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SYMPTÔMES DE L’INTOXICATION AIGUE

inférieurs. Cependant on a signalé depuis des phénomènes nerveux consistant en hallucinations, convulsions, troubles de la motilité, etc.

La présence ou l’absence de ces phénomènes semble sous la dépendance du temps de la survie. J’ai eu l’occasion de voir un sous-officier de cavalerie rpii est mort empoisonné par le sulfocyanure de mercure; il avait des hallucinations de la vue et de l’ouïe; il est vrai que je ne saurais affirmer que ces symptômes aient été sous la dépendance absolue du mercure et n’aient pas été occasionnés par 1 anémie profonde dont était frappé ce malade sous l’influence de la déglobulisation due à l’intoxication. Déplus, je vous ai dit qu’il y avait pour ainsi dire toujours de la néphrite, et les accidents convulsifs ou comateux, qui ont parfois été signalés, peuvent être rapportés à l’urémie.

G. Avortement. — Kussmaul et Keller ont affirmé que le mercure pouvait entraîner l’avortement; Levvin (1) rapporte qu’en Lithuanie les femmes prennent, dans le but d’interrompre la grossesse, du mercure en nature, mélangé à un corps gras; elles absorbent3 grammes de cet onguent; en cas d insuccès, la dose est doublée ou triplée, et parfois il en résulte des troubles graves et la mort.

L’hydrargyrisme chronique a été plus souvent incriminé. Le D1 2' Salomon en rapporte deux cas; l'un concerne une femme syphilitique et ne saurait être retenu, la syphilis, en dehors de toute autre cause, entraînant souvent la mort du produit de la conception. L’autre se rapporte à une femme jusque-là bien portante, enceinte de cinq mois, qui avorta en même temps qu’elle présentait des symptômes d’intoxication mercurielle. Elle s’était faite, à plusieurs reprises, des frictions avec un onguent au nitrate acide de mercure, dans le but de se guérir de la gale (2).

(1) Lewin, Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 1899 3« série, t. LXII, p. 478.

(2) Salomon, London med. Gaz., 1843, l. XXXVI, !>•« partie, p. 653.

P. Brouardel. — Les Intoxications. 18

Un certain nombre de cas dans lesquels l’hydrargyrisme professionnel aurait déterminé l’avortement ont été signalés par Lizé (1). Dans un ménage, sur cinq grossesses, deux se terminèrent au septième et au huitième mois; deux enfants nés à terme, mais débiles, moururent avant trois ans ; le dernier, âgé de quatre ans, était extrêmement délicat. Dans un autre ménage, il y eut neuf grossesses; trois se terminèrent avant terme ; quatre enfants moururent avant l’age de cinq ans; les deux survivants avaient une mauvaise santé. Enfin, une femme, dont l'emploi, particulièrement malsain, consistait à frotter les peaux à l’aide d’une brosse imbibée de nitrate acide de mercure, avait des règles extrêmement abondantes et trois grossesses se terminèrent par des fausses couches.

Messieurs, ces faits, sans doute exacts, ne sont pas absolument probants. L’atelier est particulièrement néfaste pour la femme enceinte, et, ainsique j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire, dans la classe ouvrière le nombre des fausses couches est sensiblement égal, sinon supérieur, à celui des grossesses normalement terminées.

D'autre part, ce qui me porte à penser que le mercure n’a pas pour le fœtus une^ action aussi grave que celle qu’on a voulu lui attribuer, ce sont les bons résultats que l'on a obtenus par l’administration systématique du traitement mercuriel chez les femmes atteintes de syphilis.

Alors que l’on craignait le traitement mercuriel au cours de la grossesse, une statistique du Dr Le Pileur, à l’hôpital Lourcine, indiquait 88 avortements pour 100 grossesses. Depuis que, dans tous les cas de grossesse chez les femmes syphilitiques, on emploie dès le début le traitement mercuriel, l’avortement est devenu beaucoup plus rare, et la statistique de la maison de détention de

(1) Lizé, Influence de l’intoxication mercurielle sur le produit de la conception ( Journ . de chimie médicale, 4e série, 1802, t. VIII, p. 482). — Laurent, Recherches sur V avortement par empoisonnement. Thèse de Paris, 1870.

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Saint-Lazare ne fournit plus que 17 ou 18 avortements pour 100 grossesses (1).

Cependant, je n irai pas jusqu a nier qu il ne puisse, dans aucun cas, sur\enir d avortement par le fait de l’intoxication mercurielle; il est évident que si une femme enceinte, après avoir absorbé une dose toxique de sublimé, présente de la dysenterie mercurielle avec ténesme, contractions musculaires, il pourra survenir une fausse couche; mais, hormis ces cas, je pense que l’avortement doit être considéré comme une complication rare de cette intoxication.

H- Durée. — Dans Y intoxication suraiguë , la mort est très rapide. Dans un cas de Welch cité par Taylor, la mort serait survenue en une demi-heure; c’est un délai vraiment si court qu’il nous autorise h avoir quelques doutes, mais souvent la mort survient entre ving t-quatre et trente-six heures.

Dans 1 intoxication aiguë , il existe vers le cinquième ou le sixième jour une rémission très apparente de tous les symptômes. Les évacuations diarrhéiques sont moins fréquentes et moins pénibles; les accidents inflammatoires diminuent d’intensité; cependant cette amélioration ne permet g'uère de porter un pronostic plus favorable, car bientôt la faiblesse et l’abattement augmentent, le malade maigrit, devient cachectique et la mort survient sans agonie dans un temps variant entre huit et quinze jours.

J’appelle particulièrement votre attention sur cette rémission, qui est généralement interprétée dans un sens favorable par l’entourage du malade, et d’autre part la reprise des accidents et la mort ultérieure ont pu, à tort, dans certains cas, faire penser qu’il y avait eu ing’estion J une nouvelle dose de poison.

Si le pronostic est sombre, la guérison, n'est cependant pas impossible (2), môme dans les cas graves, mais la convalescence est extrêmement lenle.

(1) Fournier, Syphilis et mariage , 1880, p. 72.

(2) Voy. pièce n° 8

3° Traitement et contrepoisons.

Dans ['empoisonnement aieju , il faut immédiatement vider l’estomac, pratiquer de grands lavages, de manière à entraîner la plus grande quantité possible de poison, et rempêcher d’exercer son action toxique sur les parois stomacales. Si l’on ne peut pratiquer le lavage de l’estomac, il faut favoriser les vomissements à l’aide d’eau tiède. Cette méthode, à l’exclusion de toute autre, a donné, d’après Orfila, de bons résultats à Cullerier dans un hôpital de vénériens où 200 malades furent intoxiqués à la suite de l’erreur d’un pharmacien, qui avait préparé une solution de sublimé trop forte; chaque malade avait absorbé un minimum de 10 à 15 centigrammes de sublimé. Ils burent, en six à sept heures, de 7 à 8 litres de lait, de décoction de graines de lin et d’eau tiède ; on ne constata aucun accident grave et 10 ou 12 malades seulement conservèrent de la douleur d’estomac pendant une quinzaine de jours.

Comme contrepoison, on administre de l'eau albumineuse. D’après les recherches d’Orfîla (1), l’albumine forme avec lo sublimé un précipité contenant à l’état sec 5 p. 100 de ce sel.

Ce précipité n’est pas toxique et Orfila a pu sauver des chions auxquels il avait fait avaler une dose de 30 à 60 centigrammes de sublimé, en leur faisant avaler de l’albumine huit à quinze minutes plus tard.

Il faut de 7 à 8 blancs d’œufs pour neutraliser 60 centigrammes de sublimé : proportion qu’il est utile de connaître, car il ne faut pas administrer une quantité trop considérable de blancs d’œufs; en etl'et, dans un excès d’albumine, le précipité se redissout et recouvre ses propriétés toxiques. 11 convient donc, malgré l’administration du contrepoison, de favoriser les vomissements. C'est à l'administration hâtive

(1) Vibert, Précis de toxicologie, 1900, p. 251.

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de cet antidote que Thénard, qui avait par méprise avalé une solution de bichlorure de mercure, dut la vie (1).

On a ég-alement préconisé comme contrepoison les sulfures : l’hydrogène sulfuré en solution, les sulfures alcalins, le sulfure de fer fraîchement préparé ou, à son défaut, les eaux sulfureuses naturelles ou artificielles, qui sont capables de décomposer le sel de mercure et de le transformer en un sulfure insoluble, dénué de propriétés toxiques.

A l’exemple du professeur Picot (de Bordeaux), qui a publié un cas de g'uérison(2), j’ai employé une fois les injections sous-cutanées de pilocarpine. Je n’ai obtenu aucun succès.

A côté de ce traitement général, on devra instituer toutes les médications symptomatiques capables de diminuer les souffrances du malade : contre la douleur, la morphine ; contre la néphrite, le régime lacté absolu ; contre la stomatite, le chlorate de potasse en gargarismes et en collutoires.

En résumé, Messieurs, l’intoxication mercurielle aig’uë présente trois groupes de symptômes.

Le premier dépend du passag-e d’une substance corrosive à travers la bouche, le pharynx, l’oesophag-e, l’estomac; de là des lésions locales, qui paraissent aussitôt après l’ingestion du poison.

Le second comprend les symptômes survenant lorsque le mercure est absorbé : la stomatite, les troubles g-astrointestinaux dus à l’élimination du poison par les muqueuses et les glandes de la bouche et de l’intestin ; ils débutent vers le second ou le troisième jour.

Le troisième groupe comprend les symptômes qui apparaissent vers le cinquième jour; c’est à ce moment qu’il existe parfois une rémission assez marquée : on voit survenir les érythèmes, les urines sont albumineuses et rares ; il peut même y avoir une anurie absolue et des accidents urémiques, convulsions, dyspnée, coma.

(1) On peut, comme contrepoison, employer aussi bien le jaune de l’œuf que le blanc.

;2) Voy. pièce n® 8.

Bien entendu, Messieurs, ces trois périodes dans la marche de la maladie ne sont pas nettement tranchées ; elles s’imbriquent les unes sur les autres et à côté d’elles on doit faire place à des accidents organiques qui ne sont pas directement sous la dépendance absolue de l’empoisonnement par le mercure. C’est ainsi que, dans des cas d’intoxication peu grave, on a vu survenir la mort très rapide par arrêt du cœur et que certains auteurs ont pu penser que la mort était due, non pas à l’intoxication mercurielle, mais au phénomène encore assez mal connu de l’inhibition.

4° Lésions anatomiques.

I. Appareil digestif. — Dans la bouche , si la mort est extrêmement rapide, on ne constatera que des traces de brûlures dépendant de la causticité du produit ingéré; si la survie a permis l’évolution de la stomatite , on trouve une inflammation considérable des gencives, des joues et de toute la muqueuse buccale, avec, par places, des ulcérations; la langue , parfois ulcérée et recouverte d'un enduit pultacé épais, a ses papilles très développées. L 'œsophage présente sur toute sa longueur les signes d’une violente inflammation, surtout dans la partie avoisinant le cardia.

Dans l’intoxication aiguë, Y estomac est rétracté et, dans certains cas, la rougeur de la muqueuse est visible à travers la paroi ; parfois on y trouve des ecchymoses et des plaques de gangrène plus ou moins circonscrites, n’allant pas, ainsi que je vous l’ai dit, jusqu’à la perforation.

Dans ['intestin, particulièrement dans leduodénum et dans la première portion de l’iléon, on constate la présence d’ecchymoses et de suffusions sanguines qui existent également sur le mésentère et l’épiploon. Cependant le maximum des lésions intestinales porte sur le gros intestin, dont les parois sont infiltrées et rigides et donnent à lamain l’impression d’un cylindre plein. De la valvule de Bauhin jusqu’à l'S iliaque, il

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