UNE HEURE DE RÉGRÉATIOK
harpe et de piano, de dessin et de musique vocale? Sainte Cécile ne dansait pas. On ne dépenserait pas plas pour la fille d'un pair de France.
— Il ne faut pas lui en vouloir.
— Que tu es folle ! je ne lui eh veux pas. Ob ! que je serai une plaisante carmélite avec tout cela; le capuchon qui me rendra trois fois plus brune , et le cbapelet à la main : disant à la tourrière : Aue , ma soeur ! Ce sera une vraie comédie, et pour végéter entre quatre murs , je n'ai pas besoin de tous les ^talens d'une actrice.
— Hélas ! tu es bien heureuse , Marielle : car toute seule au fond d'un cellule , tu n'auras pas de solitude ^ un crayon et du papier, un solfège et ta voix, et tu jouiras des bontés de ta mère. Moi qu'ils feront faire quelque mariage d'intérêt, je serai sotte et décontenancée dans le monde.
— Mais tu seras dans le monde ! Le ^onde , saisHu bien que c'est beau? Rosalie, le peu que j'en ai vu m'a ravie. J'aime le bal qui étourdit, les robes de soie si douces à la main , ces fleurs fausses qui sont si fraîches, le bruit des voix, des pas, les rires, tout , jusqu'à ce que je ne comprends pas bien encore , dont mon confesseur me parle à confesse , qu'on lit dans ces livres que j'ai sous mon oreiller, et que ce monsieur de l'autre jour, à la fête, m'expliquait en me baisant les mains.
— Ta ne m'avais pas dit cela , reprit Rosalie avec une voix tremblante. Et nous faisons peut-être mal de causer ainsi.
— Que tu es béte ! nous le dirons au vicaire , et il nous fera lire les sept psaumes de la pénitence. C'est en effet une rude pénitence , et je hais de tout mon cœur le roi David pour avoir griffonné tout ce latin.
— Et puis madame nous défend de venir sur la terrasse.
— Deux péchés ne coûtent pas plus qu'un. Nous y sommes : .restons-y. D'ailleurs j'ai des choses à te dire, de grands secrets.
-— Tu me fais trembler ; si on nous surprenait.
— Bon 9 la vieille est malade et dort ; les autres ont assez à s'occuper des petites ; et si l'on nous met à genoux, nous n'aurons pas de devoir à faire.
— Eh bien ! parle vite.
— Rien ne nous presse. Suis mon doigt : là-bas, près du pont , qu'est-ce que tu vois ?
— Il y a une grande charrette de foin.
— Eh ! ce n'est pas de ce côté ! A l'antre bout! vois-tu maintenant?
^— Allons-nous-en ! reprît vivement Rosalie.
— Pourquoi donc ? ce n'est pas pour toi qu'il vient , celui-là. C'est mon amoureux. Le tien n'y est pas.
— Mademoiselle ! reprit Rosalie avec force , je n'ai pas d'amoureux , et je ne veux pas rester ici.
— Alors , jette-toi du haut en bas dans le jardin : car j'ai la clef de la terrasse, et tu n'en sortiras pas sans ma permission,
— Ma bonne petite MarieUe...