplet. D'ailleurs, la nature des études à suivre est telle qu'elle exigerait une marche toute spéciale dans renseignement, qui,
(1) QuUl me soit permis ici d'adresser de sincères remerciemeots à la veuve de notre regretta» maître Bresnier, pour rempressemcot qu'elle a mis à me communiquer ces documents.
fiiiite de sujets d'application^ n'a pas encore été suivie et qui ne peut être adoptée que sur des dispositions qui en assurent le succès.
Pour faire cesser un état de choses préjudiciable aux intérêts du service sans créer de nouvelles charges au budget^ il fendrait retenir à Alger pendant deux ans^ pour &ire les études spéciales nécessaires^ cinq ou six sujets^ choisis parmi les interprètes de tous grades, les plus sosoeptibles de progrès par leur âge^ leur éducation actadle et leur intelligence.
Ces interprètes, placés sous la dépendance immédiate de M. le chefd'état-major-général^ seraient utilisés de manière à leur permettre de suivre un cours d'études arabes^ spécialement approprié aux besoins du service^ que le professeur de la chaire publique d'Alger serait chargé de leur fcire.
Ils pourraient, en même temps^ compléter leur éducation générale^ en suivant certains cours du Lycée. Un programme d'études et des mesures tendant à assurer le bon emploi du temps accordé servent soumis à M. le Ministre.
L'adoption d'une disposition de cette nature offrirait le double avantage de développer, dans toute leur étendue^ sans dépenses nouvelles, les capacités et les aptitudes des interprètes^ et de donner en même temps à l'enseignement de l'arabe une direction précise et constante^ profitable non-seulement aux interprètes obligés de suivre les cours^ mais aussi & des personnes laborieuses et persévérantes^ appartenant à divers services administratifs^ qui^ se laissant entraîner dans une voie déjà tracée^ acquerraient des connaissances réelles et profondes^ pouvant s'appliquer, au fur
et à mesure du besoin^ aux intérêts de la politique et de Padministration.
Ce serait sous la forme la plus modeste une véritiU! école spéciale et le moyen le plus simple et le plus efficace d'obtenir, dans les divers emplois militaires et civils, lesooonaissances arabes nécessaires à notre action dominatrice é de civilisation en Algérie.
Il faudrait aussi qu'une retraite fût assurée aux intoprêtes titulaires. L'incertitude d'une position que les chiDces de la guerrepourraient briser^ préoccupe les interprèlB» et la plupart d'entre eux ont conçu de graves appréheoàoiis à cet égard. L'obtention de cette retraite serait, à lafois,iui acte de haute bienveillance et de justice, et un puissant encouragement pour des serviteurs dont le zèle et le dévouement ont été si souvent éprouvés. Ce serait aussi k moyen d'attirer, dans le corps, des hommes honorables et instruits, que la perspective d'une carrière assurée engagerait à des travaux d'une nature toute spéciale.
1850. — Les examens de cette année ont permis de constater des progrès et mie amélioration réels, qui paraissent devoir se développer encore sous l'influence de l'inspection annuelle . La comparution des interprètes devant le jury stimule les amours propres, excite la crainte d'une appréciation désavantageuse, et donne à chacun Tassurance que ses efforts ne resteront pas inaperçus et ses services sans récompenses. Elle permet d'adresser aux interprètes les observations qui peuvent les guider dans les moyens d'étendre leiu-s connaissances. Si les progi'ès ont été lents, dans ces dernières années, c'estqu'il fallait lutter
contre les obstacles de la situation antérieure, et, par une
inflnence à la foiséaergiqueet paternelle^ donner aux in-< terprètes une salutaire impression. Aujourd'hui ce premier résultat est acquis. Beaucoup dUnterprètes ont corn-* pris ce qui leur manque et cherchent avec persévérance à Tacquérir.
Pour faciliter les améliorations dans le corps, M. le Ministre prescrit, par sa décision du 14 février 1850, d'envoyer au cours public d'arabe trois ou quatre jeunes sujets, capables de profiter de l'enseignement spécial que l'on y professe. Cette mesure areçu^ cette année, son application, autant que le service a pu le permettre .
1851 . — L'influence des examens, ou plutôt T inspection annuelle des interprètes, en stimulant les amours-propres et traçant une ligne de travail et d'étude, contrebalancent avec succès l'action souvent défavorable d'une routine sans fondements, qui constituait naguère toute la spécialité des interprètes.
Cette influence nous conduit, d'une manière progressive et soutenue, à une voie d'améliorations, qui aboutira un \ jour à la régénération totale du corps.
La nature et l'objet des examens périodiques des interprètes en font réellement des inspections, analogues à celles des autres corps de Tarmée. Afin de mieux préciser, pour Hg intéressés, le but que l'on recherche, il conviendrait de Abstituer la désignation d'inspection annuelle des inlerffètesde Vannée à celle d'ea?amen, qui implique seulement ''idée d'épreuves subies une fois pour toutes. Les mesures suivantes devraient aussi être adoptées :
Établir^ parmi les interprètes^ dans un but de perfectionnement et de rémunération^ un roulement^ qui permettrût à tous les sujets perfectibles du corps d'être, pendant un laps de temps déterminé^ placés dans les chefs-lieux de divisions où existent des moyens divers d'instruction ; léloignement de ces centres^ atteignant ceux qui négligeraient ou qui seraient incapables de cette faveur, serait un des principes du roulement.
1853. — On a constaté, cette année^ comme les annéa précédentes, une amélioration qui se continue, grftoe à li sollicitude du gouvernement pour le corps. Cette amâio' ration du corps est sensible, si Ton compare Pétat actuel des choses et les services qu'on peut en tirer aujourdliui avec la position où il se trouvait en 1846. Cette action bieuvâlante et éclairée de Tadministration supérieure maintient le corps des interprètes dans une voie de travail et de moralité, qui ramène insensiblement au point où il doit être un jour. Les notes qui signalent à Tattention du Ministre de la guerre les progrès et les services des interprètes sont un puissant stimulant pour le corps •
Depuis plusieurs années déjà, le corps des interprètes était régénéré au double point de vue de Tinstruction et de la moralité. Le gouvernement général signala ces heureux résultats, qui amenèrent, en 1854, Torganisation suivante^ témoignage flatteur des services rendus :