MATIÈRES TOXIQUES
de 1 intoxication professionnelle, les ouvriers qui travaillent le cuivre ne présentent jamais de symptômes alarmants.
Unels sont, parmi les se/s de cuivre , ceux qui sont réputés toxiques ?
L'oxyde de cuivre est peu employé.
Le sulfate de cuivre est d’un usage courant dans l’industrie et l’agriculture; il est connu sous le nom de vitriol bleu. Dans l’industrie, on l’emploie pour la fabrication et 1 entretien des piles électriques, et surtout dans la galvanoplastie. Dans l’agriculture, on s’en sert pour injecter les pieux destinés à servir de tuteurs, et il constitue la base principale de la bouillie bordelaise , couramment employée dans le traitement de certaines maladies cryptogamiques de la vigne (milclew). Enfin, on passe souvent le blé destiné à servir de semence dans une solution de sulfate de cuivre, afin de détruire les insectes ou les moisissures qui pourraient nuire à la germination normale.
L 'acétate neutre ou verdel cristallisé, X acétate bibasiquc ou vert-de-gris, le carbonate , le chlorure sont peu répandus dans l'industrie.
En thérapeutique, le cuivre n’est que rarement emplové. Li sulfate de cuivre , à la dose de 10 à 30 centigrammes, est usité comme émétique; il a l’avantage d’avoir une action très rapide et de ne provoquer que peu de nausées. Il est également préconisé comme astringent ou léger caustique en thérapeutique oculaire, et entre dans la composition de plusieurs collyres et de la pierre divine.
L'acétate bibasique constitue la base du miel escarrotique, de la cire verte et du collyre de Lisfranc où il est associé au sulfure jaune d’arsenic. Ce sont des médicaments qui, aujourd hui, ne sont plus usités.
P. Bnoi'AnDEi.. — Los Intoxications.
INTOXICATION PAR LE CUIVRE
2" Étiologie des empoisonnements.
Le nombre des empoisonnements attribués au cuivre a beaucoup diminué ; en France, de 1851 à 1872, sur 793 affaires d’empoisonnement,, il y en avait eu 159 imputées au cuivre, soit environ 1/5; la solution toxique ordinairement employée, dans ces cas d’intoxication criminelle ou suicide, était obtenue en faisant macérer des sous dans du vinaigre, ou en faisant dissoudre des cristaux de sulfate de cuivre. Je puis vous rapporter deux cas qui présentent quelque intérêt, car ils nous fournissent une donnée importante sur l’interprétation judiciaire du crime qualifié empoisonnement.
Un homme était accusé de tentative d’empoisonnement sur la personne de son père ; il avait jeté une certaine quantité de sulfate de cuivre dans la marmite où celui-ci préparait de la soupe au lard. Les premiers experts avaient déclaré que la plus grande partie du sulfate de cuivre s’était transformée, dans la marmite de fonte, en sulfate de fer dissous dans le bouillon et en cuivre métallique qui avait dû se porter sur les parois intérieures de la marmite. La saveur métallique et la coloration du bouillon ôtaient ducs au sulfate de fer, et l’empoisonnement, à cause de cette substitution du fer au cuivre, n’aurait pas eu lieu, môme si la soupe avait été ingérée. 11 n’y avait donc fias crime d’empoisonnement. Une nouvelle expertise fut ordonnée. Il fut établi que la soupe contenait véritablement un sel de cuivre et qu’on avait eu tort de conclure à la décomposition du cuivre, parce qu’il avait été projeté dans une marmite de fer. En effet, les vases de fonte ordinairement employés pour la cuisine sont recouverts d’une couche de matière grasse qui empêche le contact direct de la fonte avec le sel de cuivre et, par conséquent, la décomposition de celui-ci; dans ces conditions, on devait considérer qu’il y avait eu véritablement tentative d’empoisonnement, et le prévenu fut condamné à dix ans de travaux forcés.
ETIOLOGIE DES EMPOISONNEMENTS.
Dans un autre cas, une fille de ferme, après s’être procuré du vert-de-gris en grattant une pompe de cuivre, avait projeté ce poison dans la boisson d’une autre servante, qui eut des symptômes d’empoisonnement, mais qui guérit rapidement. La coupable déclara quelle n’avait pas eu l’intention de donner la mort, mais seulement de causer à sa compagne une maladie, pour l’obliger à quitter son emploi. On écarta la présomption d’empoisonnement et l’on posa au jury la question suivante : « Y a-t-il eu maladie occasionnée en administrant volontairement une substance nuisible? » La provenue fut déclarée coupable sur cette question seulement, et elle ne fut condamnée qu’à cinq ans d’emprisonnement (1).
Tel était l’étal de la question, lorsque M. Galippe, en 1875 protesta contre la réalité de l’intoxication par les sels de cuivre (2). Ce n’était pas la première fois que la toxicité de ces sels était niée, mais les précédents travaux avaient trouvé peu de crédit.
En 18o5, E. Pelikan (de Saint-Pétersbourg) fit à Paris des expériences sur des chiens, au moyen des sels de cuivre. Il concluait que ce métal, administré avec les aliments, meme pendant longtemps, à des doses tolérables, n’a-it
pas comme poison et n’est pas incompatible avec °la santé.
Antérieurement, Hademacher, on Allemagne, s'était soumis lut .même pendant huit mois à l'ingestion journalière
e - centigrammes d'un sel de cuivre, sans en être sensiblement incommodé.
En 18o6, Toussaint remarqua que, jusqu’en 1722, jamais on n’avait soupçonné que les ustensiles en cuivre pussent être vénéneux. En 1754, Elter avait déduit de ses propres
p (G69B,iand Ct Chaudé’ Manuel complet de médecine lecjale, 1879, t. I, de PaSflSTO.^11* l0XiC0l0°i(>ue sur le cuiv>'° « N* composés. Thèse
INTOXICATION PAR LE CUIVRE
expériences « que T usage des ustensiles en cuivre était sans danger ».
M. Galippe a résumé celte intéressante question d'histoire; je lui emprunte quelques passages de son exposé.
Depuis la plus haute antiquité, on s’est servi pour les usages domestiques de vases de cuivre. « En 1722, Schulzc publia un ouvrage où les dangers des ustensiles de cuivre sont longuement retracés; en 1752, un avocat du parlement de Provence, nommé Amv, publia un volume sur les dangers des vases culinaires en cuivre ; c’est à eux que répondit Eller en 1754. Il est un homme dont les écrits et les opinions ont exercé une immense influence sur ses contemporains, ainsi que sur la génération qui l'a suivi : nous voulons parler de J. -J. Rousseau, qu'on est étonné de rencontrer parmi les adversaires convaincus de l’usage du cuivre. On est confondu de voir avec quelle assurance, avec quelles vives couleurs J. -J. Rousseau dépeint les mille et un dangers du cuivre. On est tenté de croire que cet hypocondriaque de génie a souffert les maux qu’il dépeint, alors qu’il n’en avait jamais constaté l’existence, et pour cause. »
M. Galippe publie à ce sujet une lettre de J. -J. Rousseau à l’abbé Raynal, dont je transcris le passage suivant ; « Ces physiciens ont fait voir que le vert de gris ou le cuivre dissous est un poison violent, dont l’effet est toujours accompagné de symptômes affreux ; que la vapeur même de ce métal est dangereuse, puisque les ouvriers qui le travaillent sont sujets à diverses maladies mortelles ou habituelles ; que toutes les menstrues, les g-raisses, les sels et l’eau même dissolvent le cuivre et en font du vert de gris, etc. »
J. -J. Rousseau avait créé la cuprophobie.
Dans leurs expériences, MM. Galippe et Du Moulin (de Belgique) (1) n’ont jamais réussi à tuer un chien avec des
(i) La toxicologie du cuivre. Discussion à l’Académie royale de médecine de Belgique. Bruxelles, 188(i.
ÉTIOLOGIE DES EMPOISONNEMENTS. 229
doses massives de sulfale de cuivre. M. Du Moulin a traité des enfants avec des doses de 2 à 3 grammes de ce sel répartis en cinq ou six jours. Au début, il y a quelques vomissements, puis l’accoutumance se fait en un ou deux jours, sans que jamais on ait eu à observer un accident imputable au sel cuprique.
MM. Galippe et Du Moulin se sont nourris, eux et leurs familles, pendant des mois avec des aliments contenant des sels de cuivre, sans noter un seul symptôme qui ail troublé leur santé.
M. Galippe (1) fait remarquer que, dans les liquides tels que le vin et le bouillon, un millième d'un sel de cuivre donne une saveur désagréable, mais celte saveur peut être mieux dissimulée par certains aliments solides, puisqu'un pâté de porc, auquel avaient été ajoutés 4 grammes de sulfate de cuivre par kilogramme, avait un goût très supportable.
Ce qui est surtout une garantie contre l’empoisonnement, c’est que les sels de cuivre sont tous des vomitifs très énergiques a très petites doses, et que la plus grande partie du poison ingéré est aussitôt rejetée par les vomissements.
Ils ne peuvent être tolérés que lorsque les actes réflexes de l’organisme sont abolis par une maladie grave, telle que 1 asphyxie bronchique ou une affection cérébrale.
L intoxication homicide est presque impossible; on ne la conçoit qu'entourée de circonstances tout à fait exceptionnelles. 11 est entendu que nous ne parlons pas des préparations dans lesquelles le cuivre est uni à l’arsenic. Ces préparations sont extrêmement toxiques (2).
La toxicité serait accrue par certains véhicules; c’est ainsi que Dubert a signalé le cas d’un homme qui aurait été gravement intoxiqué, après avoir bu de l’eau-de-vie qui cependant ne contenait que 1er, 20 d’acétate de cuivre par litre.
(1) Galippe, Élude toxicologique sur le cuivre et ses composés. Thèse
de Paris, 1875.
(2) P. Brouardcl, Verdissage des conserves alimentaires (Ann. d’hyn. publ. et de méd. légale, 1880).
INTOXICATION PAH LE CUIVRE
L 'empoisonnement suicide par les sels de cuivre est extrêmement rare, à cause de la dose élevée qu’il faut employer et de la saveur horrible de ces sels.
Mais si les sels de cuivre ne sont pas toxiques, ils peuvent provoquer des nausées, des vomissements, de la diarrhée, et, comme un certain nombre de substances alimentaires attaquent le cuivre, il sera toujours prudent de ne pas les laisser séjourner dans des récipients composés soit de ce métal, soit d’un alliage de cuivre et d’un autre métal. Ce sont les substances contenant des acides acétique, malique, oxalique, citrique, tartrique, dont les composés avec le cuivre sont nuisibles. Les graisses se combinent également avec le cuivre ; les stéarates, qui ne sont que fort peu émétiques, sont conservés par l’estomac et facilement absorbés.
3° Doses toxiques.
D’après Tardieu, les sels de cuivre pourraient entraîner la mort à la dose de 2 à 4 grammes ; Seidel estime la dose mortelle à 1 gramme. Par contre, Taylor et Husemann l’évaluent à 30 grammes. PourLewin, la dose toxique varie entre 10 et 20 grammes. Ces différences dans l’appréciation des auteurs proviennent surtout des variations de la réaction organique chez les différents individus. Ceux chez lesquels l’elfet émétique est immédiat et dont les vomissements sont abondants et répétés rejettent la plus grande partie du poison, et c’est ce qui explique la survie possible après l’ingestion de doses de 30 grammes. Robert a cité le cas d’un homme qui succomba après avoir ingéré 15 grammes de vert-de-gris ; il avait cependant eu de violents vomissements.
M. Galippe a fait les expériences suivantes : à un chien de 8 kilogrammes, il fit prendre pendant cent vingt jours une moyenne de 0S1',50 d'acétate neutre de cuivre, soit en tout 72 grammes de ce sel, ce qui équivaudrait, en prenant pour base le kilogramme d’animal, à 560 grammes d’acétate