‹ Les interprètes de l'armée a'Afrique (archives du corps)Chapitre 47 sur 73 · ALLÉGRO · texte numérisé non relu

ALLÉGRO

Interprète militaire, détaché aux chasseurs d'Afrique en 1832;

Cité à Tordre du jour, pour sa bravoure, à la prise de Bougie, en 1833;

Passé aux spahis ;

Mort chef d'escadrons, officier de la Légion-d' honneur^ commandeur du Nichan de Tunis.

MAYËR (Joseph)

Né, en 1812, en Roumélie (naturalisé) ; Entré au service aux chasseurs algériens^ en 1831 ; Brigadier, maréchal-des-logis ; Interprète auxiliaire^ le 1*' octobre 1837 ; Attaché au général de la Moricière ; Blessé à la main, au combat de la Macta ; Blessé à la cuisse droite, d'un coup de feu, au combat de la Tafna ; Retraité le 5 janvier 1 864 .

ROCHES (Léon)

Né le 27 septembre 1810, à Grenoble ( Isère ) .

Léon Roches est, sans contredit, celui de nos interprètes de Tarmée d'Afrique, dont s'honorent le plus ses jeunes camarades. Sa haute intelligence et son caractère à la fois énergique et animé du sentiment national poussé au suprême degré, en font le digne émule des Venture de Paradis ou des Amédée Jaubert, nos illustrations du commencement de ce siècle. On va pouvoir, du reste, en juger, par ces quelques renseignements biographiques, qui auraient besoin d'une plume biçn autrement éloquente que celle d'un de ses modestes camarades et admiratwrs, pour mettre en lumière, comme elle le mérite, la brillante cajTÎère et les servipes que cet faoïmuç d'élite a

rendus à son pays. Les citations à Tordre de l^rmée^ les notes, les lettres le concernant, reproduites textuellement^ n'ont besoin d'aucun commentaire pour faire ressortir sa valeur.

C'est à Alger même, au contact j oumalier àe^ indigènes, que Roches s'initia à la connaissance de la langue arabe. Ses progrès furent tellement rapides, qu'au mois de mars 1835, il était nommé traducteur assermenté.

Au mois d'avril 1836, le maréchal Qauzel mardiût sur Médéa, et, en enlevant le col des Teniet-Mouzaïa, ses troupes eurent de rudes combats à livrar aux Arabes défendant les positions. Roches était alors ^ous-lieutenant de la cavalerie de la milice d'Alger, et le maréchal l'avmt prié de l'accompagner, dans son expédition, comme interprète militaire {ad hmiorem] . C'était la première fois qu'il allait entendre siffler les balles, et voici comment il se comporta :

Le capitaine de spahis, Gastu, lancé en avant avec les goums de nos alliés, les Arib, dont on lui avait confié le commandement, était tout-à-coup abandonné par la plupart de ses gens, et aussitôt l'ennemi se ruait sur lui pour l'enlever. Le maréchal, voyant la situation critique de cet officier, dit à son état-major : « Allons, Messieurs, cravachez ces bougres de pouilleux ! ! »

L'entourage du maréchal chargea aussitôt, au nombre de dix-sept cavaliers. Il n'y avait pas de temps à perdre. Gkistu, la figure ensanglantée d'un coup de teu qui avait traversé les deux joues et brisé la maxîhoire, gisait h terre, et déjà les Arabes, le sabre au poing, se disposaient à Ta-

chever. Roches tombe sur eux, et arrache de leurs mains Gastu, qu'il saisit et emporte au galop de son cheval, pendant que les capitaines de Richepanse et Valabrègue sabrent, à droite et à gauche, Tennemî pour protéger la retraite de Rocher et de son précieux iardeau.

£n un din d'œil, quatorze hommes ou chevaux étaient blessés dans le groupe d'officiers, mais Grastu était sauvé.

Le capitaine Gastu, devenu général de division, commandait la province de Constantine, lorsqu'une mort prématurée le frappa, à la suite d'une course qu'il venait de faire, en plein été, directement de Sétif à Biskra,* par les plaines brûlantes du Hodna. J'étais, à ce moment, attaché à sa personne, et il m'a raconté lui-même l'épisode émouvant dont je viens de parler.

» Renversé, me disait-il, le sabre et le couteau des » Arabes déjà sur ma gorge, c'était fini, j'étais perdu, » lui'sque tout à coup le brave Roches, monté sur tin » grand cheval noir, que je revois toujours dans mes rê- » ves, apparaît, et me dégage en me criant : « Courage, > Gastu^ je suis 4 vou^. » Me saisissant par un bras, il » me hisça sur son cheval et m'emporta . »

La profession sédentaire de traducteur assermenté ne convenait plus à la nature ardente de Roches qui venait de goûter les enivrements de la guerre, dans la campagne deMédéa. Aussi allait-il, au commencement de 1837, s'engager, comme simple volontaire, dans les spahis, dont la vie aventureuse Tavait séduit. C'était l'époque où les Arabes nous faisaient avec acharnement une guerre

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Le 8 décembre 1839^ Roches rentrait à Alger et était nommé interprète militaire de 2* classe ; attaché à Tétatmsyor-général^ en 1840^ il faisait les campagnes d'avril et de mai^ et en juillet de la même année^ il accompagnait le général Changarnier dans le ravitaillement de Médéa et de Miliana. On prenait peu de repos à cette époque ; aassi^ pendant la campagne d'automne^ revoyons-nous Roches accompagner le maréchal Valée^ anprës de qui il était définitivement attaché^ au mois de décembre^ en remplacement de Tinterprète principal MuUer^ mort à la suite des fatigues de la guerre.

Roches était promu à la Ire classe^ le 1""' avril 1840^ et m grade de prindpal^ le 28 mai 1841. Un mois après mviron^ après Texpédition de Takedempt^ le général Bugeaud, dans son rapport sur cette campagne, s'exprir mait ainsi:

c Je cite, dans mon éta^t-mtyor. l'interprète Roches, qui,

comme de coutume, a rempli ses fonctions avec zèle et intelligence, et qui a saisi toutes les occasions d'agir en cavalier habile et intrépide. »

En juillet 1841^ Roches était diargéi par le général Bqg^ttd^ alors gouverneur-général de TAlgérie^ d'une luMion aussi délicate que dangereuse^ dont il s'aoquitta l'une manière merveilleuse. Il ne s'agissait de rien moins [œ d6 fie rendre à la Mecque^ où allaient «e rassembler ES pél^Briiia de tout le moi^e musnlmwi * Boidies devait SDContr^ là plusieurs granda personnages de l'Algérie

et du Maroc, ses amis^ avee Tinfliience deequele il obtenir du grand Medjèlèç ou aéropage des prin ulémas de Tislamisme^ une fettoua^ dont le s^dô ô< peu près conçu en ces termes :

a Quand un pays musulman est envahi par les inj c< les croyants doivent-ils combattre sans merci, ju a jour où il est avéré que la continuation de la ; tt ne peut amener que refiiision du sang musulman « espoir de chasser l'infidèle ? Si, dans ce cas, Ti « consent à une trêve, en laissant aux croyants « femmes, leurs enfants et Texercice de leur religi « croyants leur doivent-ils obéissance pendant to « durée de la trêve ? »

Roches obtint cette feùtoua, et, dans une lettre • général de la Moricière, commandant la province cl aux prises jusqu'alors avec ce que T Algérie renferx plus fanatique, écrivait au général Bugeaud, poui tater les excellents effets de cette décision religieui les amis de Roches — désormais connu sous le noi Hadj Omar — avaient répandue en Algérie et au '.

Roches, ayant échappé par miracle au massacre^ même du pèlerinage (janvier 1842) à la Mecque,, r en Europe au mois de mars . Arrivé à Rome, mais sous l'influence des émotions qu'il venait d'éprou' dominé par le sentiment religieux, il voulait entre les ordres et se consacrer aux missions étrangères.

Il fallut que le roi Louis-Philippe écrivît au Grégoire XVI, pour engager Roches à continuer a sion en Algérie. Il y rt^[)renait, en effets au m

in 1842^ ses fonctions auprès du général Bugeaud^ avec titre d'interprète en chef, et recevait, peu après, la croix î la Légion-d'honneur.

Après avoir pris part aux nombreuses expéditions, qui, indant deux années consécutives, eurent lieu dans la Jlée du Chélif, TOuarensenis, le Sébaou et la Grandeabylie. Roches assistait, le 14 août 1844, à la bataille Isly, après laquelle, dans son rapport, le maréchal Qgeaud disait :

m Je citerai, dans mon état- major mon interprète principal,

, Roches, qui se distingue, en toute occasion de guerre, pour |uclle la nature l'avait fait. »

De retour de cette glorieuse campagne du Maroc, le

iréchal chargea Roches, qu'il venait de proposer pour

croix d'officier de la Légion-d'honneur, de conduire en ice un groupe de chefs arabes .

la première présentation officielle, le roi Louislîppe lui remit lui-même la croix d'officier, dans une ière ornée de son chiffre en brillants (janvier 1845). lu mois de février 1845, le maréchal Bugeaud faisait ler Roches au général de La Riie, pour la délimides frontières entre l'Algérie et le Maroc. Le traité signé depuis le 18 mars ; mais l'empereur du Maroc lit de le ratifier. Le général de La Riie envoie îmitement Roches à Tanger, et, peu de jours après, il ^rte la ratification.

PQtjours dans sa position d'interprète en chef, Koches

r de nouveau chargé d'obtenir du gouvernement ma-

1 renvoi d'une ambassade en France ; mais, pendant

ces négociations^ l'affaire de Sidi-Brahim éclata. On connaît les détails de ce terrible combat de surprise, (Urigé par Abd-el-Eader en personne^ dans leqad le colond Montagnac lut tué^ et où toute sa petite colonne, accablée par un ennemi dix fois supérieur en nombre, succomba oa resta prisonnière. Roches, recevant cette nouvelle, se rend spontanément auprès de Tempereur du Maroc à Baba^ et le force à le recevoir, malgré les barrières, jusqu'alors infranchissables, du cérémonial marocain. Il obtient toates les mesures réclamées par la France, et il part pour Paris avec Fambassadeur marocain (décembre 1845).

Le maréchal Bugeaud avait apprécié, depuis longtemps, les hautes capacités, le tact et Pénergie de Roches ; os peut en juger par la lettre suivante, qu'il adressait i M. Guizot^ alors ministre des affaires étrangères.

Alger, le 15 juillet 1845.

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