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AUTOPSIE DANS LES PREMIERS JOURS APRÈS LA MORT

mais aussi l’estomac; quand on appuie sur la muqueuse, 'œdème des couches sous-jacentes permet la production d’un petit godet, analogue à celui qu'on détermine par pression sur la jambe des brig'htiques. Cet œdème est plus considérable au niveau du duodénum et va en diminuant jusqu’à la valvule iléo-cæcale.

La rate est intacte, ni tuméfiée, ni ramollie; au moins je l'ai toujours trouvée ainsi ; aussi n’est-ce pas sans étonnement que j'ai appris que Lewin l’a toujours trouvée tuméfiée.

Le foie est augmenté de volume et la dégénérescence graisseuse l'envahit rapidement; elle existait déjà dans des cas où la mort était survenue huit heures après l'intoxication.

Quand on examine expérimentalement le mode de production de celte dégénérescence graisseuse, on voit, en sacrifiant les animaux dans des temps variables après l'ingestion, qu’il existe une dégénérescence trouble des cellules hépatiques ; le noyau est voilé, puis la cellule est détruite. Avec Grancher, nous avons montré que dans l’intoxication phosphorée, analogue à celle de l’arsenic, cette dégénérescence est accompagnée d’une hypertrophie du tissu cellulaire périlobulaire, et qu’il existe autour des vaisseaux une prolifération de cellules embryonnaires.

Ces lésions de la dégénérescence hépatique sont de celles que l'expert ne peut trouver qu’à la condition de pratiquer l'autopsie peu de temps après la mort.

Les reins sont frappés également, l’épithélium rénal est en dégénérescence granulo-graisseuse et il existe des cylindres fibrineux dans les tubes urinaires.

Le cœur est atteint dans ses fibres musculaires qui perdent leur striation et sont envahies par la dégénérescence graisseuse. Du fait de l'intoxication, on ne trouve aucune lésion de l’endocarde, même lorsque l’examen clinique du malade a révélé l’existence d’un souffle, ainsi que cela s’est produit chez les empoisonnés du Havre.

Les poumons sont le siège d'une congestion intense. Les

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poumons de Soufflard, mort vingt heures après l'intoxication, surnageaient à peine et pouvaient être placés debout sur la table d’autopsie (1). Dans les bronches, il y a de la spume; en même temps, on constate des ecchymoses souspleurales et même, comme dans l’autopsie du duc de Praslin, dont la survie avait été de six jours, des noyaux de sang noir inlillré, ayant les caractères de l’apoplexie pulmonaire.

Les lésions du système nerveux ne sont pas encore bien connues chez l’homme; elles ont été diversement interprétées. Quelques auteurs ont noté des lésions médullaires; mais, dans ses expériences, G. Brouardel a produit des paralysies .sur sept animaux, et il n’a trouvé aucune lésion ni de la moelle ni des nerfs.

Ces résultats ont été confirmés par Cornil et Gombault (2).

Quand la mort a été très rapide, le sang contenu dans les vaisseaux est épaissi, de consistance presque goudronneuse, ce qui est dû, dit M. Vibert, à la grande perte d'eau qu’en- • traîne la diarrhée. Je vous rappellerai que, dans le cours de l’intoxication, on note très souvent des ecchymoses souscutanées et sous-muqueuses, des suffusions sanguines, pétéchies, purpura. Quand l’autopsie est faite quelques jours après la mort, la matière colorante du sang a, en grande partie, quitté les globules, et il y a une infiltration rouge de tout le tissu cellulaire de la gaine des vaisseaux. C’est là, vous le savez, une altération cadavérique banale, mais, dans l’intoxication par l’arsenic, elle est peut-être plus précoce et plus fréquente encore que d’ordinaire.

2° Autopsie tardive.

La putréfaction dans l’intoxication arsenicale. — Les

auteurs ont toujours été très divisés sur la question relative

(1) Georges Brouardel, dans les expériences sur les animaux, a noté la constance de celte congestion.

(2) G. Brouardel, Études sur l'arsenicisme. Thèse, 1897, p. 33.

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à la conservation des cadavres dans l’intoxication par l’arsenic; aussi je désire vous dire d’abord quelques mots sur les causes qui peuvent influer sur la marche de la putréfaction.

1. Momification naturelle. — Vous savez, Messieurs, que la momification naturelle est fréquente dans les pays chauds. Dans l'antiquité, Pausanias raconte qu’on trouva entre le couronnement et le toit d’un édifice le corps d’un soldat dont la mort remontait à une guerre entre les Eliens et les Lacédémoniens. Garmann rapporte que, lors de l’exhumation de Charles-Quint, qui eut lieu cent ans après sa mort, on trouva le cadavre très bien conservé.

Dans les contrées chaudes et sablonneuses de la région intertropicale, particulièrement au Mexique et en Afrique, la momification des matières organiques exposées à l’air est la règle. Gordon disait qu’à Kartoum l’air était tellement sec « que rien ne se gâte ou sent mauvais, tout se dessèche jusqu’à s’indurer. Un chameau mort résonne comme un tambour ».

Un fait curieux, qui montre bien qu’il existe pour la marche de la putréfaction des causes dépendant du cadavre lui-même en dehors de toute action de la température ou du terrain où a lieu l’inhumation, est le suivant : Après les journées de Juillet 1830, un certain nombre de gardes nationaux furent inhumés place de la Bastille. Quand, cincf ans plus tard, on creusa pour établir les fondations de la colonne commémorative, ces corps furent retrouvés : quelques-uns étaient réduits à l’état de squelettes, revêtus de quelques restes de buftleteries ; les autres étaient à ce point conservés que l'on aurait pu les reconnaître aux traits de leur visage. Le fait ne fut pas expliqué et toutes les hypothèses restent ouvertes. Il semble probable que cette différence dans la marche de la putréfaction est sous la dépendance des microorganismes différents que ces hommes avaient dans leur tube digestif au moment de la mort.

L'influence du terrain dans lequel est inhumé le cadavre

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

sur la marche de la putréfaction est considérable. Il existe des terrains qui momifient les cadavres d’une façon remarquable. En 1793, on a trouvé à Bordeaux des cadavres absolument conservés.

Dans un des cours précédents (1), je vous ai exposé la question des inhumations de la ville de Saint-Nazaire, dont le cimetière humide, situé en terrain peu perméable, ne consumait pas les cadavres, qui étaient transformés en adipocire. Nous avons pensé favoriser la destruction des corps en pratiquant le drainage du cimetière ; or, Messieurs, par nos drains il ne s’est pas écoulé d'eau, et cependant, à partir de ce moment, les corps ont été rapidement détruits. C'est que, si nous n’avions pas soustrait d’eau au sol, nous avions introduit de l’air, et par conséquent de l’oxygène qui a favorisé la pullulation des microorganismes aérobies destructeurs des cadavres.

Le cercueil, ou plutôt les substances dont on entoure le cadavre, peuvent retarder la putréfaction. Afin d'empêcher pendant les cérémonies funéraires l’écoulement hors de la bière des liquides qui peuvent se produire dès le début de la putréfaction, on avait l’habitude de placer au fond delà bière une couche de sciure de bois, ce qui est suffisant; mais bientôt on a tassé la sciure autour du cadavre, ce qui empêche, en partie du moins, le contact de l’air, puis, dans le but de combattre les mauvaises odeurs, on a ajouté diverses substances qui peuvent entraver la marche normale de la putréfaction.

Dans l’affaire de l’horloger Pel, nous avons trouvé le cadavre de Mme Pel entouré d’une mixture absorbante et antiputride, composée dans les proportions suivantes (2j :

Sciure de bois 1 hectolitre.

Acide phénique brut 400 grammes.

Essence de mirbane rouge 40 —

(1) P. Brouardel et O. du Mesnil, Assainissement des cimetières ; des conditions d’inhumation dans les cimetières ( Annales d’hygiène) et Brouardel, Les empoisonnements criminels et accidentels, 1901, p. 332.

(2) P. Brouardel et L’Hôte, Affaire Pel; accusation d’ empoisonnement I Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 3e série, 1886, t. XV,

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La conservation du cadavre était parfaite, quatre ans après la mort.

Lors de l’autopsie de Mme D..., l’une des victimes des empoisonnements du Havre, trois ans après la mort, nous avons trouvé le cadavre bien conservé ; il ôtait enveloppé dans de l’ouate, au-dessus de laquelle il y avait de la balle d’avoine et des graines de plantes aromatiques. Au-dessous du cadavre, sous les cuisses et les jambes notamment, il y avait du charbon de bois plus ou moins concassé et des débris végétaux semblables aux précédents.

Je vous ai déjà dit que la marche de la putréfaction est notablement modifiée si le cadavre est déposé dans une bière en planches ou dans une bière en zinc ou en plomb. Dans ce dernier cas, la saponification du cadavre se fait vite, mais la destruction est moins rapide. Enfin, je vous ai rappelé qu'on avait fait des bières caoutchoutées et que, dans les inhumations ainsi pratiquées, si la destruction du cadavre n’est pas très retardée et se fait en trois ou quatre ans, il reste dans la bière un produit liquide, gras, noirâtre, une sorte de cambouis qui clapote dans le cercueil et qui, quand on ouvre la bière, répand une odeur épouvantable.

Pour les besoins de l’hygiène et empêcher que les liquides organiques se répandent, la sciure de bois est suffisante et toutes les autres substances ajoutées ne peuvent que compromettre les recherches médico-légales; en effet, au point de vue qui nous occupe en ce moment, les substances employées sont généralement impures et peuvent contenir de l'arsenic.

Messieurs, je vous recommande donc, lorsque vous pratiquerez une expertise médico-légale, de prendre dans des bocaux séparés des échantillons de tout ce qui entoure le cadavre, mixture, ouate, charbons, graines odoriférantes, linceul, vêtements. Dans un cas, il fut reconnu que l’arsenic qui avait été trouvé à la surface du cadavre d’une jeune fille provenait d’une couronne qu’on avait enfermée dans la bière et dont le feuillage était teint à l'aide du vert de Schweinfürt.

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2. Momification artificielle. — Elle est pratiquée depuis les temps les plus anciens, et les innombrables momies égyptiennes sont la preuve de la valeur de la méthode employée. Dans les iles Canaries, à TénérilFe, on trouve un grand nombre de momies des Guanches, les anciens habitants de ces îles.

Dans les temps modernes, on a souvent pratiqué les embaumements à l’aide d'une solution dite de Tranchina , qui n’est autre chose qu’une dissolution de 745 grammes d’arsenic et de 31 grammes de cinabre dans 7500 grammes d’esprit-de-vin. Cette solution était injectée dans les artères jusqu’à ce qu’elle se fût répandue dans tout le corps. Il est certain que, après un embaumement ainsi pratiqué, s'il y a présomption d’empoisonnement par l’arsenic, le médecin expert nepourra remplir sa mission; aussi, depuis longtemps il est interdit de se servir de substances toxiques dans les embaumements. De plus, cette opération ne peut être pratiquée qu’en présence du commissaire de police, auquel on doit remettre un échantillon cacheté du liquide conservateur injecté; de plus, un autre échantillon est placé dans la bière (1).

Je vous rappellerai que le savon arsenical de Bécœurest très employé pour la conservation des animaux empaillés; je vous ai môme cité des accidents qui lui étaient imputables (2).

Je ne connais qu’un cas dans lequel, au cours de poursuites pour intoxication par l’arsenic, l’inculpé prétexta l’embaumement. Il s’agit d’une femme qu’on prétendait avoir été empoisonnée par l’arsenic. Le mari affirma l'avoir embaumée et soutint que le poison trouvé à l’autopsie avait été déposé dans le tube digestif après la mort dans un but de conservation.

Le mari fut acquitté (3).

(1) L. Hahn et L. Thomas, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Article Embaumements.

(2) Yoy. p. 15.

(3) Yaughan, The medico-leyal Journal, décembre 1889, p. 345.

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3. L’arsenic a-t-il une action sur la décomposition des cadavres? - Il est assez singulier que les auteurs anciens aient considéré l’arsenic comme entraînant une décomposition rapide du cadavre. Zacchias, en 1666, prétendait que, pris a 1 intérieur, ce poison hâtait la décomposition, mais que, pris par applications externes, il la retardait. Plenck (devienne) en 1785, Gmelin (de Gottingen) en 1795, ont émis la même opinion. Zaayer, qui a exhumé treize cadavres de personnes empoisonnées par la femme Van der Linden, prétend que l’intoxication arsenicale n’a que peu d’influence sur la marche de la putréfaction ; il pense qu’il y a retard, quand Je corps a été déshydraté par les vomissements et la diarrhée (1). Cependant, la plupart des auteurs professent que la putréfaction est très retardée. Welper, au cours du procès de M Ursinus en 1803, autopsia deux cadavres exhumés l’un à Berlin, l’autre à Charlottenbourg ; il les trouva bien conservés. Kelch, en 1804, fit des expériences sur ce point : 11 arrosa des muscles et des intestins avec une solution arsenicale et remarqua que ces matières organiques se

décomposaient moins vite que normalement. Klanch, en 1811

opéra sur des chiens qu’il empoisonna ; les cadavres se conservèrent très bien. Bachmann, en 1812, rapporta avoir observe trois cadavres intoxiqués par l’arsenic qui étaient partiellement momifiés.

En 1826, Orfila se rangea à l’opinion de la décomposition retardée, mais seulement dans les cas où il a été absorbé une grande quantité d’arsenic. Hunefeld, en 1828, arriva aux mêmes conclusions, en intoxiquant des lapins et des souris.

H. Sainte-Claire Deville fit à Besançon l'autopsie de cinq personnes mortes en 1849, et à ce moment on avait cru quelles avaient succombé au choléra qui sévissait alorsquatre ans plus tard, on pensa qu'il y avait eu intoxication arsenicale, et I exhumation fut ordonnée. Parmi les cinq

j2iüTr:ml‘0e‘‘and der Amsterdam, 1886 (Fircécrt

P. B roua hdel. — Les Intoxications. 10

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cadavres, deux étaient presque entièrement consumés et ne contenaient pas d’arsenic ; les trois derniers, qui contenaient de l’arsenic, étaient, au contraire, très bien conservés.

Depuis cette époque, Hermann, Dragendorff, Krahmer, Tardieu admirent que l’arsenic ralentissait la putréfaction, aussi bien dans les cas d’empoisonnement aigu que dans les intoxications chroniques.

Graff, en 1831, avait émis une opinion intermédiaire; pour cet auteur, les cadavres des individus ayant pris de l’arsenic pendant des années étaient bien conservés ; ceux provenant de personnes ayant pris de l’arsenic pendant plusieurs mois auraient été trouvés complètement putréfiés. Il ne faut pas oublier, comme je vous l’ai dit il y a un instant, que, dans certains cas, la conservation est parfaite, quand il n’y a certainement pas trace d’arsenic.

Dans les exhumations ordonnées pour des inculpations d’empoisonnement par l’arsenic lorsque les présomptions étaient confirmées, j’ai toujours trouvé les corps remarquablement conservés.

Dans l’affaire de Vesoul, où un enfant de quelques mois fut intoxiqué par le lait de sa mère, qui avait subi un empoisonnement arsenical auquel elle-même n’avait pas succombé, nous avons trouvé l’enfant très bien conservé; l’inhumation avait eu lieu le 12 mai 1882, et l’autopsie fut pratiquée au commencement de janvier 1884.

Dans l’affaire Pel, nous avons trouvé, le 24 octobre 1884, le corps de Mmc Pel momifié; l’inhumation datait de quatre ans. Le cadavre était contenu dans une bière de sapin et entouré d’un mélange de sciure debois, d’essence de mirbane et d’acide phénique.

Au Havre, nous avons eu à pratiquer l’examen de trois cadavres exhumés.

Mmc M..., morte le 26 mai 1888, fut autopsiée le 30 octobre de la même année, soit après cinq mois. Le cadavre, enfermé dans une bière de sapin et entouré de sciure de bois, était

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très bien conservé ; il n’y avait pas trace de putréfaction gazeuse, sauf sur les parties latérales du tronc ; l’épiderme était adhérent à la peau et les ongles des mains et des pieds ne se laissaient pas facilement arracher.

Le cadavre de D..., morte le 9 mai 1880, exhumée et autopsiée le 4 janvier 1889, deux ans et huit mois après le décès, était contenu dans un cercueil de zinc soudé, luimême enfermé dans une bière de chêne. Le corps était enveloppé d ouate, de balles d’avoine, de graines aromatiques, de charbon concassé. Débarrassé de ces enveloppes, le corps se montra dans un état de conservation remarquable : la peau parcheminée sonnait par places comme du carton, l’épiderme n était pas soulevé par des bulles liquides ou gazeuses. La conservation était si parfaite qu’il nous fut possible d'examiner tous les organes, même les valvules cardiaques, avec autant de facilité que sur un cadavre frais.

M. D... était mort le 27 novembre 1887, l'autopsie fut pratiquée quatorze mois après la mort, le 20 janvier 1889. La bière était en chêne, doublée d’un cercueil de plomb. Le cadavre était très bien conservé; les parties antérieures étaient desséchées, comme momifiées. L’examen de tous les organes put être fait sans difficulté.

Dans 1 affaire des vins d Hyères, les cadavres dans lesquels on trouva de l’arsenic étaient très bien conservés.

4. Causes de la conservation. — Je n’entrerai pas, cette année, dans de longs détails sur la marche de la putréfaction, que je vous ai exposée dans un cours précédent (1). Je ne vous rappellerai que les points nécessaires à notre étude actuelle.

La putréfaction est, vous le savez, fonction de colonies microbiennes successives. M. Bordas (2), étudiant la marche de la décomposition d’un caillot de sang provenant d'une

(1) P. Brouardel, Les empoisonnements criminels et accidentels 190->

(2) Bordas, La putréfaction. Thèse de Paris.

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saignée, a constaté qu’elle débute quand le caillot est envahi par des colonies de microorganismes aérobies, qui produisent de l’acide carbonique, puis disparaissent. Ils sont remplacés par une autre colonie vivant avec ou sans oxygène, microorganismes facultatifs, qui produisent, comme les précédents, de l'acide carbonique, et en outre de l’hydrogène et des hydrocarbures. Enfin, quand tout l’oxvgène du caillot a disparu, survient une dernière colonie de microbes anaérobies qui produisent de l'hydrogène, de l’azote et des ammoniaques plus ou moins composées.

Quand un cadavre reste exposé à l’air, les microbes de l'air tombent à sa surface et les insectes déposent leurs œufs ou leurs larves au niveau des orifices naturels, particulièrement au niveau des narines, de la bouche, des fentes palpébrales, et c’est par ces points que commencent à se putréfier les fœtus et les mort-nés qui n’ont pas respiré.

Chez l’adulte et chez l'enfant qui a respiré et a été alimenté, la putréfaction commence par la fermentation des substances contenues dans l’intestin. D'après M. Duclaux, les vibrions normaux du tube digestif pullulent, pénètrent les glandes, détruisent les épithéliums morts, sécrètent une diastase qui liquéfie les tissus et, envahissant le péritoine, y produisent les gaz dont je vous entretenais il n'v a qu’un instant, et dont la tension dans l'abdomen peut atteindre une atmosphère et demie.

Les gaz développés dans l’intestin et la cavité péritonéale refoulent le diaphragme jusqu’au niveau du troisième espace intercostal; le sang contenu dans le cœur, les poumons et les gros vaisseaux de la poitrine est rejeté vers la périphérie. Le sang ainsi expulsé entraîne avec lui les microorganismes, et c’est cette cii'culcition posthume qui fait pénétrer les microbes de la putréfaction dans tous les tissus où ils se développent, en suivant la succession indiquée par M. Bordas.

Que se passera-t-il si nous appliquons à l’arsenic cette théorie de la putréfaction? Si l’arsenic, est ingéré par la

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