INTOLÉRANCE ET TOLÉRANCE POUR L’ARSENIC. C
Quantités de liquide
Nature des substances
Poids des substances
Injecté.
Retrouvé.
injectées.
Injectées. Retrouvées
é Glucose.
Chien (8 kilogr.)
< Sulfate de
( soude.
t Glucose.
Chat (2 kilogr.).
\ Taurine.
Chien (7 kilogr.)
Peptone.
M. Lépine jugea utile, pour étayer son interprétation du spasme pylorique, de faire quelques expériences avec la liqueur de Fowler. 11 en rapporte ainsi les résultats : « Chez un chien à jeun depuis vingt-quatre heures et pesant 19 kilogrammes, je lie le pylore le 18 février, à sept heures et demie du matin, puis je lui introduis avec une sonde œsophagienne cinq grammes de liqueur de Fowler dans 40 grammes d’eau sucrée. L’animal n’a eu ni vomissement, ni diarrhée, ni aucun symptôme morbide apparent. A trois heures, on lui retire 40 grammes de sang, qui, examiné à l'appareil de Marsh, ne contient pas trace d’arsenic. A cinq heures, on sacrifie l’animal. Dans l’estomac, dont la muqueuse présente une large plaque rouge, on trouve 400 centimètres cubes de liquide. Il s’est donc fait une exsudation abondante. Ce liquide renferme une quantité considérable d'arsenic. Dans la vessie, on recueille 300 centimètres cubes d’urine, dont la plus grande partie a été sécrétée depuis le matin, qui ne contiennent pas d’arsenic en quantité appréciable.
« Un autre chien, un barbet de 12 kilogrammes, à jeun depuis vingt-quatre heures. Je lie le pylore le 22 février, puis je lui introduis 4 grammes de liqueur de Fowler dans 40 grammes d’eau sucrée : pas d’accidents morbides. Le lendemain, le poids est de llk°,500,et l’on sacrifie l'animal. L’estomac renferme 200 centimètres cubes de liquide grisâtre ; ainsi, comme dans le cas précédent, il y a eu une exsudation. Ce liquide contient beaucoup d’arsenic. Le foie renferme de l’arsenic , ainsi que la bile.
Donc, lorsque le pylore est lié, l'absorption n’est pas
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nulle, puisqu’on trouve de l’arsenic dans le foie et dans la bile, mais elle est certainement très imparfaite, car on n observe pas les accidents intestinaux d’intoxication arsenicale. »
c. Influence du contenu de l’estomac sur la marche de l'intoxication. — Il est démontré que l’état de plénitude ou de vacuité de l’estomac, de même que la nature des aliments qui y sont contenus au moment de l’ingestion de la substance toxique, possède une influence sur l’absorption de l’arsenic. En 1880, le Dr Chapuis (1) a démontré qu’une dose d’acide arsénieux de 3 milligrammes par kilogramme, dose admise comme fatalement mortelle par Rouyer (2), peut être fort bien tolérée si la substance toxique se trouve mélangée à un corps gras, à du beurre par exemple. Déjà l’on avait vu que les corps huileux pouvaient rendre des services comme antidotes de l’arsenic; Devergie(3) en conseillait l’emploi dans l’empoisonnement aigu, et Blondlot (4) avait démontré, à la suite de nombreuses expériences, qu'il suffit que l’acide arsénieux concret ait été en contact avec un corps gras pour voir sa solubilité réduite de un quinzième à un vingtième. A la suite d’expériences probantes sur les animaux et sur lui-même, le Dr Chapuis conclut que « l’acide arsénieux additionné de beurre est tout d’abord beaucoup moins toxique que lorsqu’il est administré seul ; que les matières grasses retardent l’absorption du poison, mais ne l’empêchent pas; enfin que l’élimination de l’arsenic est beaucoup plus rapide que d’ordinaire ».
Les faits qu’il nous a été donné d’observer, au cours de notre enquête lors des empoisonnements par le pain arse-
(1) Chapuis, Influence des corps gras sur l’absorption de l’arsenic , Paris, 1880, et Précis de toxicologie, 3e édition, 1897, p. 167.
(2) Rouyer, Essai sur les doses toxiques et les contrepoisons de quelques composés arsenicaux. Thèse de Nancy, 1875.
(3) Devergie, Traité de médecine légale, 1840.
(4) Blondlot, Influence des corps gras sur la solubilité des acides arsénieux et arsénique. Thèse de Lyon, 1860.
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niqué de Saint-Denis, nous ont également montré 1 influence du contenu stomacal sur la marche de 1 intoxication, notamment chez une fillette de quinze mois qui vomissait régulièrement le pain arseniqué immédiatement après l'ingestion; une seule fois, sa mère le lui donna trempé dans un œuf à la coque, et elle ne le rendit qu’au bout de quatre heures. Ce fut, du reste, la seule lois où elle fut un peu sérieusement malade.
Il y a quelques années, mon avis me fut demandé dans les circonstances suivantes : Une jeune fille avait un amant et devint enceinte ; elle accoucha à midi, après avoir pris une tasse de café et un peu de pain à neuf heures du matin. Son amant vint lui rendre visite entre midi et demi et une heure. La fille et son amant restèrent quelques instants ensemble et, peu après le départ de ce dernier, la tille fut prise de douleurs, de vomissements abondants accompagnés d’algidité et d’anurie, et elle mourut vers cinq heures du matin.
On accusa l’amant d’avoir empoisonné sa maîtresse. L’autopsie fut pratiquée et l'analyse chimique, très sérieusement faite, démontra la présence dans les viscères de grandes quantités d’arsenic. Le liquide contenu dans l’estomac renfermait 0gr,359 d’acide arsénieux; les intestins, 0gr,312; le foie, 0gr,639 ; les reins, 0gr,060, et le cerveau, 0gr,008. On me demanda, étant donnée la quantité d’arsenic trouvée dans les organes, au bout de quel laps de temps, après l’absorption du poison, les premiers symptômes d’empoisonnement avaient pu se produire.
Messieurs, la malade n’avait rien mangé depuis neuf heures et demie du matin, heure à laquelle elle avait pris, en compagnie de sa mère, une tasse de café et une tartine de pain ; il est certain que, dans ces conditions, son estomac devait être absolument vide vers midi ou une heure; donc, aucun aliment ne pouvait retarder l’apparition des premiers symptômes de l’intoxication. Dans ces conditions, je répondis que, étant donnée la quantité d’acide arsénieux
INTOXICATION PAR l’aRSENIC.
trouvée dans les viscères, les premiers symptômes, notammentles vomissements, avaientdû survenirdans la première demi-heure, au plus tard trois quarts d’heure après lingeslion du poison J'ajoutai, répondant à une autre question du juge d’instruction, que je ne pensais pas qu’un accouchement récent ait pu avoir une influence sur la marche des accidents.
Messieurs, que devons-nous conclure? Quelle dose devon=nous considérer comme devant entraîner à coup sûr la mort? A cette question, nous ne pouvons répondre d’une façon absolue. 11 est prouvé, par les résultats des expériences et aussi par les observations médico-légales, qu’une dose de 10 à 15 centigrammes peut être mortelle, mais nous devons ajouter immédiatement qu’il n’en est pas toujours ainsi et que parfois des doses cent fois supérieures n’ont produit aucun phénomène d’intoxication grave. Cette réponse est certainement bien vague, et vous pouvez être sûr que l'avocat de la défense interprétera ce doute en faveur de son client; mais l’expert, je vous l’ai souvent répété, ne saurait être l’auxiliaire de l’accusation ou de la défense et ne doit pas hésiter à avouer que, scientifiquement, la question qui lui est posée ne saurait être résolue ni par l’affirmative, ni par la négative .