MODES D'ACTION
le péritoine, les leucocytes s’emparent de l’arsenic et le transforment en un composé non toxique, qui est éliminé avant qu’il ait pu arriver aux cellules nerveuses. L’intoxication ne se produit que dans le cas où la quantité de poison est si considérable que les leucocytes sont insuffisants pour absorber la totalité du toxique ing’éré ou parce qu'ils sont incapables de remplir ce rôle de protection.
Cette théorie semble confirmée par les expériences. Besrcdka injecte dans le péritoine d’un cobaye du trisulfure d’arsenic, sel arsenical coloré et très lentement soluble. Si l’animal doit guérir, on trouve dans l’exsudât péritonéal une quantité considérable de leucocytes, et particulièrement des macrophages qui contiennent des corpuscules rouges de trisulfure d’arsenic, et l’on ne trouve plus un seul des corpuscules libres. A ce moment, l’animal est complètement guéri, bien qu’il conserve dans son organisme la presque totalité de l’arsenic qui lui a été injecté.
Peu à peu, les leucocytes qui contiennent l'arsenic disparaissent de la séreuse péritonéale ; on en trouve encore quelques-uns le dixième jour, mais il n’y en a plus le douzième. Les corpuscules de trisulfure d’arsenic contenus dans les macrophages se désagrègent, deviennent invisibles et sont transformés en un composé arsenical soluble non toxique. D’après Besredka, l’élimination par les reins ne commence à se produire que lorsque la phagocytose est assez avancée et que la transformation de l’arsenic en sel non toxique est déjà commencée (i).
Si 1 on injecte un sel soluble sous la peau, les phénomènes de phagocytose se produisent de la même manière et, si l’on sépare les globules blancs du sang par centrifugation, l’analyse chimique permet de retrouver de l’arsenic dans les leucocytes, alors qu’on n’en trouve ni dans le sérum ni dans les hématies.
Dans l'empoisonnement par doses successives, il y a molli) Vibert, Précis de toxicologie clinique et .médico-légale, 1900, p. 370.
tiplication des leucocytes. Besredka, après avoir déterminé la dose minima mortelle en dix-huit heures pour le lapin, injecte cetlc dose en quatre fois dans la journée et ranimai ne meurt pas. De ce fait, Besredka donne l’explication suivante. La première dose injectée habitue les leucocytes à l’arsenic: onesten pleine hyperleucocytose. « Ces leucocytes qui pullulent dans le sang' ont déjà subi le contact de l'arsenic et, lors de la deuxième injection, ne s’en montrent nullement ou peu impressionnés. Au lieu de faire preuve d’une chimiotaxie négative et de s’enfuir dans les organes, ce qu’ils auraient fait en présence d’une dose représentant les deux premiers quarts injectés en une seule fois, ils éprouvent au contraire, vis-à-vis de la nouvelle dose, une chimiotaxie positive presque aussitôt après l’injection. Le troisième et le quatrième quart subissent le même sort et sont accueillis par les leucocytes par une chimiotaxie de plus en plus active. »
Ces théories de Besredka sont extrêmement ingénieuses et j’espère que ces recherches seront continuées.