‹ Les intimesChapitre 3 sur 11 · UNE HEURE B£ RÉCRÉATION · texte numérisé non relu

UNE HEURE B£ RÉCRÉATION

Pendant que le plus gp*and nombre des enfans consommait avec ayidité l'heure de la récréation en plaisirs tapageurs , deux demoiselles des premières classes , qui avaient dans leur maintien plus de réserve et de morgue écolière , inctice dé leur haute supériorité, disparaissaient du jardin : c'était pour se rendre sur Isi terrasse, d!où l'on embrassait un joli point de vue. La chose était formellement interdite , et cela pour plusieurs raisons. La sagacité de mademoiselle Monnet lui avait appris que la splendeur des prés , l'aspect des lignes de Thorizon et les pompes du ciel n'occuperaient pas de préférence i'ame et les yeux de ses élèves. Des cavalcades avaient eu lieu ; des pierres suspectes avaient été lancées ; et fort souvent de ces faits , toujours mal éclaircis malgré la sévérité des enquêtes , il était résulté des mariages. Il y en avait eu de malheureux : il y en a toujours. La respectable vierge ayait le mariage en horreur : c'était une personnalité contre elle, une usurpation contre ses revenus* Quand elle parlait du départ d'une de ses élèves , elle appuyait avec un profond soupir sur le pronom possessif; et, sans l'avarice, qui ajoutait à ses autres défauts une qualité de moins , elle eût volontiers fait mettre le marteau dans le fatal pavillon , ce qui du reste eût enlaidi la propriété et fait siffler la propriétaire. La clef en était cachée , mais on la lui dérobait avec adresse ; et alors on babillait tout à son aise avec un vent frais dans les cheveux , la volupté de la désobéissance dans le cœur,

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et sous les regards des bateliera qui chantaient en ramant , des hirondelles volant à fleur d'épi , et parfois aussi quelque villageoise accorte et délurée qui se laissait dire un secret , sous k chapeau de paille , par un freluquet de Corbeil.

— Cette pauvre amie ! Je t*en demande bien pardon. Tu souffres?

— Dieu ! que je serais contente de m'en aller d'ici ! dislait avec colère la jeune Marielle à son amie Rosalie; je ne sais à quoi pense ma mère de me tenir si long-temps' loin de Paris !

— Il faut croire que c'est pour ton bonheur, mon amie ; car, certes, mes parens m'aiment bien, et j'ai presque un an de plus que toi. Pourtant oo me laisse de même à Essonne.

— Pour moi-, Rosalie, si jamais j'y remets le pied quand je serai dehors une fois, ce ne sera pas vivante. Qu'on me fasse religieuse tout de suite : au moins je verrai de nouvelles figures , et quand elles m'ennuieront, car le couvent m'ennuiera, eh bien! au bout de cinq ans mes vœux seront finis et je serai majeure : majeure et libre !

-^ Est-ce que tu crois, dit Rosalie en arrangeant la collerette de sa camarade, que l'on te fera prendre le voile ?

-- Ma mère le dit. Mais, tu sais, ils nous disent tous de ne pas mentir, et leur vie n'est cousue que de mensonges. Les grands parens ne vont pas en pénitence. Pourquoi (car enfin maman n'est pas riche) m'a-t-elle fait donner leçons de danse, de

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