SYMPTÔMES DE L’INTOXICATION AIGUË
accompagnée d’angoisse et de hoquet revenant par crises. Elle mourut le vingtième jour dans une crise de dyspnée.
La circulation générale est gravement atteinte, le faciès est décoloré : parfois, il y a des bouffées de chaleur, et à ce moment la face est vullueuse. En général, la peau est froide, cyanosée, couverte de sueurs visqueuses; les extrémités sont froides, et cet état dure jusqu’à la mort, qui survient du huitième au quinzième jour.
D. Éruptions cutanées. — Plus fréquentes dans l’intoxication chi'onique, les éruptions cutanées ne sont cependant pas exceptionnelles dans l’intoxication aiguë. L’apparition sur la peau de taches analogues à celles de la rougeole ou de l’urticaire avait déjà été signalée à la suite de l'emploi du mercure à l’intérieur ou en applications externes par B. Bell en 1793; ces taches furent ultérieurement étudiées par Alley (de Dublin), Rayot, Briquet, Bazin, Gaucherand (1) et Morel-Lavallée (2).
L 'hydrargyrie cutanée est essentiellement polymorphe. On constate des éruptions papuleuses, squameuses qui peuvent devenir ultérieurement bulleuses et vésiculeuses ; d'autres fois elles présentent l’apparence de l’urticaire, de l'éruption rubéolique, mais la forme de beaucoup la plus fréquente, surtout à la face, rappelle l’éruption de la scarlatine : ce sont des plaques rouge vif, de dimensions variables, non saillantes, pâlissant à la pression, à contours sinueux, ou bien de larges nappes de teinte uniforme ou granitée s’atténuant à la périphérie (3).
Ces éruptions, qui parfois occasionnent de vives démangeaisons, apparaissent surtout à la face interne des cuisses, sur l’abdomen, puis envahissent ensuite le thorax et les
(1) Gaucherand, Des éruptions cutanées causées par l’administration interne du mercure. Thèse de Paris, 1886.
(2) Morel-Lavallée, Des hyclrargyries pathogénétiques. Érythèmes polymorphes scarlatiniformes dus à l’usage interne du mercure ( Revue de npédecine, 1891, p. 449).
(3) Debovc et Achard, Manuel de médecine, 1897, p. 1 13.
membres. Dans les formes légères, elles se développent sans fièvre (, liydrargyria mitis) \ à un degré d’intoxication un peu plus élevé, il y a une réaction fébrile légère ( hydrargy riafebrilis ) ; enfin, on décrit une troisième forme (hydrargyria maligna ), dans laquelle la peau tuméfiée, érysipélateuse, se couvre de pblyctènes remplies d’un liquide sanguinolent répandant une odeur fétide; dans ces cas, qui s’accompagnent de fièvre intense, de douleurs extrêmement vives et d’agitation, on a vu parfois survenir la mort dans le coma succédant aune période de délire.
L’éruption, suivant sa gravité, dure de trois à dix jours et se termine par une desquamation lamellaire, surtout appréciable au niveau des mains et des pieds, qui rappelle beaucoup celle qui suit l’intoxication arsenicale chronique. Dans quelques cas, on a noté la chute des ongles.
E. Reins et urines. — Dans l’intoxication mercurielle aiguë, il existe toujours delà néphrite. Le malade se plaint de vives douleurs dans la région des reins, les urines sont rares et parfois peuvent manquer totalement pendant les cinq ou six jours qui précèdent la mort.
L’urine est fortement albumineuse; elle contient parfois plusieurs grammes d’albumine ; elle est souvent teintée en rouge soit par du sang, soit par de l'urobiline. L’examen microscopique permet d'y voir des cylindres de toutes les variétés, particulièrement de nombreux cylindres épithéliaux, témoignant d’une profonde altération de l’organe.
Parfois les malades meurent subitement ou présentent des accidents d’urémie, convulsions, dyspnée pouvant entraîner la mort.
F. Système nerveux. — Tardieu, Taylor et la plupart des auteurs ont insisté sur la conservation de l’intelligence, de la sensibilité et de la motilité jusqu’au terme de la vie. Ce n’est que dans les périodes ultimes qu’ils ont constaté des troubles dans la perception des sensations aux membres