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FORME SURAIGUË

peuvent faire penser à d’autres empoisonnements ; par exemple au sublimé, au tartre stibié, à l’acide oxalique, au chlorate de potasse ou aux drastiques. Dans ces cas, l’analyse chimique permettra de faire le diagnostic.

B. Prédominance des symptômes nerveux et circulatoires. — Le tableau que je viens de vous tracer de l’intoxication arsenicale aiguë n’est pas exact dans tous les cas. Je vous ai déjà sig-nalé le fait, rapporté par Laborde, d’une jeune fille âgée de vingt-sept ans qui avala dans un verre d’eau un certain nombre de fragments d’acide arsénieux vers trois heures de l’après-midi. Pendant plusieurs heures, elle refusa toute boisson ; le pouls resta calme, la peau fraîche, sans spasme de la gorge ni vomissements. tJn vomitif amena l’expulsion d’une énorme quantité d’acide arsénieux en fragments. Vers minuit, elle tomba en somnolence et mourut sans agonie (i).

Gérard (2) a vu un homme alcoolique qui, ayant pris de l’arsenic vers trois heures après midi, but du lait, du cidre, de l’eau et n’eut aucun vomissement jusqu'à huit heures du soir. A ce moment, les jambes devinrent froides, se fléchirent convulsivement sous les cuisses et le malade mourut sans souffrances.

Casimir Renault a relaté un fait analogue (3).

Dans ces cas, Messieurs, il n’y a pour ainsi dire pas de troubles digestifs ; les malades sont en état de faiblesse excessive, tombant parfois en syncope ou sont pris de somnolence et la mort survient en quelques heures : dans le cas de Laborde en neuf heures, dans celui de Gérard

(1) Laborde, Empoisonnement, suicide, mort au bout de neuf heures (, Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie, 1787, i. LXX, p. 89). ,

(2| Gérard, Empoisonnement par l’arsenic sans symptômes violents, suivi de mort cinq heures après l'ingestion ( Revue médicale française et étrangère, 1822, t. VII, p. 105).

(3) G. Renault, Recueil périodique de la Société de médecine, t. XII. p. 94.

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

en cinq heures. Celte rapidité de l’action toxique provient probablement de ce que, les vomissements n’avant pas rejeté, comme c’est le cas ordinaire, une partie du poison, la totalité de l'arsenic inséré concourt à l’empoisonnement.

2° Forme subaiguë.

C’est la forme la plus fréquente de l'intoxication arsenicale; elle entraîne la mort dans un temps variant de deux à douze jours, mais peut, si des soins sont donnés à temps, se terminer par la guérison.

Les troubles digestifs, consistant en vomissements, diarrhée, soif vive, sensation de brûlure dans la gorge, l'œsophage, l’estomac, et en une douleur épigastrique exagérée par la pression, durent deux jours environ.

Le troisième jour, il y a parfois une amélioration très marquée ; il existe encore une grande faiblesse, mais la douleur stomacale a disparu; la langue est bonne et la respiration normale ; cependant il persiste un goût acre dans la gorge, un besoin impérieux de boire et parfois une sensation d’ardeur tout le long du tube digestif, de la bouche à l’anus. Les urines sont rares, et parfois l’anurie est complète. Dans certains cas, l’amélioration fut telle que les malades ont pu se lever et sortir.

Du troisième au quatrième jour, il survient une réaction violente, le ventre redevient douloureux, dur et ballonné; il y a de la fièvre pouvant atteindre 40°; on a, en somme, les symptômes d'un embarras gastrique fébrile ou d’une fièvre typhoïde de médiocre intensité, une typhoïdette , comme disait Lorain .

C’est entre le troisième et le cinquième jour que surviennent les troubles respiratoires et laryngés; la gorge est rouge et la respiration difficile et embarrassée. Le visage est cyanosé ou de teinte rouge brun ; la peau est couverte d'éruptions diverses, érythèmes polymorphes, pétéchies, purpura, éruptions bulleuses, vésiculeuses ou ulcéreuses.

FORME SUBAIGUË.

Au milieu de tous ces symptômes, l’intellig'ence demeure intacte, mais la faiblesse augmente, les battements du cœur sont moins forts, le pouls devient petit, filiforme; il y a des syncopes et le malade meurt par le cœur.

Je vous rappelle, Messieurs, au point de vue du diagnostic, que, dans les intoxications du Havre, des médecins fort distingués, réunis en consultation, s’étaient arrêtés au diagnostic d’endocardite infectieuse ; à l’autopsie, nous avons trouvé le cœur’absolument sain, sans trace d’inflammation ancienne ou récente de l'endocarde ou des valvules.

Dans cette forme de l’intoxication, la guérison estpossible. Dans les empoisonnements du Havre, un malade, très peu de temps après l’absorption de deux verres de vin, fut pris de vomissements, d’évacuations alvines, accompagnés de collapsus. Les vomissements durèrent toute la nuit; en même temps, il y avait du gonflement des paupières et un œdème si considérable des cuisses et des bourses qu’on dut, pour le déshabiller, couper son pantalon ; cependant il guérit.

Un point intéressant et sur lequel vous pourrez être interrogés en assises, car les jurés en sont très frappés, est la rémission qui dure parfois vingt-quatre heures, qui survient assez souvent vers le troisième jour. On se trouve généralement porté à penser qu’il y a eu administration de doses nouvelles de poison.

Dans l’affaire du duc de Praslin, qui, après avoir tué sa femme, se suicida avec de l'acide arsénieux, il y eut le second jour une rémission dans les symptômes alarmants ; cependant, il mourut le cinquième jour. Dans le public, et même à la Chambre des Pairs qui devait juger le duc, on pensa qu’il y avait eu ingestion de doses successives de poison, et l’on soupçonna qu’on avait favorisé le suicide.

On demanda leur avis aux experts Orfila et Tardieu (1),

( 1 ) Tardieu, Relation médico-légale de V assassinat de il/m® la duchesse de Praslin et du suicide de l’accusé ( Annales d’ hygiène, 1847, t. XXXVII I , p. 367).

qui conclurent qu’il y avait eu ingestion d’une dose unique d’acide arsénieux, avis qui fut confirmé par le rapport d’Andral, qui avait donné ses soins à l’inculpé pendant tout le temps de sa maladie et qui écrivit : « Il n’est pas nécessaire d’admettre que de nouvelles doses de poison aient été prises ultérieurement. 11 est très ordinaire, enelï'et, de voir, en pareil cas, les symptômes s’enrayer et même diminuer à la suite des premiers vomissements; puis, par sa présence dans l’économie, le poison va déterminer de nouveaux accidents, qui résultent à la fois et des progrès de la réaction inflammatoire et de la dispersion des molécules arsenicales dans les différents organes. »

Nous ne saurions mieux dire.

Quand la guérison survient, la convalescence est extrêmement lente et il subsiste parfois pendant longtemps de la dyspepsie, des éruptions de toutes sortes, de l’anémie, de la faiblesse musculaire, et enfin des paralysies, dont je vous ai suffisamment entretenu dans une précédente leçon pour n’avoir pas besoin d’y revenir.

3° Forme lente.

Dans la forme chronique, ce n’est plus par jours que nous compterons, mais par mois et même par années. Cette variété d’intoxication est rarement criminelle; le plus souvent elle succède à l’ingestion de substances médicamenteuses continuée pendant un temps trop prolongé.

Le début est variable. Quand l’intoxication chronique succède à une intoxication subaiguë, dont elle n’est en quelque sorte que le prolongement, le médecin aura été averti par les symptômes que je viens de vous exposer ; mais quand l’intoxication est chronique d’emblée, qu’il s’agisse d'une intoxication accidentelle ou d’un empoisonnement criminel à l’aide de petites doses répétées de poison, le médecin est quelque peu dérouté. C’est pourquoi, même lorsqu’il y a eu un grand nombre de per-

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