ÉLIMINATION, LOCALISATIONS ET MODES DACTION
mination du poison par la muqueuse intestinale qu’à son passage dans le tube « digestif. Cette supposition est du reste confirmée par les expériences. En administrant à un chien un lavement avec du sulfate de cuivre, on constate à l’autopsie que les lésions, très marquées dans le rectum et dans le côlon, cessent au niveau du cæcum et que la moitié inférieure de l’intestin grêle est saine ; d’autre part, la muqueuse de la région duodénale est épaissie et hyperémiée jusqu’au niveau de la moitié de l’intestin grêle (Vibert). Orfila avait déjà constaté que des chiens, auxquels on avait introduit du sulfate de cuivre dans le tissu cellulaire, présentaient une roug-eur intense de la muqueuse rectale.
Comme autres lésions, on aurait trouvé les lésions ordinaires de la néphrite toxique, de la dégénérescence graisseuse du cœur et du foie, enfin des ecchymoses peu étendues au niveau des séreuses.
6° Élimination, localisations et modes d’action.
La plus grande partie du cuivre absorbé est éliminée par les urines, par la bile, par les glandes gastro-intestinales et aussi par la salive; je vous ai dit que l’un des symptômes de l'intoxication était une salivation considérable, s’accompagnant d'une saveur cuprique très désagréable pour les malades. M. Du Moulin a signalé la peau comme participant à l’élimination. M. Galippe a trouvé du cuivre dans le lait d une chienne intoxiquée, et, qui plus est, il a trouvé du cuivre dans le foie des petits de cette chienne, qui étaient morts le jour même de leur naissance.
Le cuivre s’accumule dans l’organisme en quantité considérable et il paraît que les ouvriers qui travaillent le cuivre toute leur vie ont les os bleuâtres ou verdâtres. Houlès, qui a écrit l’histoire médicale du village de Durfort (Tarn), où l’on travaille particulièrement le cuivre, rapporte que, lors du déplacement d’un cimetière, on put reconnaître les ossements des chaudronniers à la couleur verte qu’ils
INTOXICATION PAU LE CUIVRE
présentaient (i). La couleur verte pourrait même se communiquer à la terre qui entoure le cadavre. M. Layet dit que les ouvriers éliminent une grande quantité de cuivre par les urines, et il en donne comme preuve ce fait que l’endroit du mur et du sol où ils urinent d’ordinaire prend une teinte verte.
Tous les auteurs signalent l’accumulation du cuivre dans le foie. Yvon et Rabuteau, chez une femme qui était morte de tuberculose aiguë et qui avaitpris 43 grammes de sulfate de cuivre en cent vingt-deux jours, isolèrent dans le foie du cuivre représentant un gramme de sulfate. M. Galippe en a également trouvé des quantités analogues dans le foie de chiens empoisonnés par des doses répétées d'un sel de cuivre.
Le cuivre agit sur les hématies qu’il détruit et l’ictère est sans doute le résultat de cette déglobulisation. Du reste, on a signalé, dans certains cas, la présence d’hématine et d’hémoglobine dans les urines.
7U Diagnostic.
Le diagnostic de l’empoisonnement par le cuivre est facilité par la coloration verte ou bleue des vomissements, dans lesquels il est facile de déceler le poison à l’aide de l’ammoniaque, qui donne avec les sels de cuivre une couleur bleue extrêmement intense.
La présence d’un sel de cuivre dans le tube digestif est également une preuve irréfutable de l'intoxication, mais le cuivre que l’on extrait des viscères a une valeur beaucoup moins grande, car le cuivre, métal extrêmement répandu, facilement attaquable, pénètre dans notre organisme, et s’accumule dans les viscères qui, normalement, en contiennent toujours une petite quantité.
C’est Dcvergic qui entreprit les premières recherches sur le cuivre normal, à la suite d’une accusation d’empoison-
(1) Houles, Action du cuivre sur l’économie. Histoire d’un village {Journ. d’hygiène, 1879).