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X. — Traitement

Messieurs, la première indication, vous le comprenez, est l’évacuation immédiate du poison qui peut encore être contenu dans l’estomac; vous le viderez soit par des vomitifs, soit par le lavage.

Vous administrerez ensuite certains contrepoisons vantés contre l’empoisonnement arsenical : l’hydrate de peroxyde de fer et la magnésie.

Le peroxyde de fer gélatineux (1), qui a été préconisé par

(1) Pour obtenir le peroxyde de fer gélatineux, on verse dans du perchlorure de fer très étendu d’eau de l’ammoniaque, jusqu’à ce que îe mélange devienne légèrement alcalin. Le précipité gélatineux gagne peu à peu le fond du vase; on le décante et on le lave à deux ou trois reprises, afin d’enlever le chlorhydrate d’ammoniaque et l’ammoniaque libre. Il faut environ une demi-heure pour que le précipité soit en état d’être administré au malade (Yibert).

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES. 153

Bunsen en 1834, forme avec l'acide arsénieux, les arsénites, 1 acide arsénique et les arséniates, des composés, qui sont insolubles, ou dont l'absorption est, tout au moins, très lente, ce qui donne le temps d évacuer le poison. Par luimême, le peroxyde de fer irrite la muqueuse stomacale : il est donc nécessaire de ne pas le laisser séjourner longtemps dans 1 estomac. Quant à la dose de peroxyde à employer, elle est variable suivant la quantité présumée du poison. 11 vous suffira de savoir que, pour neutraliser une partie d’acide arsénieux, il faut au moins vingt parties du contrepoison, que l’on fait prendre par cuillerées à soupe, délayé dans un peu d’eau.

En 184b, Bussy a préconisé la magnésie calcinée , qui jouit des mêmes propriétés que le peroxyde de fer hydraté et qu il est beaucoup plus facile de se procurer. On en délaye

une partie dans vingt parties d’eau et l’on en fait prendre quatre

à cinq cuillerées à soupe toutes les dix à quinze minutes.

A défaut de ces préparations, on a préconisé Y eau de chaux qui forme avec les préparations solubles d'arsenic un sel insoluble.

Enfin, Messieurs, dès que cela est possible, il faut prescrire des diurétiques pour favoriser l’élimination par les reins. Orfila conseillait de donner aux intoxiqués, mais seulement quand il n’y avait plus d'arsenic dans le tube digestif, une boisson composée de trois litres d’eau, un demilitre de vin blanc, un litre d’eau de Seltz et30 à 40 grammes d’azotate de potasse.

Le traitement des autres accidents : troubles du système nerveux, de la dyspepsie consécutive, etc., est purement symptomatique.

Questions médico-légales.

Je n entrerai pas dans de longs détails sur les différentes questions médico-légales. Dans le cours d’une précédente année, j ai étudié devant vous celles qui peuvent être

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

posées au médecin expert à l’occasion d’un empoisonnement par une substance quelconque (1). Ne voulant pas m’exposer à des redites, je n’insisterai que sur les points absolument particuliers à l’intoxication arsenicale.

1. La mort ou la maladie doivent-elles être attribuées à l’ingestion de l’arsenic ? — Les erreurs initiales sont fréquentes. Lorsque quelqu’un meurt inopinément après avoir eu des vomissements et de la diarrhée, on soupçonne une intoxication par l’arsenic.

Les auto-intoxications à formes gastro-intestinales, dues à la formation de ptomaïnes et de toxines dans le tube digestif, lorsqu’elles provoquent des vomissements et de ta diarrhée, peuvent en imposer pour un empoisonnement. Dans un cas dont le Comité d’hygiène eut à s’occuper, on ne pensa pas à un empoisonnement arsenical, mais, à cause d'une épidémie alors régnante, on songea au choléra, dont les symptômes, vous le savez, ont les plus grandes analogies avec l’intoxication arsenicale. C'était dans un pensionnat que l’épidémie avait éclaté. MM. Grancher et Roux s’v rendirent aussitôt ; ils trouvèrent neuf petites filles présentant des troubles gastro-intestinaux graves, de l’algidité, de la cyanose, des crampes. L’enquête prouva qu’il ne s'agissait pas de choléra. La veille du jour de l’éclosion de l’épidémie, on avait vidé, la fosse d’aisance et les vidangeurs avaient lavé leurs mains et leurs outils de travail dans le petit bassin qui ornait la cour de récréation. Malgré la défense qui leur en était faite, les petites filles avaient bu de l’eau de ce bassin.

La forme gastro-intestinale de Y urémie, celle qui frappe surtout les individus atteints de troubles rénaux, particulièrement de sclérose du rein avec une petite quantité d’albumine, quand ils ont absorbé des liqueurs, des aliments indigestes, des viandes faisandées, des conserves dans

(1) P. Brouardel, Les empoisonnements criminels et accidentels, 1902,

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lesquelles se sont développées des colonies microbiennes, donne lieu à des symptômes cholériformes qui peuvent entraîner une erreur de diagnostic.

L 'étranglement interne, l’ étranglement herniaire, la péritonite suraiguë à la suite d’une perforation de l’intestin. de l’appendice, de l’estomac, delà vésicule biliaire, ont des symptômes analogues à ceux, de l’empoisonnement par l’arsenic, surtout si la mort, qui est parfois très rapide, ne permet pas d’étudier en détail la marche des symptômes.

Je ne vous parlerai pas à nouveau des symptômes tellement identiques de l’intoxication arsenicale et du choléra, qui ont permis au cours d’épidémies, à des héritiers malintentionnés, d’aider la nature et de faire disparaître à l’aide de l'arsenic des collatéraux gênants.

Le diagnostic de l’intoxication est loin d’être toujours facile, et même lorsqu'il soupçonne une intoxication, je dirai même lorsqu’il est certain qu’il y a intoxication, le médecin a un rôle qui demande beaucoup de tact. L’empoisonnement, ainsi que je vous l’ai dit, est souvent un drame de famille; si le médecin de bonne foi, abusé par les symptômes, dénonce un acte criminel qui n’existe pas, il jette le trouble et la désunion dans une famille et encourt une terrible responsabilité.

Je vous conseille, si jamais vous vous trouvez dans ce cas, de recueillir et de faire analyser les déjections et les vomissements. Le fait même d’avoir recueilli des excréta montre à la personne, de l’entourage du malade, qui empoisonne que ses manœuvres sont soupçonnées et suffira p»eut-être a empêcher la perpétration définitive de l’acte criminel.

A l’autopsie, les lésions que je vous ai décrites, l’analyse chimique par l’appareil de Marsh vous permettront d’établir le diagnostic.

Dans les affaires d’empoisonnement pour lesquelles l'action judiciaire est en général tardive, je ne vous conseille pas d’attacher une importance absolue aux renseignements qui pourraient vous être fournis parle médecin traitant. Si

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quelque fait symptomatique ou autre n’a pas frappé spécialement son esprit, ses souvenirs sont vagues, surtout s'il s’agit d’un malade qu’il a examiné plusieurs mois ou plusieurs années auparavant.

En tout cas, vous ne conclurez d’une façon affirmative que si les symptômes, l’anatomie pathologique et l’analyse chimique donnent des résultats concordants (1).

II. Représentation du poison. — Messieurs, pour la plupart des poisons, surtout pour les alcaloïdes, il est très difficile, sinon impossible, de représenter le poison en nature. Il n’en est pas ainsi pour l’arsenic.

Vous apporterez devant le jury des soucoupes, des tubes présentant des anneaux d’arsenic, et vous pourrez expliquer et démontrer qu'il s’agit bien d’arsenic ; vous pourrez même, par des pesées, donner le poids de l’arsenic que vous aurez ainsi isolé. C’est là, je vous assure, une grande satisfaction pour les jurés, qui ont pour rassurer leur conscience la preuve palpable de la présence du poison.

III. La substance employée était-elle de nature à donner la mort ? — Je vous ai dit qu’au point de vue légal, quand il s’agit de tentatives d’empoisonnement, il faut, pour qu’il y ait des poursuites, que la substance ingérée possède des propriétés toxiques; l'intention bien manifeste d'attenter à la vie d’autrui n’est pas un délit, si la substance administrée se trouve être inolfensive, même à l'insu du criminel. Il en est de même si la substance vénéneuse cesse de l’être par suite du mélange que l’empoisonneur en fait avec une autre substance qui en neutralise les effets.

En ce qui concerne l’arsenic, vous pouvez répondre sans hésitation que les substances arsenicales, que nous avons énumérées plus haut, sont capables de causer la mort, si elles sont prises à dose suffisante (2).

(1) Voy. pièce n° o.

(2) Briand et Chaude, Manuel complet de médecine légale , 1879, p. 024. — P. Brouardel, Les empoisonnements criminels et. accidentels , p. 0.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

IV. La quantité de substance ingérée était-elle suffisante pour entraîner la mort? — En ce qui concerne l’arsenic, il vous est difficile de donner une réponse affirmative ou négative. Vous ne pouvez connaître la quantité de substance ingérée , car une grande partie du poison est rejetée par les vomissements et la diarrhée précoce ; une autre partie est éliminée par les urines et par la peau; enfin, au cours des recherches, il y a toujours quelques pertes. Même si vous connaissez la quantité de poison prise par la personne intoxiquée, vous ne pouvez répondre, car vous ignorez la quantité conservée, la seule importante.

Vous pourrez être plus explicite en ce qui concerne la quantité retrouvée.

Danseertainscas, quand la mort a été rapide, vous retrouvez 1 acide arsénieux en nature dans le tube dig'estif ; c’est rare. Le plus souvent c’est l’analyse chimique des organes qui fournit les renseignements utiles et permet de retrouver un certain poids de toxique. A la question : « Cette dose est-elle mortelle? » vous répondrez que la dose toxique mortelle moyenne est de 15 centigrammes, mais vous ajou-

terez qu’il existe de grandes variations dans l’action toxique suivant les individus, et vous pourrez citer les quelques exemples que je vous ai signalés (1).

S il s agit d une erreur de médication, soyez prudents. Laissez de côté toute question de doctrine. Il ne s’agit pas de savoir si, à la place du médecin, vous auriez donné telle ou telle médication ; la n’est pas la question ; comme médecin expert, vous n’avez qu’à constater un fait brutal : la dose ingérée était ou n était pas toxique. Vous n’avez pas à préjuger de la valeur de la médication qui avait été prescrite chez un malade que vous n avez pas examiné au moment même où le médicament a été ordonné.

Autre point : dans ce cas, n’oubliez jamais de noter que

votre confrère avait affaire à un malade, à un organisme

(1) Voy. p. 58 et suiv.

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

déjà débilité, qui, dans certaines circonstances, peut n’avoir pas supporté une médication qui n’aurait occasionné aucun accident chez un individu bien portant.

V. A quel moment a eu lieu l’ingestion? — La rapidité d’action du poison varie avec le mode d’ing'estion. En solution, l’acide arsénieux a une action plus rapide que s’il est ingéré à l’état solide; de même, s’il est pur, son action est plus rapide que s’il est mélangé à des aliments. Je vous ai dit que, si l’arsenic est pris en mangeant, les effets du .poison sont plus tardifs; d’après les recherches de Chapuis, il en est de même quand il est mélangé à des substances grasses (1). Dans l’affaire de Saint-Denis, dont j'ai déjà eu maintes fois l’occasion de vous parler (2), nous avons pu voir que l’ingestion avec le beurre, les œufs a une action retardante sur la marche de l’intoxication, mais elle ne l’empêche pas de se produire, et parfois même l’intoxication est plus grave, parce que les vomissements du début peuvent manquer et que toute la substance toxique est conservée.

Je vous rappellerai également la théorie invoquée par le professeur Lépine pour expliquer le cas d’un malade qu’il eut à examiner ; celui-ci avait pris 15 grammes de liqueur de Fowlcr qui ont séjourné deux heures et demie dans l’estomac, sans amener de symptômes d’intoxication (3). M. Lépine pense que l’immunité dont a joui ce malade provient d’un spasme du pylore, qui joue le rôle de sphincter protecteur. Il conseille, dans les cas d’empoisonnement, de provoquer cette contracture à l’aide de l’injection d’une petite dose d’apomorphine (5 milligrammes), ce qui permet de mettre en jeu avec plus de loisir tous les autres moyens de traitement.

Boutignv (d’Evreux) a rapporté un cas fort intéressant.

(1) Chapuis, Précis de toxicologie, 1897, p. 66.

(2) Papadakis, Thèse de Paris, 1883. — Voy. p. 70.

(3) Lépine, Semaine médicale , 15 mai 1901.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES. U)9

Un homme était incarcéré depuis huit jours, sa femme meurt; on pense à un empoisonnement et une instruction est ouverte. A l'autopsie, on découvrit dans le tube digestif une dose tellement énorme d'acide arsénieux en nature qu'il était évident qu’une telle masse de substance vénéneuse n’avait pu être tolérée pendant huit jours et que la femme s’était empoisonnée elle-même après l’arrestation de son mari (1).

Je vous rappellerai, Messieurs, que, dans l’empoisonnement par l’arsenic, on constate souvent des rémissions qui peuvent faire penser qu’il a été donné plusieurs doses successives de poison. Cette rémission, qui est la règle dans l'intoxication par l’opium, est fréquente dans l’empoisonnement arsenical. Dans l'affaire du duc de Praslin, qui s'empoisonna avec de l’arsenic après avoir tué sa femme, l'ingestion du poison eut lieu le 18 août au soir. Les symptômes évoluèrent normalement jusqu’au 20, puis, le troisième jour, il y eut une amélioration très notable, mais les accidents reprirent avec une nouvelle intensité et le due mourut le sixième jour.

Bien entendu, il peut y avoir des intoxications répétées, et j ai eu l’occasion de vous en signaler plusieurs cas, en vous parlant des empoisonnements du Havre.

VI. L’intoxication a-t-elle pu avoir lieu bien que l’on ne retrouve pas le poison? — Cette question peut vous être posée dans deux conditions différentes : le malade survit, ou il est mort. Envisageons le premier cas.

Dès l’ingestion, l'organisme cherche à se débarrasser du poison : il y a d’abord expulsion par les vomissements et la diarrhée. L’intensité et la rapidité d’apparition de ces deux symptômes vous donneront une indication ou, mieux, une présomption sur la quantité du toxique qui a pu être rejetée.

(1) Boutigny (d’Évreux), Suicide par empoisonnement , exemple remarquable de la possibilité des erreurs judiciaires [Annales d’hygiène publique et de médecine légale, lro série, 1830, t. XVI, p. 391).

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

La quantité conservée trouve pour disparaître des voies (V élimination, en premier lieu le rein. Dragendorff affirme (jue l’on trouve de l’arsenic dans les urines quelques minutes après l’ingestion. Delafond ne l’a constaté qu’une heure et même douze heures après l’ingestion. Nous savons par les travaux exécutés (à propos d’autres substances, notamment l’acide salicylique, que la rapidité de l’élimination est sous la dépendance de l’intégrité du rein et qu’elle se ralentit progressivement de l’enfant au vieillard.

Quelle que soit la voie par laquelle le composé arsenical a été introduit dans l’économie, à la suite d’injections souscutanées, par exemple, on le retrouve dans l’intestin; il y paraît directement ou apporté par la sécrétion biliaire. Cette voie d’élimination expose le malade à résorber de nouveau le poison contenu dans l’intestin.

Je rappelle seulement que l’élimination se fait aussi par la sécrétion lactée.

Enfin, l’arsenic se fixe sur tous les produits épithéliaux et épidermiques, et on le retrouve dans les cheveux, les ongles en quantité notable. Dans l’affaire du Havre, les cheveux de la femme Morisse en contenaient; nous en avons trouvé i milligramme pour 100 grammes dans les cheveux de Mme D..., 2 milligrammes dans 40 grammes des cheveux de M. D.... Les ongles deM. D... pesaient 5 grammes ; nous avons obtenu un anneau d’arsenic de 0Dlgr,5 environ.

Combien de temps faut-il pour que l'élimination de la substance arsenicale soit totale ? D’après Orfila, elle est de trente jours. Pour A. Chatin et Geogheyan, elle ne serait que de douze à quinze jours. Maclagen a trouvé des traces d’arsenic après vingt-cinq jours (1), Taylor après deux ou trois semaines (2). Gubler, dans une tentative de suicide, en a trouvé après trente-cinq jours.

(1) Husoman’s, Handbuch der Toxicologie. Zweite Halfte, p. 823.

(2) Taylor, Principles and Pratice of Med. jurisprudence, 2e édit.„ t. II, p. 2o3.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

Pour apprécier ces affirmations, une observation, qui malheureusement a passé presque inaperçue, nous fournit de pr écie u x re ns e i gn e m en ts .

En 1873, le D1' Gaillard (de Parthenay) (1), faisait à la Société de médecine légale une communication, dont voici le résumé. Une jeune fille de vingt-deux ans fut traitée pour un eczéma par la liqueur de Fowler. Le médecin avait fait 1 étrange prescription suivante : liqueur de Fowler, quinze gouttes matin et soir pendant quinze jours; quinze gouttes trois tois par jour, pendant quinze autres jours; et enfin vingt gouttes trois fois par jour, dose à laquelle on devait se tenir sans augmenter, soitd’abord 15 milligrammes d’acide arsénieux, puis 22 milligrammes, et enfin 32 milligrammes par jour. Les deux premières quinzaines se passèrent assez bien, mais, dès que la jeune fille voulut prendre les soixante gouttes ordonnées, elle eut des vomissements et dut renoncer au traitement.

Le D1 Gaillard vit cette jeune fille pour la première fois le 25 novembre 1871. Elle avait cessé l’usage de la liqueur de Fowler depuis cinq semaines.

Elle avait passé par les diverses phases décrites plus haut : vomissements, crampes, douleurs dans les membres, paralysie. La paralysie avait augmenté, depuis que l’usage de la liqueur avait cessé.

M. Gaillard pria un pharmacien, M. Lamonski, de faire l’analyse des urines. Par l’appareil de Marsh, celui-ci reconnut la présence de l’arsenic; on en retrouva jusqu’au 5 décembre, c’est-à-dire quarante jours après que l’ingestion de l’arsenic avait cessé.

Dans le foie d’un idiot auquel, à Bicêtre, on avait fait prendre du bromure d arsenic et qui était mort cinq mois api ès la cessation du traitement, Al. \von trouva 6 milligrammes d’arsenic par kilogramme de foie.

(1) Roucher, Analogies des phénomènes de l’empoisonnement par l’arsenic. le phosphore et V antimoine {Annales d’ hygiène, 1874, I. XL1I, p. 406, et Bulletin de la Soc. de méd. lég., t. III, 1873-74, p. 249).*

R. Urouardel. — Les Intoxications.

INTOXICATION PAH L’ARSENIC

Roussin (1), ayant cherché à intoxiquer de jeunes lapins par le lait en faisant prendre de l’arsenic à la mère, trouva de l’arsenic dans les os, cinq mois après lacessation de l’allaitement. M. Gab. Pouchet a trouvé de l’arsenic dans les os d’animaux mis en expérience huit à dix semaines après la cessation de l’absorption de liqueur de Fowler.

Des expériences sur les animaux qu’il avait entreprises dès 1879, M. Gab. Pouchet a tiré les conclusions suivantes: quel que soit le mode d’introduction de la substance toxique, ing'eslion gastro-intestinale, injection hypodermique ou intraveineuse, l’arsenic s’accumule très sensiblement dans le tissu spongieux des os et s’y fixe de telle façon que sa présence peut être décelée, dans les os du crâne et les vertè bres notamment, quelque temps après que toute trace du poison a disparu des viscères dans lesquels il se localise en plus grande quantité, tels que le foie.

Cette localisation dans le tissu spongieux des os est particulièrement nette et intense, lorsque l’arsenic est absorbé par petites doses longtemps prolongées. Ainsi, tandis qu’à doses capables de déterminer en quelques heures des accidents manifestes d’intoxication, l’arsenic se retrouve en petite quantité dans les os riches en tissu compact (fémur par exemple), il n’est plus possible d’en déceler la présence dans ces mêmes os, lorsque l’absorption du toxique a lieu par petites doses répétées, au point de ne déterminer aucun accident grave au début de l’administration : ce n’est plus alors que dans les os riches en tissu spongieux, crâne, vertèbres surtout, omoplate, que l’analyse permet de retrouver l’arsenic et cela pendant un temps assez considérable après la cessation de l’introduction du poison dans l’économie. L’arsenic ainsi localisé est éliminé avec une grande lenteur, et sur un certain nombre d’animaux on retrouve des traces d’arsenic, nettement appréciables à l’appareil de Marsh, jusqu’à huit et dix semaines après la cessation de

(1) Roussin, Journal de pharmacie, 1863.

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

toute absorption arsenicale, les chiens elles lapins, soumis à ces expériences, étant placés dans les meilleures conditions possibles pour éliminer promptement et complètement la substance toxique. La recherche de l’arsenic dans les différents viscères des animaux sacrifiés conduisait à des résultats absolument négatifs, en général, à partir de la troisième semaine.

La localisation est beaucoup moins accentuée et l’élimination plus rapide lorsque l’arsenic est absorbé en quantité suitisante pour déterminer, dès le début, des accidents d intoxication. Chez les animaux empoisonnés par des doses massives, on observe une sorte de diffusion générale de l’arsenic et le tissu osseux n’offre alors rien de particulier au point de vue de la localisation : on trouve de l’arsenic dans tous les organes.

L’expérimentation sur les animaux permit également de constater une élimination assez intense de l’arsenic par la peau et les poils sur les chiens et les lapins. Cette élimination paraît plus active encore parles poils que par la peau; elle se produit même chez les très jeunes animaux encore à la mamelle et n’absorbant l’arsenic que par l'intermédiaire du kdt de leur mère.

Ces conclusions, qui résultaient seulement jusqu’ici de l’expérimentation sur les animaux, ont été complètement confirmées par les nombreuses recherches toxicologiques faites au sujet des empoisonnements du Havre. La présence de l’arsenic constatée dans les os du crâne, les vertèbres, la peau, les cheveux, les ongles des personnes ayant succombé à l’intoxication, doit faire ranger, parmi les faits définitivement acquis à la toxicologie humaine, la localisation de l’arsenic dans le tissu spongieux des os, ainsi que son élimination par les cellules épidermiques.

Je prends un exemple dans les empoisonnements du Havre : les accidents débutèrent chez la femme Morisse le 3 avril; elle resta chez elle, soustraite à la possibilité d’une nouvelle ingestion de poison, à partir du 18 avril, et entra à

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

l'hôpital le 26 du même mois. Elle n’avait certainement pas pris d’arsenic depuis le 18 avril. Elle mourut le 28 mai, soit trente-huit jours après l’ingestion du toxique. On trouva de l’arsenic dans les os du crâne et dans les vertèbres; on n’en trouva pas dans les viscères. Il semble probable que, si la survie avait été plus longue d’une quinzaine de jours, on n’aurait plus trouvé trace du poison.

Il résulte de ces diverses recherches et de celles d'Orfila, Tardieu, Ludwig que, lorsque la mort suit de près l’intoxication par la voie digestive, on trouve surtout l’arsenic dans le tube digestif, le foie, les reins. Puis, dans les formes subaiguës, la dissémination se fait dans tous les org'anes, plus particulièrement dans la moelle, le cerveau (Scolosubotf, A. Gautier). Lorsque l’arsenic a été éliminé de ces divers organes, on peut encore en constater dans les cheveux, les ongles, la substance spongieuse des os.

L’arsenic peut-il disparaître du cadavre par décomposition ? Cette question n’est pas encore bien élucidée. On a prétendu que, dans le cadavre en putréfaction contenant de l’arsenic, il se forme de l’hydrogène arsénié, de sorte qu'une partie du poison pourrait disparaître par transformation gazeuse. Giglioli (1) a montré que le développement de certaines moisissures pouvait, au contact de composés arsenicaux, donner naissance à des vapeurs arsenicales.

« L’arsenic du cadavre peut-il être enlevé partiellement dans certaines circonstances par les eaux d'infiltration? On suppose que l’arsenic fixé par les organes se transforme peu à peu en arsénite d’ammoniaque soluble, mais le fait n’est pas démontré. Certains auteurs, au contraire, pensent que pendant la putréfaction le poison se transforme en sulfure d’arsenic, c’est-à-dire en un composé insoluble. En somme, celte disparition de l'arsenic ne semble guère pouvoir se produire que dans des circonstances rares, par des

(1) Giglioli, Azione di alcune muffe sui compositi fissi d’arsenico .

Rome, 1892.

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phénomènes de dialyse, lorsque le cadavre baigne longtemps dans l'eau, ainsi qu’il arrive parfois dans les sols argileux (1). »

VII. La substance arsenicale extraite du cadavre peutelle provenir d’une autre source que l’empoisonnement? —

A. Arsenic normal. — Dans toutes les affaires criminelles d’intoxication arsenicale, les avocats des accusés ne manquent pas d’attribuer la présence de l’arsenic dans les viscères à l’arsenic normal contenu dans les organes à l’état physiologique. Ortila avait admis cette théorie en 1830, et Raspail, au procès de Mme Lafarge, avait pu dire que la découverte de l'arsenic dans un cadavre n’était pas une preuve absolue de l’intoxication arsenicale, ce métalloïde étant tellement répandu qu’il se faisait fort d’en extraire du velours du fauteuil sur lequel le Président des assises était assis, ce qui n’aurait pas été très extraordinaire, le velours vert étant coloré avec des produits arsenicaux.

Depuis 1810, on ne parla plus guère de l’arsenic normal jusqu’en 1808, où le professeur Armand Gautier fit à ce sujet une communication des plus intéressantes à l’Académie des sciences (2). lia pu isoler d’une façon certaine, dans quelques organes, un arsenic physiologique qui s’y trouvait fixé, sans que les animaux en expérience aient été soumis à aucune médication arsenicale. L’arsenic se trouverait fixé dans les substances nucléiniques, mais non pas d’une façon égale pour tous les organes. C’est ainsi que, pour 100 grammes d’organes frais, M. A. Gautier a pu isoler 0mef,75 d’arsenic dans lagdande thyroïde, 0mgr, 13 dans la glande mammaire et des traces impondérables dans le cerveau, le thymus, les poils, la peau, le lait, les os. Dans les autres organes, il lui fut impossible d’en déceler la moindre trace.

Cette découverte pouvait jeter quelque trouble dans la toxicologie médicodégale et, à l’occasion d’une nouvelle

(1) Ogier, Traité de chimie toxicologique, 1899, p. 817.

(2) A. Gautier, C. B. de T Acad, des sciences , 1899, t. CXX1X, p. 929.

INTOXICATION PAR l’aRSENIC.

communication sur ce sujet à l’Académie de médecine (1), j’attirai l’attention de M. A. Gautier sur ce point. Voici sa réponse : « Loin de contrarier les expertises médico-lég'ales et la recherche toxicolog'ique de l’arsenic, les faits que je viens de faire connaître établissent au contraire que l’arsenic est totalement absent de la majeure partie de nos org-anes. La réalité est bien loin de donner raison à Raspail qui, dans une boutade, avait affirmé que l'arsenic se trouve partout. L’arsenic, loin d’exister partout, ne se trouve, dans les organes que j’ai examinés, que dans la thyroïde, la peau et le cerveau. Il y aura donc toujours lieu de conclure à l’empoisonnement arsenical, si l'on retrouve cet élément dans le foie, la rate, la chair musculaire, le sang-. »

Du reste, et c’est là une pratique que je recommande dans une analyse de toxicolog-ie médico-légale, les divers organes ne doivent pas être examinés en bloc, mais chacun doit être pris séparément; de la sorte, on évitera une cause d’erreur possible, mais non probable, puisque, pour un cadavre pesant 68 kilogrammes, on ne trouve, d’après les calculs de M. A. Gautier, pas plus de un deux-cent-millionième d’arsenic, alors que l’analyse par les procédés usités en toxicologie ne permet pas de retrouver ce corps à partir de la dose de un vingt-millionième du poids total du corps examiné.

B. Arsenic accidentellement ingéré. — L’arsenic, je vous l’ai souvent dit, est extrêmement répandu dans la nature et on le trouve à l'état d’impureté mélangé à une quantité de métaux, notamment à l’étain et au plomb; aussi a-t-on pu incriminer, dans certains cas, les instruments de cuisine et particulièrement les cuivres étamés. On a également craint les intoxications à l’aide de conserves renfermées dans des boîtes étamées ou soudées à l’étain arsenifère, et, à la suite d’un rapport au Comité consultatif

(I) A. Gautier, Sur l’existence normale de l’arsenic chez les animaux { Bulletin de l’Académie de médecine, 3P série, I. XLII, 1899, p. 567).

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

d'hygiène de France, il a été interdit d’employer à l’étamage et à la soudure des boites de conserves un étain contenant plus de un dix-millième d’arsenic.

L’arsenic peut encore pénétrer dans l’organisme par les médicaments impurs ou mal préparés; on a trouvé des doses non négligeables d’arsenic dans le sulfate de soude, le kermès, le phosphate de chaux, le bismuth. Ce sont là des cas exceptionnels. Ce qui est plus fréquent, et c’est une objection qui vous sera faite par la défense, c’est l’explication de la présence d’arsenic dans l’organisme par suite d’une médication arsenicale plus ou moins prolongée dans les jours qui ont précédé la mort; j’y reviendrai dans un moment.

Dans tous les cas, vous n’affirmerez l'intoxication que lorsque vous aurez pu isoler des organes une quantité pondérable d'arsenic et non pas seulement des traces dont la présence, ainsi que le dit M. Ogier (1), peut s’expliquer par 1 ingestion d’aliments, de boissons, de médicaments renfermant accidentellement quelque substance arsenicale. «On ne doit pas oublier que l’arsenic est très répandu dans la nature et qu’il constitue une impureté très ordinaire de beaucoup de produits et de médicaments, que dans de nombreuses circonstances nous sommes exposés à absorber des poussières arsenicales. Il arrive assez souvent que I expert, tout enemployant des réactifs rigoureusement purs et en évitant toute cause d’erreur, isole, en opérant sur un échantillon assez considérable du mélange des viscères, un anneau d’arsenic à peine visible, non pesable, inférieur par exemple à un cinquantième ou à un trentième de milligramme. De pareilles constatations ne prouvent point qu’i y ait eu empoisonnement, et l’on n’y doit pas attacher d'importance, non plus qu a la présence très minime de cuivre et de quelques autres métaux toxiques. »

Cette observation aurait la même valeur si les recherches

(1) Ogier, Traité de chimie toxicologique, 1899, p. 314.

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

chimiques décelaient la présence d’une minime quantité d’arsenic dans le corps d’ouvriers employés dans les usines métallurgiques.

C. L’arsenic viendrait des circumfusa répandus autour des cadavres. — Je vous ai signalé les cas d'intoxication dus à l’ingestion d’eau arsenicale (1) à Pierre Bénite, auprès d’une fabrique de produits chimiques : des puits furent empoisonnés et plusieurs personnes gravement incommodées; il y eut même un cas de mort.

Braconnot a rapporté que, dans une maison de Nancy, un puits, situé au voisinage d’une fabrique de vert de Schweimürt, fut empoisonné.

Moi-môme j’ai eu à faire une enquête sur l’empoisonnement d’une nappe d’eau par les eaux résiduaires d’une usine des environs de Paris; les victimes de l’intoxication arsenicale avaient été les chevaux d’une compagnie d’omnibus.

Si les eaux contiennent assez d’arsenic, pour occasionner la mort, des cadavres inhumés au milieu d’une nappe d’eau arsenicale pourront-ils être imprégnés d’une quantité suffisante d’arsenic pour que l’on puisse croire à un empoisonnement? Quand, dans une exhumation, vous trouverez la bière baignant dans l’eau, n’oubliez pas de faire un prélèvement de cette eau, dont l’analyse pourra lever tous les doutes.

Devergie a fait des expériences sur la pénétration dans les cadavres de l’arsenic en solution dans l’eau, en plongeant des cadavres dans un bain arsenical. Dans ces conditions particulièrement favorables à l’imprégnation, il n'a trouvé de l’arsenic que dans la bouche, les voies digestives supérieures et dans les bronches; les autres viscères n’en contenaient pas trace.

L’inhumation dans les terrains arsenifères, tels qu’on en

(i) Voy. p. 36.

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rencontre dans les départements des Vosges, de la Somme ou delà Vendée, peut-elle être une cause d’erreur? .Je ne le crois pas.

MM. Léon Garnier et Schlagdenhaufen ont étudié à ce point de vue les terrains des Vosges. L’arsenic s’v trouve disséminé, particulièrement dans le terrain sablonneux décoloration rouge, probablement à l’état d’arséniate de fer, sel qui est légèrement soluble dans l’eau bouillante, mais n’est pas dissous par l’eau à la température ordinaire et ne peut, par conséquent, être entraîné par infiltration des eaux pluviales. D’autre part, ces auteurs ont montré, par des expériences de laboratoire, que l’arsenic abandonné sous une forme quelconque, acide arsénieux, arsénite ou arséniate alcalin en solution aqueuse, au contact d’une terre argilo-calcaire et ferrugineuse, se transforme peu à peu à la température ordinaire en dérivés insolubles qui sont retenus par la terre. Enfin, ils ont démontré qu’un composé arsenical même très soluble, l’arséniate de potassium, introduit dans un sol naturel argilo-calcaire et ferrugineux et soumis à l’action des eaux pluviales à la température des diverses saisons, se comporte de la même façon que dans les expériences de laboratoire. Si la substance employée est insoluble, elle le reste; si, au contraire, elle est soluble, elle devient peu à peu insoluble et assez rapidement pour que, à une profondeur de 60 à 90 centimètres au-dessous de l’endroit où elle a été déposée, on n’en puisse déceler la moindre trace au bout de quatorze mois (i).

Dans tous les cas, lors d’une exhumation, vous ferez des prélèvements de terre séparés au-dessus, au-dessous et sur les côtés de la bière.

Du reste, des expériences démonstratives relativement à la pénétration de l’arsenic dans les cadavres ont été faites

(I) Garnier et Schlagdenhaufen, L’arsenic du sol au point de vue toxicologique ( Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. C, 188a, p. 1388, et Annales d’hygiène publique et de médecine légale, 3e série, 1887, t. XVII, p. 28).

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

dans un cimetière des Vosges. Deux cadavres furent exhumés d’un terrain non arsenical; l’un des cadavres contenait de l’arsenic, l’autre n’en contenait pas; ils furent réinhumés en terrain arsenifère ; une nouvelle exhumation failesix mois plus tard ne permit pas de trouver d’arsenic dans le cadavre qui n'en avait pas primitivement.

Je puis encore vous signaler le cas suivant, qui s’est passé, en 1851, à Barse, dans le Lot-et-Garonne. Un homme et une femme moururent rapidement et furent enterrés sans qu’on eût la pensée qu’un crime avait été commis. Un peu plus tard, la veuve et le veuf se marièrent. Ce mariage, survenant après des morts si propices, délia les langues, et la rumeur publique accusa les survivants d’empoisonnement. L’exhumation fut ordonnée et l’on trouva de l’arsenic dans les deux cadavres. Le terrain du cimetière était arsenifère, mais l’arsenic découvert dans les organes ne pouvait provenir du terrain, car des recherches faites sur les cadavres avoisinants, enterrés, eux aussi, en terrain arsenifère, ne permirent pas de déceler la moindre trace d’arsenic. Il y avait donc bien eu crime et l’arsenic contenu dans la terre du cimetière n’avait en rien compromis l’exactitude des recherches médico-légales.

Je vous ai déjà parlé, et je n’y insisterai pas à nouveau, des raisons invoquées pour expliquer la présence inattendue d’arsenic dans les cadavres.

On a parlé d’ingestion de lait arsenical provenant de vaches paissant dans des prairies sur lesquelles le vent rabattait des fumées d’une usine de produits arsenicaux. Lewin a établi que l'ingestion de l’herbe ainsi souillée entraînait chez les vaches une affection gastrique se traduisant par une ulcération de la caillette, mais il ne parle pas de lait arsenical; j’ai moi-même démontré, avec M. Pouchet, l’élimination de l’arsenic par le lait; cependant, je ne pense pas que ce puisse être une cause d’intoxication pour un adulte.

On a même été plus loin : on a prétendu que l’arsenic

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pouvait provenir d’aliments qui auraient été grillés sur des charbons de terre contenant de l'arsenic. Pour qu’une côtelette puisse dans ces conditions être imprégnée d’une quantité d’arsenic suflisante pour être toxique, il faudrait employer une tonne de charbon arsenifère.

Enfin, pour expliquer la présence d’arsenic dans certains terrains, on a incriminé l’emploi des phosphates et des superphosphates comme engrais; ils renferment en etlet jusqu’à 30 centigrammes d’arsenic par kilogramme, ce qui peut correspondre annuellement à 100 grammes environ d’arsenic répandu à la surface du sol par hectare; ce fait, d’après les expériences de Garnier et de Schlagdenhaufen, ne doit pas avoir grande importance, l’arsenic étant rapidement transformé par la terre en une combinaison insoluble.

L’arsenic retrouvé dans le cadavre peut provenir du contenu de la bière. C’est ainsi qu'on en a vu avoir pour origine la bière elle-même, qui était peinte avec du vert de Schweinfürt, de l’acide phénique impur et des essences dont on imbibe la sciure de bois qui entoure le cadavre. Dans les bières caoutchoutées, on a pensé que l’arsenic pouvait provenir du caoutchouc; il n'en est rien,, et M. Ogier a démontré que le lavage à l’eau bouillante du caoutchouc arsenical ne contenait pas d’arsenic.

Enfin les couronnes, les objets de piété, les étoffes que l'on place auprès du cadavre ou dont on l’entoure peuvent contenir de l’arsenic.

Dans tous ces cas, l’arsdnic découvert par l’analyse chimique ne se trouve pas localisé aux lieux d’élection et l'analyse des échantillons des objets contenus dans la bière, dont le médecin légiste ne doit pas omettre de faire un prélèvement, permettra de trouver la véritable origine de la substance toxique.

Quand le cadavre est embaumé, l'arsenic peut provenir de la substance employée pour la conservation; il est vrai que le règlement du 21 janvier 1841 interdit de se servir

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pour cette opération de sels d’arsenic, de mercure, de zinc, qui forment cependant la base de tous les liquides conservateurs. Pour écarter cette cause d’incertitude, l’administration exige que l’on place dans le cercueil une bouteille remplie du liquide ayant servi à l’embaumement du corps ; de plus, un échantillon eh est donné au commissaire de police ou à son représentant, qui doit assister à l’opération.

Vaughan rapporte à ce sujet un cas curieux. Un homme fut arrêté pour avoir empoisonné sa femme. L’analyse chimique des organes permit de retrouver de l’arsenic dans le foie et les reins : il n’v en avait pas dans le cerveau ni dans les muscles. Pour sa défense, le mari prétendit qu’il avait cherché à embaumer sa femme en lui introduisant une solution arsenicale dans l’estomac (1). Des expériences furent entreprises sur les animaux pour contrôler le mode de diffusion d’une solution arsenicale introduite dans un cadavre dans les conditions indiquées; les résultats furent confirmatifs, et l’on ne retrouva de l’arsenic que dans les reins et le foie. Levvin a repris ces expériences. Il introduisit dans l’estomac d’un chien, vingtquatre heures après la mort, une solution arsenicale, puis le cadavre fut enterré et ne fut exhumé que trois mois plus tard; l’arsenic fut retrouvé dans le foie, les reins et le cerveau.

D. L’arsenic proviendrait d’une médication antérieure. — C’est là encore une objection souvent faite aux médecins légistes. L’enquête vous éclairera sur la date, la durée et l’intensité du traitement arsenical qui avait été prescrit et. le médecin traitant portera en partie le poids de la discussion. Vous pourrez avoir des renseignements sur la nature exacte du traitement en consultant les livres sur lesquels, le pharmacien doit inscrire la date à laquelle il a délivré le médicament et le nom du médecin qui a signé l’ordonnance (2).

(1) Vaughan, The medical Journal , décembre 1889, p. 345.

(2) Pièce n° G.

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L’analyse chimique peut également fournir de précieux renseignements. Ainsi que je vous l’ai dit, suivant Yvon, l’arsenic persiste dans le foie pendant cinq à six mois après la cessation d’un traitement intense et prolongé et, d’après Roussin et AI. Gab. Pouchet, pendant deux mois dans les os spongieux.

De plus, l’arsenic, vous le savez, se répartit inégalement dans le cadavre. Lors de notre enquête sur les empoisonnements du Havre, dans le cadavre de Mmc Deschamps, chez laquelle la durée de l’intoxication avait été de quinze jours, nous avons trouvé de l’arsenic dans le foie, l’estomac, la peau, les cheveux et les ongles; dans le cadavre de M. Deschamps, chez lequel l’intoxication avait eu la même durée, il y avait de l’arsenic dans tous les organes.

En résumé, Messieurs, quand vous retrouverez de l’arsenic en prédominance dans le foie et l’intestin à l’exclusion *

des autres organes, et surtout si vous en trouvez une dose considérable, vous pourrez penser qu’il s’agit d’une intoxication aiguë. Au contraire, si vous retrouvez surtout l’arsenic dans les organes où il se localise pendant un temps assez long, dans les os, dans les cheveux, dans les ongles, dans le cerveau, vous pourrez penser que cet arsenic peut provenir d’un traitement.

Les limites du temps exigées pour l’élimination totale sont actuellement trop incertaines pour que, dans le doute, vous ne deviez pas conclure dans un sens favorable à l’hypothèse de la présence de l’arsenic par suite d’une médication antérieure.

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