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VIII. Sous quelle forme le poison a-t-il été absorbé

Il est le plus souvent difficile de savoir quel est le sel arsenical qui a occasionné l’intoxication.

Parfois, l'examen à la loupe des parois de l’estomac et de l’intestin permet de retrouver des parcelles de la substance toxique, mais, pour cela, il faut que la mort soit survenue très rapidement.

INTOXICATION PAR L’ARSENIC

Dans quelques cas, on apu retrouver des fragments d’acide arsénieux; d’autres fois, la coloration verte des parois stomacales a permis de caractériser l'intoxication par les verts arsenicaux ; enfin, on a trouvé parfois des grains jaunes d'orpiment.

Cependant, même quand l’intoxication arsenicale aiguë est évidente, c’est une question à laquelle vous ne pourrez que rarement répondre

IX. L'empoisonnement est-il le résultat d’un homicide, d’un suicide ou d’un accident? — L’expert, je vous l’ai souvent dit, a un rôle déterminé dont il ne doit pas sortir. Il est commis pour découvrir les causes de la mort d’un individu, pour rechercher s'il existe un toxique quelconque dans ses organes : il consigne ses constatations dans un rapport, et là se borne sa tâche. Savoir s’il y a crime, suicide ou accident est l’affaire du juge d’instruction. Gardez-vous toujours d’affirmations qui dépassent les limites de ce que l’expertise peut démontrer d’une façon absolue. Je crois vous avoir déjà rapporté le cas suivant et, si j’insiste, c’est afin de bien vous mettre en garde contre la faute commise par l’expert.

Un nommé Moreau était accusé d'avoir successivement empoisonné ses deux femmes. Un médecin expert conclut dans son rapport à un empoisonnement par le sulfate de cuivre. A l’audience, l'un des médecins qui avaient soigné l’une des femmes, au cours de sa dernière maladie, vint affirmer qu'elle avait succombé à la diphtérie. Le Président des assises fit alors appeler à nouveau le médecin légiste et lui demanda si, en son âme et conscience, il était convaincu que Moreau avait empoisonné sa femme. L’expert, sans doute un peu ému par la discussion qui venait d’avoir lieu, répondit : « Je le jure ». Il affirmait là quelque chose qu’il ignorait; il n’avait pas assisté aux derniers moments de la malade, l’autopsie n'avait été faite qu’à la suite d’une exhumation et les traces d’une maladie infectieuse

QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES

pouvaient avoir complètement disparu, enfin la malade pouvait avoir elle-même ingéré la substance réputée toxique. L'accusé fut condamné.

X. L’empoisonnement peut-il être simulé? — Gela est rare, mais peut arriver.

Je vous ai signalé déjà le cas d’une femme qui demande à un médecin un certificat constatant que sa fille présente des symptômes d’empoisonnement. Celui-ci, suggestionné en quelque sorte par la mère, délivre le certificat; des poursuites sont engagées et, à l’audience, la femme avoue qu’elle a menti et que son mari est innocent du crime dont elle l’accusait.

Dans un autre cas, un homme, qui se prétendait empoisonné par sa femme, demanda un certificat à son médecin. Celui-ci, et c’est ce que je vous conseille de faire en pareille occurrence, recueillit et fit analyser les vomissements du malade: ils contenaient de l’émétique et rien de plus. Bien entendu, le malade, voyant que la supercherie était découverte, se garda d’appeler à nouveau ce médecin avisé.

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