I. — Matières toxiques
1° Mercure métallique.
Le mercure métallique n’est toxique que dans des conditions particulières.
On a autrefois utilisé l’action mécanique produite par sa densité dans le traitement de l'invagination intestinale. Ce procédé, qui a été employé pendant de longues années, semble avoir eu assez souvent d’heureux résultats. La dose de mercure que l’on faisait ingérer était considérable; elle atteignit dans certains cas 1 kilogramme. On a même préconisé l’ingestion de mercure métallique dans la constipation opiniâtre et le D1' Franceschini a rapporté des cas de constipation, rebelles à tout traitement, qui auraient été radicalement guéris par ce moyen. Le mercure, malgré un séjour d’une ou deux semaines dans l’intestin, n’aurait jamais donné lieu à aucun accident d’intoxication, bien que les doses aient été portées, dans certains cas, jusqu à 300 et 400 grammes.
Sue raconte qu’un homme ingéra pendant longtemps i kilogramme de métal par jour, dans le but d’expulser par l’anus un écu qu’il avait avalé et qui était arrêté dans l’œsophage.
Dans les mines de mercure, les ouvriers avalent souvent de grandes quantités de métal, qu’ils peuvent ainsi sortir des chantiers en dépit de toute surveillance. Ultérieurement, ils le recueillent dans leurs selles.
Enfin, il paraît, dit M. Vibert, que vers la fin du xvme siècle un grand nombre d’habitants de Londres et
d’Edimbourg-, dans le but de se préserver de la g-outte et des calculs, avalaient chaque matin de 8 à 12 grammes de mercure métallique (1).
Lcwin (2) dit : un de mes élèves me communique que les Lithuaniens près de Tilsit et les Russes au delà de la frontière achètent tous les samedis soir, dans les pharmacies, du mercure métallique conservé dans des plumes d’oie: ils l’avalent, et continuent un usage qui a commencé avec leur enfance. Les doses sont progressivement de plus en plus élevées.
Donné à l’intérieur par quantité s’élevant jusqu’à 500 grammes, le mercure métallique est éliminé avec les matières fécales; parfois il provoque de la diarrhée et de la stomatite; exceptionnellement il peut entraîner des symptômes plus graves et même la mort.
Dans l’ancienne littérature, on trouve l’histoire de femmes qui en ont pris par livres , sans inconvénient, dans le but de provoquer l’avortement.
Tourmenté par la soif, le margrave Georges de Brandebourg’ aurait absorbé par még'arde une bouteille pleine de mercure sans en ressentir aucun effet fâcheux.
Le mercure introduit dans les canaux médullaires des os ou dans les vaisseaux peut s’encapsuler dans les viscères, les poumons par exemple (3).
Cependant, si le mercure métallique pris à haute dose, en une fois, ne donne lieu à aucun accident, il n’en est pas de même lorsqu’il est divisé en fines particules ; dans ce cas, il semble qu’il se forme une plus grande quantité de sels mercuriques solubles et son action devient très énergique; c’est ainsi qu’il sert de base à plusieurs préparations médicamenteuses :
Les pilules mercurielles , dites pilules bleues , et les pilules de Sedillot contiennent 5 centigrammes de mer-
Ri Vibert, Précis de toxicologie, 1900, p. 211.
(2) Lewin et Pouehet, Traité de toxicologie , 1903, p. 287.
(3) Claude Bernard, Substances toxiques, 1837, p. 00.