SELS DE MERCURE
M. Merget (1) a montré que la zone de diffusion est beaucoup plus étendue. Pour le prouver, il s'est servi de l’azotate d’argent ammoniacal, qui a la propriété de noircir au contact des vapeurs mercurielles. Avec une solution de ce sel, il traçait quelques traits sur un papier quelconque qui était ensuite exposé à différentes hauteurs dans des ateliers où l’on manipulait le mercure. Dans un atelier d’étamage de glaces, installé dans des conditions exceptionnellement avantageuses d’espace et d’aération, M. Merget a constaté que la diffusion des vapeurs se faisait depuis le plancher jusqu’au plafond.
M. Arm. Gautier, dans un atelier de dorure au mercure, trouva sur les solives voisines de la toiture une telle quantité de poussières mercurielles dues à la condensation des vapeurs, qu’il suffisait de frotter contre leur surface une pièce de cuivre décapée pour constater, par le blanchiment de la pièce, la présence du mercure. Le Dr Renck a recueilli à 4 mètres de hauteur les poussières provenant d’un atelier d’étamage; elles contenaient, pour 100 grammes, 5gr,97 d’étain, 2gr,42 de plomb et 9sr,G4 de mercure.
Nous sommes loin, vous le voyez, Messieurs, de la diffusion limitée qu’avait signalée Faraday (2).
2° Sels de mercure.
Les sels solubles de mercure sont tous de violents poisons.
Celui qui a occasionné le plus grand nombre d’accidents, que l’on peut considérer comme représentant le type de l’intoxication hydrargyrique, estl q sublimé corroM/^bichlorurc de mercure, dculochlorure de mercure, chlorure mercurique). Ce sel, de couleur blanche, inodore, d’une saveur âcre extrêmement désagréable, est toxique à la dose de
(1) Merget, Le mercure, action physiologique , toxique et thérapeutique. Bordeaux-Paris, 1894.
(2) Les poisons industriels, 1901, p. 73.
15 à 20 centigrammes. Le sublimé est fort employé en solutions dont le titre varie de 0gl',23à i gramme p. 1000.
La liqueur de Van Swieten contient 1 gramme de sublimé pour 000 grammes d’eau et 100 grammes d’alcool. Dans le traitement de la syphilis par les injections sous-cutanées, on a administré le sublimé corrosif dissous soit dans beau, soit dans une solution de peptone et de chlorure d’ammonium. La dose employée varie de 10 à 25 milligrammes par vingt-quatre heures.
Le sublimé entre également dans la composition des pilules de Dupuylren , qui contiennent 1 centigramme de sel mercurique et sont ordonnées à la dose de une à trois par jour, et des pilules de Devergie, qui en contiennent une dose moitié moindre.
Le calomel ou protochlorure de mercure se présente sous forme d’une poudre blanche sans saveur ; il est insoluble et ne détermine que rarement des accidents, même à une dose très élevée. On emploie très fréquemment ce sel comme purg’atif chez les enfants à des doses variant, suivant l’àge, de 2 à 50 centigrammes, et chez l’adulte à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme prise en une fois. On l’emploie également comme antiseptique intestinal et vermifuge.
Aux doses que je viens de vous indiquer, le calomel est en général bien toléré ; môme à une dose beaucoup plus élevée, les cas d’intoxication grave sont rares. Jaksch a rapporté l’observation d’un homme qui avait cherché à s’empoisonner en avalant fi grammes de calomel : il eut une forte diarrhée, sans phénomènes de collapsus, et fut complètement rétabli en quelques jours. Orfilaa rapporté le cas d’un malade qui prit 10 grammes de calomel; il eut des vomissements accompagnés d’une sensation de brûlure à la gorge et une diarrhée très forte; il eut de la prostration, de la torpeur et mourut rapidement.
Un point sur lequel j’appelle votre attention est la différence d’action du calomel suivant son mode d’administra-