‹ Les intoxicationsChapitre 16 sur 116 · APPAREIL RESPIRATOIRE · texte numérisé non relu

APPAREIL RESPIRATOIRE

pour redescendre le matin à 38° et 38°, 4; il oscilla ainsi entre 38° et 39° le matin et même 40° le soir, jusqu’à la fin de février et pendant tout le cours du mois de mars. Le pouls battait de 100 à 130 fois par minute. » Le teint était frais et la malade, bien que continuant à s’alimenter, maigrissait ; ses digestions n'étaient pas mauvaises et elle avait quelques vomissements glaireux survenant sans grands efforts. Le médecin traitant, après avoir pensé tout d’abord à une fièvre typhoïde, songea à la possibilité d’une tuberculose pulmonaire, la respiration étant légèrement soufflante à l’auscultation du sommet droit. Lancereaux, qui vit la malade le 20 mars, se rangea à l’avis du médecin traitant et diagnostiqua : fièvre typhoïde légère avec rechute.

Cependant, deux mois plus tard, aucune amélioration n'était survenue et il existait de la paralysie des membres inférieurs. Lancereaux pensa à une intoxication. 11 apprit que, quelques années auparavant, la jeune malade avait été atteinte d'un psoriasis généralisé et que, sur les conseils d'un spécialiste, elle avait fait usage de la liqueur de Fowler [tendant trois ans. A la fin de l'année 1893 et pendant les six premiers mois de l’année 1894, elle avait pris matin et soir de 2 à 4 gouttes de liqueur de Fowler, puis, à partir du mois de juillet, la dose fut portée à 12 gouttes matin et soir, avec un intervalle de quinze jours chaque mois; après le mois de novembre 1894, on ordonna une solution de • > centigrammes d arséniate de soude dans 125 grammes d'eau, à la dose progressive d’une demi-cuillerée à café, puis une cuillerée et demie et enfin deux cuillerées deux fois par jour, pendant des périodes de trois semaines séparées par un repos de quinze jours.

2° Appareil respiratoire.

L oppression, la dyspnée sont des symptômes dominants de 1 intoxication arsenicale subaiguë. Mais où les manifestations du côté de l’appareil respiratoire sont le plus P. Broüardel. — Les Intoxications. G

INTOXICATION PAR LARSENIC.

importantes, c’est dans l’intoxication chronique. En eflet, l’arsenic s’élimine par tous les tissus de nature épidermique et épithéliale; il n’v a donc rien d’étonnant à ce que la muqueuse des voies respiratoires soit touchée.

Au début de l’intoxication par les vins empoisonnés d’Hyè res, on crut à une épidémie de grippe spasmodique, à cause du catarrhe larijngo-bronchique\ il existait chez beaucoup de malades une toux quinteuse, opiniâtre, interrompant le sommeil, ayant pu même, à cause de sa persistance et de sa forme, faire pensera la coqueluche. L’auscultation permettait de noter des râles sibilants et ronflants, disséminés dans les deux poumons. L’expectoration muqueuse était quelquefois striée de sang-.

Chez plusieurs intoxiqués du Havre, le D1' Dug-ardin a constaté, par la laryng-oscopie, l’existence d’un catarrhe laryngé; cette constatation a d’autant plus de valeur qu’elle a été faite à un moment où l’on ne songeait aucunement à une intoxication arsenicale, qui ne fut diagnostiquée que six semaines plus tard.

La raucité de la voix a été signalée par Tschudi chez les arsenicophages ; Imbert-Gourbeyre a noté, sous l'influence des eaux minérales arsenicales du Mont-Dore, un enrouement, souvent très prononcé, qu’il rapporte à un catarrhe iaryngo-bronchique. Le Dr Dupoux donne l 'observation d’un malade qui perdit la voix au cours du premier traitement arsenical qu’il suivit pour se débarrasser d’une éruption persistante de psoriasis guttata (1) La voix devint moins étendue, les notes élevées disparurent les premières, puis bientôt la voix parlée devint rauque et voilée et, enfin, le malade demeura aphone pendant une huitaine de jours. Ces troubles de la voix ont cessé en même temps que le traitement, pour reparaître au bout d'une huitaine de jours, chaque fois qu’il fut repris.

M. Lancereaux pense que, dans l’intoxication arsenicale

(1) Dupoux, Des dangers delà médication arsenicale interne. Thèse de Paris, 1900, p. 29.

Page 1