I. — Absorption et dissémination des composés mercuriels
En 1780, Hunter avait déjà remarqué que, quelque soit le sel de mercure employé pour provoquer l’intoxication, les symptômes de l’empoisonnement évoluaient suivant une forme unique, correspondant à un mode toujours identique de transformation des sels mercuriels dans l'économie (1).
Plus tard, en 1843, Mialhe pensa que le mercure ou ses sels ne pouvaient manifester leur toxicité que lorsqu'ils étaient dissous dans le sang-. L'adjuvant à la transformation d'un sel mercuriel quelconque en un sel soluble était, suivant lui, la combinaison de ce sel avec les albuminoïdes et les sels alcalins de l’économie, particulièrement avec le chlorure de sodium contenu dans l’estomac ou les tissus.
Plus récemment, en 1893, plusieurs chimistes, notamment M. Merget, combattirent cette théorie, car ils n’avaient jamais pu découvrir de sel mercuriel soluble dans le sangdes intoxiqués. Blarez et Gab. Poucliet (2) confirmèrent les recherches de Merg-et : On trouve parfois dans le sang- du mercure métallique, mais jamais de sel mercurique ; la raison en serait que les combinaisons de peptonate ou d’albuminate de mercure qui pénètrent dans le sang- sont détruites ; une partie reste dans le liquide sang uin à l’état de mercure libre, l’autre se combine avec l'hémoglobine, formant un composé insoluble.
Ce n’est là qu’une théorie et je me g-arderai, au moins pour l’instant, de prendre parti entre les divers auteurs ; espérons cependant que de ces discussions jaillira la lumière
(1) Hunter, Traité de la maladie vénérienne, 3e édition, 1859.
(2) Pouchet, Absorption et •dissémination des composés mercuriels dans l'organisme ( Bulletin de la Société de thérapeutique, -P' série, 1902, t. VII, p. 239).
et « | uc bientôt nous serons fixés d'une façon plus précise sur cette intéressante question.
Messieurs, je vous ai déjà dit quelques mots de l'absorption des vapeurs mercurielles par la muqueuse respiratoire et de l'absorption du mercure métallique par la peau lorsque l’on fait des frictions mercurielles; sur ce dernier mode d’absorption, la discussion reste ouverte : d’après les uns, le mercure, employé en frictions sous forme d'onguent gris ou d’onguent napolitain, pénétrerait dans l’économie par la voie pulmonaire, par suite de la volatilisation des fines particules de mercure ; pour d’autres, les frictions énergiques pratiquées dans des régions où la peau est riche en glandes sébacées et où il existe un réseau lymphatique abondant permettent la pénétration du mercure dans la peau et l’absorption par solubilisation.
Les composés mercuriels sont absorbés par la peau, soit qu’elle présente des excoriations, soit que l’action irritante du sel mercuriel en provoque. Miquel a observé un jeune homme qui, pour détruire des hôtes incommodes, s’était saupoudré le pubis avec quelques grammes de biiodure de mercure; il présenta, un quart d’heure plus tard, des coliques, des vomissements, symptômes d’une intoxication bénigne du l'este, qui s’accompagna delà salivation caractéristique.
Orfila rapporte que J. Cloquet, quelques heures après avoir trempé les mains dans une solution concentrée de sublimé, présenta des symptômes d’intoxication caractérisés par des vomissements et une saveur métallique.
Les muqueuses absorbent rapidement les sels de mercure; on a signalé de nombreux cas d'intoxication, non seulement à la suite d’injections intra-utérines après accouchement, mais aussi à la suite de simples injections vaginales de sublimé.
Messieurs, depuis quelques années les injections de composes mercuriaux dans le traitement de la syphilis ont pris une vogue nouvelle. Quand on veut agir vite, on injecte un sel soluble tel que le sublimé; dans les cas ordinaires, on