LES
DE
l'armée D'ALGÉRIE
La remise du buste a été faite à l'Université, représentée, en l'absence de M. le Recteur, par M. l'inspecteur Boissière, entouré de MM. Morin, ingénieur des chemins de fer, et Labaume, délégués et amis de la famille du défunt, de MM. Richebé, Schousboë, Mac-Carthy, etc.
Avant d'enlever le voile qui couvrait le buste, M. Féraud, interprète principal auprès du Gouverneur, a prononcé les paroles suivantes :
Monsieur le Recteur, Chers Camarades,
Le 21 juin 1869, rAlgérie faisait une porte irréparable. Dresnier. frappé d'apoplcide, mourait à l'âge de cinquante-six ans, au moment 3Ù il se disposait à monter en chaire, [lour faire son cours ; il a succombé sur la brèche, au poste de combat, qu'il tenait avec tant d<; vaillance depuis trente-trois ans.
Vous vous souvenez tous du douloureux retentissement que pnduisit la mort prématurc^e de l'uminent professeur ; vous tous m venez aussi des témoignages d'estime, de sympathie et de regrets qui lui firent cortège jusqu'à sa dernière demeure. Ainsi d'une part, c'était la municipalité qui, jalouse d'honorer l'orientaliste distioga^ le savant modeste et bienveillant, dont la cité a été et dont elle soi toujours fière, concédait gratuitement, et à perpétuité, le terrais m devaient reposer les restes de cet homme utile ; et, d'antre part, ks amis du défunt, ses élèves civils, se Hennissaient et se ootisûest pour lui élever un mausolée.
Les interprètes de l'armée voulurent aussi, de leur câté, payer a légitime tribut de reconnaissance à celui qu'ils n'oublieront jamais, et l'érection d'un buste fut décidée.
Plus que personne, nous étions, chers camarades, à même deiiKsurer l'étendue de la perte que la colonie avait faite, quel que pôt être d'ailleurs le mérite du successeur qui lui serait donné.
Et, en e£fet, qui de nous peut oublier les soins de tous les instants, dont, depuis 1846, Bresnier a entouré l'institution des interprètes de l'armée ; avec quelle constance, avec quel amour il étudiait toutes les questions qui se rattachaient à l'organisation du corps, avec queOe sollicitude il recherchait les améliorations dont elle était susceptible?
Profitant des heureuses et excellentes dispositions qu'il rencontrait autour de lui, Bresnier a puissamment contribué à faire du corps des interprètes Ce qu'il est aujourd'hui.
Témoin et appréciateur impartial des efforts que nous ne cessons de faire, pour participer, dans la mesure de nos forces, à la prospérité de cette belle terre d'Afrique, il s'attacha avec un rare dévouement à assurer notre avenir. 11 a réussi, grâce au concours de bonnes volontés qu'il a trouvé auprès de nos chefs, et grâce aussi à la chaleur avec laquelle il soutenait une cause profondément juste.
Je ne rappellerai pas les autres et nombreux titres qu'il avait à notre affection, l'accueil bienveillant que chacun de nous était sûr de trouver auprès de lui, les conseils paternels qu'il nous prodiguait, et les consolations affectueuses par lesquelles il savait adoucir Ta-
mcrtame des échecs et des déceptions auxquels nous sommes tous exposés.
Aussi, les sentiments de reconnaissance dont nous sommes pénétrés se sont-ils manifestés avec élan, avec unanimité.
Au premier appel d'un de nos collègues d'Alger^ M. Ballestcros, à qui revient le mérite de Tinitiative, nos cœurs ont répondu au sien, et, malgré la distance qui sépare les interprètes les uns des autres, il recevait, en quelques jours, de chacun de ses camarades, le témoi- ^nage non équivoque de notre volonté de perpétuer le souvenir et les traits de Thomme qui n*est plus .
Grâce à cette généreuse ardeur, dès le 25 août 1870, et malgré les tristes préoccupations de cette époque, le buste en marbre, qui devait être érigé au maître, était-il prêt. Mais différentes circonstances n'ont pas permis que Tinauguration en fût faite plus tôt.
J'avais espéré qu*à Toccasion des examens tous nos camarades, réunis à Alger, pourraient assister à cette pieuse cérémonie. Los examens n'ayant eu lieu, ni en 1870 ni en 1871, nous saisissons Toccasion que nous offre la réunion des interprètes de la division d'Alger, persuadé que nos camarades de Test et de l'ouest, retenus par le service à leurs postes, ne trouveront pas mauvais que nous n'ayons pas ajourné, de nouveau, l'accomplissement d'un devoir.
Aussi, et au nom de tous les interprètes militaires, j'ai l'honneur de remettre à M. le recteur de l'Académie d'Alger, en sa qualité de chef de l'instruction publique, le buste de notre regretté professeur. Ses traits sympathiques et intelligents resteront gravés dans nos cœurs en caractères aussi ineffaçables qu'ils le sont sur ce marbre, chargé de les transmettre à la postérité.
M. r inspecteur Boissicre, répondant au sympathique orateur^ a exprimé le regret que lui fait éprouver Téloignement momentané de M. le Recteur^ et accepté^ autant qu'il lui était permis et possible de le faire^ Thommage fait à rUniversité par MM. les interprètes militaires.
Fuis^ dans une improvisation des plus heureuses^ et qui
échappe à Tonalyse^ il a parlé^ dans les termes les plos simples et les plus touchants^ de rhomme de bien que, malheureusement, il n'a connu qu'imparfaitement, quoiqu'il lui ait été donné d'apprécier et les qualités qui distinguaient le professeur, et les soins qu'il avait voués à l'institution des interprètes, et l'impulsion bienveillante qu'if avait su imprimer à l'étude de la langue arabe. S'inspirant de son sujet, le charmant causeur fait re8So^ tir l'utilité, au point de vue de la colonie, et le mérite scientifique et littéraire des travaux publiés par quelquesuns de ces messieurs, dans les revues périodiques qui paraissent en France et en Algérie. Il énumère ensuite, avec une visible satisfaction, les nombreux et signalés services, rendus, depuis la conquête jusqu'à ce jour, par ces fonctionnaires, qui sont, a-t-il dit, comme le trait-d'union entre la France et le peuple conquis. C'est grâce à la connaissance de l'arabe qu'ils ont été et resteront utiles à leur pays.
Cet idiome, ajoute-t-il avec une haute raison, lui parait être la véritable langue vivante, à l'étude de laquelle la jeunesse devrait être conviée à se livrer, plus particulièrement qu'à l'anglais et à Tallemand, que, sans doute, on peut ne pas négliger, mais qui, certes, ne sont pas, dans ce pays surtout, d'une utilité aussi immédiate et aussi journalière que l'est la langue enseignée avec tant d'amour et de succès par feu Bresnier.
En terminant sa réponse, M. l'inspecteur Boissière a tenu à remercier de nouveau MM. les interprètes militaires de l'honneur qu'ils lui avaient fait en l'appelant à présider cette pieuse cérémonie, et a exprimé le désir qu'un procès-verbal en fat dressé, pour être remis à la digne veuve
de Bresnier, comme un faible hommage du culte qu'elle n'avait cessé de vouer à son mari .
M. Féraud, touché de l'allocution qui venait de produire une si délicieuse impression sur toute Fassistance^ a répondu en quelques paroles émues et remercié M . Boissière du précieux témoignage d'estime et de sympathie qu'il a voulu adresser aux interprètes, dont le zèle ne peut être que stimulé par les bonnes paroles qu'ils venaient d'entendre.
En se séparant, c'était à qui remercierait M . Ballesteros, interprète militaire à Alger, pour avoir, au lendemain de la mort de Bresnier, pris l'initiative de la souscription qui a rapidement abouti à l'érection du buste qui venait d'être inauguré. Le sentiment qui honore le plus, est celui de la reconnaissance. Nous sommes convaincus que ses camarades des trois départements sauront gré à M . Ballesteros d'avoir su mener à bonne fin Tœuvre de gratitude et de justice à laquelle il s'était consacré avec un zèle et un dévouement dignes de tout éloge .
(Extrait du Moniteur de V Algérie du 24 septembre 1872.)
RÉDNION DES INTERPRÈTES A l'occasion des exam^s de l'année 1872
Les interprètes militaires de la division d'Alger, aa nombre d'une vingtaine, après avoir terminé leurs travaux d'examens se sont réunis pour offrir un punch à M. Schousboé, ancien interprète principal de Tannée, admis depuis peu à la retraite, ainsi qu'à M. Féraud, qui l'a remplacé dans ses fonctions au gouvernement général.
Après les épanchements intimes qui sont le principal caractère de ces fêtes de famille, M. Féraud, causant avec ses collègues :
Pourquoi, leur a-t-il dit, nos camarades des provinces de TEst et de rOuest ne sont-ils pas en ce moment parmi nous, comme ils Tétaient en 1867 ? Notre réunion n'en serait que plus belle et plus complètc, et chacun, en retournant à son poste, aurait emporté le souvenir précieux de témoignages sympathiques ; car, dispersés que nous sommes, sur toute la surface de l'Algérie, c'est la seule occasion qui nous soit donnée de nous voir, de nous connaître, de nous apprécier réciproquement, et de cimenter Pesprit de corps qui doit nécessairement exister parmi nous .
Si je regrette Tabsence de mes camarades, en cette circonstance, c'est surtout parce que nous aurions été plus nombreux pour exprimer à notre digne doyen, M. Schousboé, nos sentiments d'estime et de reconnaissance.
Oui, mes amis, ce mot de reconnaissance à son adresse ne vous étonne point. Néanmoins, beaucoup d'entre vous, jeunes encore, n'ont connu Schousboé que durant ses dernières années de ser-
. Permettez- moi de vous rappeler un souvenir per3oanel. Il y a de vingt-cinq ans, quand je me présentai dans le corps dc9 inrètes de Tarmée, Schousboé occupait déjà le poste de confiance ( lequel vous Tavez vu dans ces derniers temps. L'homme bon, veillant, dont nous avons tous eu à nous louer, s'était déjà révélé. I n'ai pas besoin de vous parler davantage de son caractère loyal, \ la crainte de froisser sa trop grande modestie, type désintéressé levaleresque, admiré de tous, et qui, dans sa longue carrière, i offre de si beaux exemples à suivre .
ous allez vous joindre à moi pour exprimer à M. Scbousboé, c doyen, nos sentiments de respect, d'estime et d'affection, uant à vous, M . Schousboé, croyez bien que nous serons tou- -s heureux et fiers de vous voir présider nos réunions. Au nom ous et du fond du cœur : A notre doyen SCHOUSBOÉ !
I. Schousboé^ très-ému et la larme à Tceil^ remercie meilleur de son cœur^ et va serrer la main à chacun ses jeunes camarades.
1. Ricot, interprète de 1'*' classe, après avoir confirmé sentiments d'affection que chaque interprète consera pour M. Schousboë, exprime, au nom de ses cama- :es, la satistiaction qu'ils éprouvent de voir M. Féraud, ils connaissent depuis longtemps, lui succéder auprès Gouverneur général . Le corps des interprètes compte sur pour être le conseiller et l'appui de ses jeunes collègues. \l. Féraud répond :
c vous remercie tous de l'accueil sympathique que vous me es. Je m'efforcerai, en toutes circonstances, de me rendre digne la bonne opinion que vous voulez bien avoir de moi, et d'être c à mes camarades, dont les bons services sont, du reste, parement appréciés par les chefs militaires, auprès desquels vous êtes :és.
de duos.
TOUS es
des iMMiuiies de
des ko-
pas; f li pw
tdaiisr<h
UMrtes les canièfei,
aa tTSTsil les mtiires
le Tiai mérite. Nooi
de les Toir siqiprimer
cette càroomatMaot yuv mom de ocAre DoosdpTODs b {KÂioa joanThoi duislesmi^de!
toer les examens Et à propos d^euMea, Je
trente à quarante aas à liers. Cest humiliant, ifites-' par li ; mais, sadiez-le pinion publique, poisqa^ est c'est le stimulant le plos éaergiqtte pov apathiques ^ réoompeoser, stcc serions mal aocaeUlis de manifester le au moment surtout où fl est questîoo dntrodiiire^ dans toute ^a^ mée, des examens pour FoblentioB des grades. N^oohlions pas dos plus que la régénération de notre corps dste de Fépoque où les examens devinrent obligatoires. CTest grftœ à œ oontrdle efficMe, réclamé avec instance par nos anciens enxHBiémeSy que ron parvint à purger dos rangs de tous les individus iTVipt^^ qui les aTiient envahis et les déshonoraient même. Espérons cependant que dans cettaiocs limites, on donnera satisfaction à ceux qui voudraient Toir introduire des tours d'ancienneté pour Tobtention des grades.
Nous sommes ici en famille, par conséquent nous pouvons caoser librement et ouvrir nos cœurs sans arrière-pensée. Dans les ooovcrsations que j'ai eues, ces jours-ci, avec la plupart d'entre voos, j'ai constaté un certain découragement se manifester chez quelquesuns. Au moment de nous séparer, il convient de remonter le moral de ceux qui en ont besoin . Voyons ensemble quelles sont les causes de ce découragement. Vous savez que j'ai vécu, jusqu'à ce jour, de la vie active, que j'ai passé successivement par toutes les phases que vous traversez en ce moment ; je suis initié à l'existence îdtime de l'interprète ; je comprends donc vos ennuis, en même temps que vos satisfactions et vos aspirations .
Quelques-uns d'entre vous, moins favorisés que leurs camarades, leurs cadets même, par la fortune et les circonstances, sont en retard dans leur avancement : c'est vrai, je suis le premier à le reconnaître; je n'ai pas besoin de les nommer, de faire des personnalités; nous nous connaissons tous entre nous, nous savons quels sont les services rendus par les uns et les autres. A ceux qui sont découragés, je dis : « Reprenez courage, persévérez ; tôt ou tard, on vous rendra justice, soyez en persuadés ; et quand nous aurons le bonheur de nous revoir encore réunis, comme ce soir, tous, la main dans la main, nous vous témoignerons le plaisir que nous éprouvons de TOUS retrouver plus contents et récompensés des bons services que TOUS avez rendus.
Enfin, plusieurs d'entre vous se préoccupent d'une grave question, celle de l'avenir réservé à notre corps. Vos inquiétudes sont chimériques. Permis à ceux qui ne connaissent, de l'Algérie, que la place ou le boulevard et les sentiers frayés, de raisonner ainsi ; mais vous, qui, en majeure partie, pénétrez journellement dans l'intérieur du pajs, qui êtes placés aux avant-postes, pour tout voir, et bien voir, vous avez acquis la conviction, que longtemps encore on aura besoin de notre concours : car la connaissance de la langue arabe n'est pas aussi répandue qu'on se le figure, parmi la population européenne de l'Algérie.
Du reste, le passé répond de notre avenir. Auxiliaires dévoués de Tannée, nous avons fait nos preuves en toutes circonstances et en tous lieux ; dans le nord comme dans le sud, pendant la paix comme durant la guerre, nous ferons encore notre devoir.
Je regrette que notre camarade Philippe ne soit pas ici, pour vous redire, avec la verve qui le caractérise, ses beaux vers sur le rôle à la fois utile et glorieux de l'interprète, compagnon inséparable du soldat d'Afrique en campagne. Philippe nous rendrait toute notre gaîté.
Oui, le passé répond de l'avenir. En voulez- vous une preuve plus éclatante ? Naguères, et pendant la formidable insurrection qui a bouleversé le pays, lorsque la plupart des officiers d'Afrique étaient allés défendre le territoire de notre chère France envahie, vous étiez tous fidèles à votre poste. Beaucoup d'entre vous, dans leur rôle modeste^
rt^
sauvent trop secondaire, ont. rendu de vilritaLIcs services, ont accompli des itiiBsions périilcuseB et cuinbaitu avec lioergie. Bi leurs services n'ont pas eu le reteotissemenl qu'ils méritaient, vous i pas moins droit ù )s recoo naissance du paya. Nos chers savent ei rout eneoi'c vous ea tenir compte, n'en douiez pas ; la population civile de niaintos localités vous a égalemeut vus à l'oeuvre, dans le» nionicnts critiques, et elle en coiisene nusai le souvenir et la recMnaissance.
En ri'sumiî, quel que soit l'avenir qui nous eal ivsorvi', le corps (les interprètes, initia' mieux que pei'sonne, aux aOaircs ulgérienon. sci-a toujours une pt'pinièrc, dans laquelle le gouverocment vicodii chorclioi' des agents di'voiiL's et expiji'imenli's . Notre sort est dt-nc assuré. Nous avons aussi en perspective la carrière des consulats. dans laquelle ont brillé plusieurs des n<}tres, et an n'oublie pas non plus à quel point les Roches et les Iluusseau avaient (•Levé notre influence nationale, lorsque ces anciens interprètes repnSsen talent b France à Tunis ou à Tanger.
Nous sommes tous enfants de ce pays arricain , notre prosp^rilif dépend de la sienne ; et, soit dans les rangs de l'arcaée où nous i sommes formI.^s, soit dans l'administration, ou enfin daos Icsoonsalats barbarcsques, notre l'ôle aéra toujours le rai^me, avec ocUc i vise : Dévoùmenl sans bornes, surtout k l'Algérie française, ootir patrie d'adoption.
Après ces bonnes paroles, qui ont étL^ couvertes d'applaudissements, parce qu'elles étaient marquées au eachet de la vérité, on donne un dernier souvenir aux camarades qui n'ont pu prendre part àlaicte. M. Ballesteros signale notamment l'absence regrettable de M. le principal Beaussier, que la maladie retient cliez lui. Puis la parole est. . . au punch et aux conversations pleines de cordialité qui se prolongent gaiment, fort avant dans la soirée.
(Compte-i-endu de VAklilHtr, dti 27 septeml^re 1873.)