SELS DE MERCURE
lion. Absorbés en une fois, à jeun, 50 centigrammes de calomel produisent un effet purgatif et, je vous l’ai dit, on ne note presque jamais de phénomènes d’intolérance; la même dose fractionnée en dix ou douze parties, prises chacuneà une heure d’intervalle, produit une stomatite plus ou moins intense, signe d'un début d’intolérance.
L g protoiodure de mercure est très fréquemment employé dans le traitement de la syphilis ; les pilules de Ricard , prescrites à la dose de deux ou trois par jour, en contiennent chacune 5 centigrammes. Ce sel mereureux paraît peu toxique et M. A. Fournier a vu un malade qui, après avoir avalé en une fois 34 pilules de Ricord, soit lgl',T0 de protoiodure, ne présenta qu’un peu de stomatite (Vibcrt).
Le biiodure de mercure ou iodure mercurique est extrêmement toxique, à peu près aux mêmes doses que le sublimé. Il est employé comme antisyphilitique en pilules de 5 milligrammes, sous forme de sirop ioduré (sirop de Gibert), ou en injections hypodermiques.
Les sulfures de mercure : le sulfure noir ou éthiops minéral et le sulfure rouge ou cinabre, vermillon, ne sont que fort peu employés en thérapeutique. Leur toxicité est légère et l’on peut en prescrire sans danger jusqu’à igl',50 par jour.
Le cyanure de mercure est doublement toxique : par l’acide cyanhydrique etpar le mercure qu’il contient. Autrefois, il était considéré comme le plus puissant des antisyphilitiques ; aujourd’hui, sa toxicité, plus grande même que celle du sublimé, lui fait préférer d’autres sels mercuriaux. Orfila a rapporté le cas d’un homme très vigoureux qui, ayant avalé en une fois 13 centigrammes de cyanure de mercure, mourut en neuf jours.
Le nitrate acide de mercure est très toxique et en même temps très caustique. On l’emploie quelquefois pour la cautérisation des plaques muqueuses ; autrefois, il a joui d’une certaine vogue pour le traitement des ulcérations rebelles du col utérin. Malgré les plus grandes précautions, on n’était
pas à l’abri d’uccidenls d’intoxication plus ou moins graves, même à la suite d’une seule application du caustique ; on a même signalé des cas de mort.
Le nitrate acide de mercure est surtout employé dans la préparation des poils destinés à la chapellerie, et j’aurai à revenir sur les intoxications professionnelles qu’il a souvent provoquées.
Le bisulfate de mercure sert à la confection de certaines piles électriques. M. Vibert (i) a observé un cas d’empoisonnement par ce sel, dont une solution avait été mélangée par mégarde à de l’eau purgative de Birmenstorff ; le malade avait bu une gorgée de cette purgation et était mort en dix jours. L’analyse montra que l’eau purgative contenait lgr,9 de bisulfate pour 100 ; en évaluant la gorgée avalée à 30 ou 40 grammes, la quantité de sel de mercure ayant occasionné la mort peut être évaluée comme variant entre 0gr,57 et 0gr,7G.
« Le mercure-méthyle a provoqué la mort chez deux chimistes travaillant à sa préparation : elle est survenue après dix jours chez l’un et après une année chez l’autre. Ont été observés chez eux : amaurose, surdité, stomatite, salivation, anesthésie, délire, coma, ainsi qu’amaigrissement et démence. Chez des chiens demeurés dans une atmosphère imprégnée de mercure-éthyle ou ayant reçu ce composé en injection sous-cutanée (à 0gr,l), la mort est survenue par arrêt du cœur et de la respiration. Entre autres lésions, on trouve à V autopsie la substance corticale des reins ayant subi la dégénérescence graisseuse, et la substance médullaire la dégénérescence granuleuse (2). »
(1) Vibert, Précis de toxicologie, 1900, p. 215.
(2) Lewin et Pouchet, Traité de toxicologie , 1903, p. 290.