‹ Les inutiles du mariageChapitre 8 sur 12 · AFFAIRE DU MARQUIS DE OBSVRES · texte numérisé non relu

AFFAIRE DU MARQUIS DE OBSVRES

Le procès auquel donna lieu le cas du marquis de Gesvres dura cinq ans et n'eut pas de résultats. La justice finit par gagner l'impuissance.

Dans les diverses contestations que j'ai étudiées, j'ai trouvé des maris qui se vantaient trop, qui allaient à l'épreuve avec une témérité excessive ; je n'en ai pas trouvé qui osassent prétendre à l'excuse de Théodoric, roi de Bourgogne. Il ne se sentait incapable que devant sa femme, et la

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première courtisane venue lui donnait des illusions que la perspective de la possession conjugale écartait.

Beaucoup de souverains ont agi comme Théodoric.

La marquise de Gesvres, une demoiselle de Marcranni, dont la mère était une Caumartin, et, conséquemment, la sœur de madame d'Argenson, intenta un procès à son mari, trois ans après le mariage.

Elle se plaignait amèrement, violemment, du respect, mitigé par des affronts inutiles, dont elle était la victime. Volontiers elle eût agi comme cette reine de Naples dont parle Montaigne.

« Jeanne, reine de Naples, dit -il, fit étrangler Andréosse, sou premier mari, axix grilles de sa fenêtre avec un laz (lacet) d'or et de soie, tissu de sa main propre, de ce qu'aux corvées matrimoniales elle ne lui trouvait ni les parties, ni les efforts assez

répondants à l'espérance qu'elle en avait conçue à voir sa taille, sa beauté, sa jeunesse et disposition ; par où elle était prise et abusée. »

L'histoire n'estrcUe pas jolie? Cette reine qui tisse elle-même le lacet et qui fait pendre aux grilles de sa fenêtre, à l'endroit où les Roméos suspendent leurs échelles de soie, ce mari, beau, jeune, bien fait, mais incapable ?

Supposons maintenant qu'au lieu d'être beau, ce présomptueux fût laid, ne voilàtril. pas un meurtre pleinement justifié? Est-on bien sûr que madame Lafarge n'ait pas eu des raisons pareilles d'immoler son vilain mari?

Quoi qu'il en soit, madame la marquise de Gesvres dénonça l'incapacité de ceiîiari, dont le nom pouvait rester à un quai de Paris, sans quUl eût des chances d'être transmis par lui à des héritiers.

Le congrès n'existait plus ; mais les visites

étaient toujours des moyens légaux de constater certains phénomènes préalables.

Les médecins, sans ,y être précisément conviés, traitèrent à ce propos la question de rimpuissance. Il v eut une discussion solennelle, le 17 novembre 1712, et, comme ce livre n'est pas un recueil de facéties, mais a pour but de servir la science contemporaine, autant que la jurisprudence à venir, je vais citer quelques passages du discours d'inauguration, prononcé par Jean- Henri Imbert, docteur en médecine, membre de l'Académie des sciences. On verra de quelles fleurs les médecins de ce tempslà enjolivaient leurs consultations.

« La femme, dit-il, est un riche amas de toutes sortes de perfections ; elle est douée de toutes les belles qualités de l'esprit et du corps... »

Voilà un anatomiste galant. Il ne trouve pas, comme certains sculpteurs, que les femmes aient les hanches disgracieuses.

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les seins rompant la ligne, les jambes faites de telle sorte que jamais un statuaire n'a osé poser une Vénus d'aplomb sur ses deux pieds et fait toujours fléchir la jambe. Non, la femme est un artMS de perfections. Cependant il ajoute :

« Gomme les femmes ne sont pas toutes également belles, elles n'ont pas toutes aussi une même passion. L'une plaît par son air de propreté naturelle , l'autre emploie les secours de l'art, dans la crainte oontinuelle où elle est qu'il ne s'en élève quelque autre plus belle qu'elle. L'une aime le faste, l'autre la richesse, et presque toutes l'amour. )>

Quand on discutera, à l'Académie de médecine, la fécondation artificielle qui est la solution de l'avenir, selon certains docteurs, on n'y mettra pas tant de poésie.

Continuons :

« Le plaisir d'aimer est un mal si agréable que, presque tous les cœurs, de quelque

humeur qu'ils soient, joyeux ou tristes, s'y abandonnent aveuglément. Ce n'est pas l'occupation seulement des gens oisifs... »

Ici l'admiration me force encore à m'arrôter. Voyez-vous le sourire qui circule dans cette réunion de savants médecins, tous fort occupés, à cet hommage rendu à l'amour. Oh! non, ce n'est pas seulement l'occupation des gens oisifs, et les gens les plus occupés trouvent toujours un moment pour la faiblesse de l'amour.

Après ce trait adorable, le docteur revient à la science pure :

« La femme naturellement recherche l'homme et l'homme également recherche là femme. Tout ce qui est dans la nature tend Cl la génération... L'unique soin de la vie est de travailler à la propagation de son espèce... mais il y en a quelques-uns qui ne peuvent pas, tellement, que l'on dirait que la nature a agi avec eux en marâtre plutôt qu'en, bonne mère.. , La femme n'a

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point de plus grands ennemis que les impuissants ; c'est une condition bien triste de désirer toujours, si l'on ne se satisfait pas quelquefois, )>

Ge docteur Imbert se souvenait du sonnet d'Oronte :

Belle Philis on désespère Alors' qu'on espère toujours.

Cette fois il est appliqué aux attentes décevantes de la femme.

L'aimable et candide savant continue avec une bonhomie dont Molière eût été désarmé :

« C'est un grand embarras pour un homme impuissant que d'avoir une femme à contenter : quand même elle serait la plus belle personne du monde, le mari n'en est pas moins chaste. . . Quoiqu'il ne soit point de sexe douteux qui tienne tout à la fois de l'homme et de la femme, il est des visages

et des contenances douteuses qui tiennent de tous les deux. Le mot même d'homme est équivoque; il s'entend aussi de la femme. De sorte qu'on pourrait dire des hommes, ce qu'on dit des mets douteux : ce sont des ambigus. . . »

N'estrce pas là encore un trait à souligner dans ce joli discours? des hommes qui sont des mets douteux , qui sont des ambigus.

Toutefois, le docteur Imbert devait être un médiocre gourmand ; il eût su, san« cela, que les ambigus sont des soupers ou des goûters composites, mais dont la qualité variée n'est pas douteuse; L'orateur continue avec un redoublement de rhétorique :

« Aidez-moi, dit Aristarque, à définir ce doucereux qui affecte les airs d'une femme.

De quel sexe feriez-vous cette aimable figure? Dites-moi à l'oreille, sans que personne vous entende, quel nom lui donneriez-vous? Mais pourquoi chercher ce nom

qui échappe à Tesprit, tant il est douteux?

Du moins qu'il n'arrive pas à ce beau visage de m'appeler frère, car je l'appellerais sœur. . . »

Après cette citation faite d'une bouche diminuée, pour acérer le trait, le docteur reprend d'une bouche plus ronde :

« Serait-ce donc, Messieurs, qu'on pourrait se méprendre dans la distinction des sexes? Tant s'en faut, mais on se trompe à juger des sexes par les visages. . . les or- . ganes même qui distinguent les sexes ont leurs manières de séduire. . . Qu'est-ce qu'un mari? Qu'est-ce qu'une femme ? Beua? personnes, dit l'orateur, dans une seule chair.

Qu'est-ce que le mariage ? L'union des sexes, selon la parole du créateur : Le mari, dit-il, s'umra à la femme» Voilà ce que la foi nous apprend, voici ce que la raison nous enseigne : l'œuvre de mariage est relative et dépendante de deux choses. C'est comme un édifice qui se fait de pièces d* assemblage,

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placées en différents lieux d'où il faut les rapprocfier . , . »

Trouvez-moi, de nos jours, un savant qui dise moins brutalement les choses !

« Le mariage des impuissants est une infamie, parce qu'ils ne sauraient essayer d'en user sans crime. Vous les voye? cependant, ces impuissants, mettre leur dernière ressource, dans- la cohabitation qu'ils demandent en grâce, pour s'éprouver, persuadés que la passion pour les femmes se prend ou s'accroît à leurs côtés. Mais cet expédient, qui réussit à ceux qui sont capables pour le mariage, tourne à la confusion de ceux qui sont froids, parce qu'ils se convainquent par là, de plus en plus, de leur indigne faiblesse. Au surplus, peut-on permettre à des impuissants un sacrement qu'ils ne peuvent que profaner par le crime d'une impudicité monstrueuse?... On s'en tient à ce qu'une ancienne coutume autorise, à ce que l'Église voit et souffre, à ce

que les souverains pontifes permettent, à ce que la nécessité exige. Nécessité! oui, nécessité. Si l'on veut préserver les mariages d'infâmes licences ou d'inutiles attentats de la part des impuissants ; car sans la précaution d'obliger à montrer des marques d'homme, on ne peut plus inquiéter personne pour cause d'impuissance. . . »

Ne voiià-t-ii pas de la part d'un médecin bien des façons pour exprimer le sentiment tout naturel que l'excunen des pièces est nécessaire dans tous procès?

Ce Prudhomme littéraire marivaude, sur ce sujet, pendant quelques minutes :

a Mais enfin l'on soupçonne du crime dans l'action d'un homme qui montrerait ces marques! La nature qui a si bien servi ce jeune homme en organes, manqueraitelle à lui en faire sentir le pouvoir? Qu'il montre ce pouvoir quand il est sollicité par elle, on le tient quitte. Mais s'il ne se sent jamais sollicité? Il faut s'en tenir à son

aveu; il est impuissant. Mais s*il se sent sollicité auprès d'une jeune personne? Le mariage en sera la preuve. Mais si la pau- -vre mariée déclare que ce jeune homme Ta liaissée fille?... Que penser, si cette mariée sans mari oflfîre de montrer en sa personne une marque incontestable que son époux ne s'est point hasardé de la rendre femme, laquelle marque sera l'intégrité de son corps?... La proposition vous choque!... »

Il parait qu'on était devenu fort pudibond, depuis l'abolition du congrès. Le bonhomme Imbert insiste d'une façon tou chante :

« Pourquoi chicaner là-dessus? Est-ce d'aujourd'hui qu'on a cherché dans la visite des marques de la sagesse des filles?... S'i n'est pas possible d'obtenir cette vue, s'il y a doute sur les organes du mari, ou que leur puissance ne soit pas prouvée, 'par où s'assurer qui est fille <m qui est homme?

Rien, au contraire, ne caractérise si bien les

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allés. En effet, par les preuves ordinaires, on n'aurait ici trouvé qu'une ÛUe, dans Tun des deux sexes, au lieu qu'en voilà une dans chacun des deux; car cet époux ne peut se montrer homme, cette épouse montrera qu'elle n'est pas femme ; tirez la conséquence : Us sont tous deux filles. »

Le discours de ce Prudhomme précieux devient, on le voit, très entortillé, et la péroraison est d'un jocrisse d'académie d'un ordre très supérieur.

La conclusion de ce mirifique morceau oratoire et de la consultation qui en fut la suite complète ce chef-d'œuvre. On se demande si déjà M. de La Palisse était mort.

Dans le volume qui donne ce discours, la conclusion est imprimée en italique, comme une maxime qui doit tout d abord frapper l'attention.

« Il est donc des signes qui assurent de la puissance des hommes autant que le font ceux qui répondent de la sagesse dts filles, »

Sganarelle ne dit rien de plus naïf, quand il découvre pourquoi la fille est muette.

Maintenant que nous avons dégusté la consultation préliminaire des médecins, revenons au marquis de Gesvres. Étaitril fUle, dans le sens du docteur Imbert, ou homme?

Le marquis de Gesvres épousa le 1<^' juin 1709, à seize ans et demi, mademoiselle de Mascranni. Un mari de seize ans est-il dans des conditions parfaites, et Tessai qu'il est sollicité de faire de sa puberté ne nuit-il pas au développement normal, régulier de sa virilité?

Voilà ce que les juges et les médecins n'ont pas dit. Depuis Corneille on était habitué à croire que :

dans les âmes bien nées,

La valeur n'attend pas le nombre des années.

Qui oserait aujourd'hui marier son fils à seize ans?

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Quoi qu*il en soit de la précocité du jeune mari, il cohabita avec sa femme jusqu'au 24 mars 1712. Peut-être personne ne liii avait41 appris ce que tout mari doit savoir; peut-être n*avait-ii pas été élevé dans l'école ecclésiastique où se passa Texamen suirant.

C'était vers Tépoque du procès en question; un prélat encore jeune, ayant de grandes prétentions au bel esprit, vint examiner des élèves de Taristocratie, élevés très religieusement. La réunion comprenait des dames de la cour. Il s'agissait pour le jeune prélat de briller, fût-ce aux dépens des élèves. Il aperçoit un jeune homme peu dégourdi, qui se tenait l'œil baissé. Il l'interroge.

— Que dites-vous de la création? lui demanda-t-il à brûle-pourpoint. J'entends au point de vue philosophique. .

— La création? la création? répète rélève sans trouver rien à répondre.

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— Voyons^ mon enfant, reprend le prélat, enfourchant Pégase, est-ce qu'il ne vous est jamais arrivé, par une belle journée de printemps, alors que tout s'éveijle, se dilate et fait ses promesses, est-ce qu'il ne vous est jamais arrivé de vous demander comment toutes ces belles choses avaient été^ faites, et de vous dire, je suppose :

« L'homme! quel chef-d'œuvre 1 quelle intelligence et quelle machine! et pourtant, cet homme-là ne peut que préparer la création. Il ne peut rien créer, non, pas môme l'homme! c'est Dieu seul qui le peut! »

L'élève interrogé ouvrit de grands yeux sans comprendre et murmura :

— Mais, Monseigneur, je le peux, mo aussi !

Le prélat fut un peu décontenancé par cette réponse ; les dames riaient. Enfin il se tourna vers l'élève, et, voulant l'embarrasser :

— Et toutes ces charmantes créatures, ces oiseaux si firacieux, ce colibri au charmant plumage?...

— Je n*ai jamais essayé, répondit Télève du même ton naïf. .

Le prélat se le tint pour dit, et T examen en resta là.

Le marquis de Gesvres, décidément, quand j'examine ses interrogatoires, savait à seize ans tout ce qu'il est nécessaire de savoir; seulement sa valeur paraissait attendre quelques années de plus.

Voici ce que Tavocat de la marquise de Gesvres affirmait en établissant les faits de » la cause.

a Durant tout cet intervalle (trois ans), ma partie soutient que M. le marquis de Gesvres ne s'est pas montré mari une seule fois ; non qu'il ait manqué de volonté... )>

On voit que le jeune marquis savait très bien que les hommes ne se font pas de la même façon que les colibris.

« Il a imité du mari tout ce qu'il a pu, continuait ravocat, gestes, contenances, situations; rien n'y a manqué, que la réalité. Ma partie (madame de Gesvres), pressée par les lois inexorables de la conscience, par les ordres de son confesseur, qui est venu jusqu'au refus de V absolution,.,, a été enfin réduite à la triste nécessité de faire éclat...

Elle n'a point articulé une privation ou une défectuosité d'organes ; elle s'est réduite à soutenir que les organes sont destitués de tout mouvement...

» Ces faits ont été. signifiés le 19 avril (1712). M. le marquis de Gesvres s'est présenté le 20 à l'interrogatoire. LorsqueM.l'official en est venu à la question de savoir s'il avait consommé le mariage, il a demandé trois jours pour répondre, c'est-à-dire, apparemment, pour concerter la réponse avec son conseil. Par bonheur, le conseil a trouvé dans ses livres que M. le marquis aJirait consommé, non une fois, mais autant

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de fois que roccasion s'en était présentée ; et comme cette occasion revenait tous les jours, il se trouverait à ce compte qu'il aurait consommé sept ou huit cents fois.

Sur quoi, Messieurs, je vous prie de me permettre une réflexion. Il n'y a point d'exemple qu'une dame'de dix-huit ou vingt ans, nourrie dans une école de piété, ait été assez impie, et tout ensemble assez insensée, pour accuser d'impuissance un mari de si bonne trempe. L'entreprise serait d'autant plus folle que le mari que ma partie attaque n'est pas un homme du commun. C'est le fils d'un duc et pair. »

Ouvrons ici une parenthèse pour expliquer l'état social du marquis de Gesvres.

Son père, que l'on appelle le duc de Tresmes, dans le procès, avait hérité du comté de Tresmes près la Ferté-Milon, qui fut érigé en duché-pairie, en novembre 1658, sous la dénomination de duché de Gesvres. Gouverneur de Paris en <704, il

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avait eu, de lOd premier mariage avec mademoidelle de Seiglidre de Boisû'anc, trois enfants dont Talné, notre marquis, était né en 1692, et fut gouverneur de Paris en

On prétend que c'est lui qui, vantard, quand il ne pouvait plus ôtre confondu, disait en montrant un magnifique laquais :

— Voilà comme nous les faisons I

II ajoutait, en frappant sa poitrine maigre, creuse, et abritée par un dôs un peu rond :

'^ Et voilà comment Us nous font !

11 se vengeait de ses disgrâces Judiciaires, s'il est vrai que ce mdt doive lui être attribué.

Saint-Simon dit à propos de son père :

« Le vieux duo de Gesvres, à quatrevingts ans, se i-emaria à mademoiselle de la Ghénélaye du nom de Romillé, belle et bien faite, que l'ambition d'un tabouret y fit consentir... Il voulut faire le gaillard au souper de la noce; il eu fut puni et la jeune

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mariée encore plus : il fU partout, daas le Ut, tellement qu'il fallut passer une partie de la nuit à les torcher. »

L'histoire est grossière; mais Sainte Simon la cautionne.

Quelques Jours après son mariage, le vieux duc de Gesvres étant allé voir le premier président, celui-ci lui demanda comment, à cet âge, il avait pris une pareille résolution.

-r C'est pour avoir de» enfants, répondit-il.

— Ma foi, repartit le premier président, j^ai trop bonne opinion de madame de GQBvres pour croire qu'elle en ait Jamais.

Elle fit mieux (|ue des enfants; elle raccommoda le vieux duc avec son fils et les autres enfants du premier lit.

La Jeune madame de Gesvres savait que la visite de son niari serait désastreuse pour lui. Elle demanda à être visitée pareillement, par requête du 2 mai. Le 4, une

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sentence ordonnait la visite préalaltle du mari, déjà ordonnée par sentence des 27 et 30 avril. On constata une frigidité terrible. Il y avait quatre experts, deux choisis par le mari et deux par la femme.

Les premiers, qui étaient Gayant, médecin, et Maréchal, chirurgien, déclarèrent que rien ne manquait comme conformation; mais que, loyalement, ils ne pouvaient affirmer la capacité conjugale, n'ayant pas vu de mouvement. Les deux autres experts, Héquet, médecin, et Chevalier, chirurgien, furent plus exigeants. Ils reconnurent aussi volontiers que la conformation était bonne, mais que l'apparence ne sufAsait pas, et que Vétat devait paraître ; que même cette condition remplie ne suffisait pas encore ; qu'il fallait trouver des traces sur madame :

donc, nécessité absolue de visiter madame la marquise.

L'avocat de la plaignante, maître Bégon, nous l'avons déjà vu, était un homme d'es-

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prit. Il s'amusait beaucoup de cette cause gaie. Voici comment il interprète les deux procès- verbaux d'expertise :

« Les premiers experts, Messieurs, dit-il aux juges, tous ont regardés comme des intelligences capables de voir les conséquences dans les principes. Les seconds onl cm devoir traiter avec vous, comme Ton traite avec des hommes, c'est-à-dire qu'ils se sont crus obligés de vous faire un raisonnement oomplet. Voulez- vous que je vous fasse mieux entendre ceci par une comparaison? Vous prenez quatre guides pour vous conduire dans un chemin ténébreux ; ces quatre guides vous mènent pendant un certain espace. Au bout de cet espace, ils vous abandonnent ; mais, en vous abandonnant, deux vous disent : Suivez toujours la ligne que nous vous avons tracée, tandis que les autres vous disent : Allez dans ce hameau qui se présente devant vous;. vous y trouverez la lumière que vous cherchez.

Idd LES INUTILES DU MAUIAUK .

N'est-il pas vrai que si la ligne tracée parles deux première guides conduit au mâme bameauy qui est indiqué par les deux autres, ces quatre guides Boat parfaitement d'accord» et que toute la différence qu*il y a entre eux consiste en ce que les una vous' nomment le hameau oti vous devoK aller, lorsque les autres se contentent de vous rindiquer par la suite de leur alignement?

Que si cela est, pouvex-vous craindre d'ei^ rer, en suiyant l'indication uqifbrme de vos quatre guides 9 Vous voyez. Messieurs, la justesse de ma eopiparaison 3 elle le fait sentir d'elle-même, et vous n'êtes pas à comprendre que le hafMQU ôt gii U luvnière est la visite que je demande, a

On a dû rire beaucoup du hameau de la marquise.

Le 30 mai, le mam, se fondant sur le double certificat de bonne conformation, était d'avis, dit toujours maître Bégon :

« que de plein vol, sans autre examen»

sans autre recherche, il fallait le déclarer capable d'être mari et remettre la dame la femme en êa poêëession* Sur ce fondement, il voud a demandé qu'attendu que les ex* pert9 ravalent trouvé bien conforméf il vous plût, Messieurs, sans avoir égard au surplus des rapportai ni au préparatoire de visite demandé par ma partie^ débouter ma partie de sa demande en dissolution de ma* riage ».

Alors Tavooat de la marquise tira de son iac des exemples concluants de maris bien conformés ) mais inactifs^ déclarés impuissants, après visite de leur femme«

C'était d'abord un sieur Jacob^ ccïnseiller au parlement de Bourgogne^ qui éblouissait par la splendeur des formes^ mais qui, ayant laissé sa femme vierge, vit son mariage annulé, par sentence de Grandin, offlcial de Paris, en 1664«

C'était ensuite le sieur Verdin, en 1711, qui, non seulement, avait l'apparence con-

veuable, mais encore donnait des signes de vie; par malheur, cette vitalité parut maladive , et, la dame n en ayant pas senti les effets, le sieur Verdin fut démarié, par senlence de Tilan, conseiller au parlement de Bourgogne, officiai forain de Langres.

C'était Florent Gahu, qui était affligé d'un assoupissement invincible, résistant, pendant deux visites successives, à toutes sortes d'aiguillons. 11 arguait du bon témoignage rendu à ses apparences, et prétendait que les aiguillonnements avaient été des moyens honteux répugnant à sa pudeur. Il fut aussi démarié.

Un sieur Habineau se trouva dans le même cas. Les experts furent ravis de ce qùïl leur montrait; mais la visite de la femme les convainquit du danger de ne sefler qu'à la vue.

Par ces exemples et par d'autres, maître Bégon concluait à l'annulation du mariage.

L'avocat du mari, maître Arrault, employa

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trois audiences à répondre à son confrère, li ne soutint qu'une thèse : la bonne conformation du marquis, unanimement constatée, suffisait à le faire gagner ; le reste était accidentel.

Maître Bégon redoubla de malignité et d'esprit en répliquant. . .

« Après avoir remercié Jes experts de ce qu'ils lui ont accordé la configuration, dit-il, le . marquis de Gesvres les traite de téméraires, de superstitieiuc et de curieux impertinents qui veulent forcer la nature jusqto' dans ses de^miers retranchements,,.

» De son propre aveu, continuait maître Bégon, les feux de la première nuit furent étouffés par une tourte d'anguilles. Qui a jamais ou! dire qu'une tourte d'anguilles fût un charme qui arrêtât T^ervescence de la nature dans le temps où les accès doivent être les plus violents? »

On voit que le pâté d'anguilles, qui, dans les Contes de Lafontaine symbolise la

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satiété y devient dans ce Bingulier procès l'empêchement même de toute jouissance.

Faut«il proscrire àjamaislepfttô d'anguilles?

11 parait que si, la première nuit, le marquis a été fortement incommodé, la seconde il 8*6st barricadé dans son appartement, pour jouir, dit l'avocat, du plaisir de sa chère solitude,

a 11 a donné cette seconde nuit À la nature et les autres à la politique... M. lé marquis de Gesvres, au retour de sa première campagne, ajoute maftre Bégon, est laissé dans une chambre, seul à seul, et sans témoin avec ma partie, et, quand on lui demande pourquoi il n'a pas profité de l'oooasion, il répond que le lieu n'étaU pas propre. Je m*en rapporte à tous les connais* seurs, si ce. n'est pas là le langage de Timpuissance. Enfin qui a jamais ouï parler d'un mari qui demande trois Jours, pour étudier la grande et difficile question, s'il a consommé son mariage? »

LBS ÎXUH'lkliS l)i: AlAklAOli lîl

L'avocat né tarissait pas datis Sdii pei^si^ liage; accumulatit les faits$ les pointés, racontant deS preuves sitigullèreS de la COtt-

tlnence de ce mari vaincu par «ne tourte

d'anguilles :

« Il prenait grand soin de se cacher avec sa chemise et avait la précaution de tenir la demoiselle Mascranni par les mains, parce (jumelle lui avait mandé, lorsqaMl était à l*armée, qu'elle avait été à la noce d*une dame de ses amies qui lui avait appris bien des choses*.. »

Quelle imprudence aussi de laisser sa femme vierge aller à la noce d'une amie qui n'a pas fait vœu de virginité !

L*avocat du pauvre marquis avait'il autant d'esprit que son confrère? Je n'en sais rien. En tout cas, sa cause était plus difficile. Il n^osait se moquer* de sa partie adverse; il feignait de la ménager dans

cette nouvelle escrime, comme son client l'avait ménagée dans l'autre, et il mettait

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sur le compte de la pudeur ce que son adversaire ne voulait pas mettre sur le compte des tourtes d'anguilles.

Il s'opposait chevaleresquement à ce qu^on visitât la femme. 11 ajoutait :

« Cette preuve des deux signes nécessaires (la bonne conformation et ranimalion) n'est ni plus sûre, ni moins fautive que le congrès; mais disons de plus qu'elle est moins légitime, s'il est permis de parler de la sorte, et plus criminelle que le congrès. Tout ce qui se passe dans le congrès est, du, moins, l'effet d'un attouchement légitime du mari et de la femme ; mais conunent oserait-on soutenir qu'il soit permis, hors l'action du mariage, ni à la partie de s'y exciter soi^ménu:, ni aux experts de Vy provoquer? »

Ne Yoilà-t-il pas un bel argument? Empêcher la preuve de l'immoralité, au nom de la morale même.

Une sentence du 2 août 1713 permit au marquis de Gesvres de se faire visiter de

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nouveau, atior temps et lieux qui lui cotmiendiraient.

Gomme il ne se résolvait pas à cette visite, comme il alléguait des séries de convalescence, maître Bégon, qui n'avait jamais été patient, demandait que les conclusions de la dame lui fussent adjugées, c'est-à-dire l'annulation du mariage.

« Il nous répond par des injures, s*écriait gaiement l'avocat de la marquise ; il nous traite de barbares, de gens sans pitié et sans miséricorde qui prennent inhumainement à la gorge, au sortir de la petite vérole, une triste virilité déjà accablée des fa tigues de la dernière campagne. — « Ëh ! » dit*-il, « laissez-moi respirer! Je suis encore » tout couvert de la poudre du camp* et de » la teinture du venin que je viens d'exha- )) 1er. Gomment voulez-vous qu'en cet état » je trouve grâce devant les yeux des » experts? Il me faut au moins deux mois » pour réprendre ou mes couleurs, ou mes

It4 LÈS tîîUTiLKS Df MAftIAl4K

w espHts!w — Cotnment? deux mote! tti* prend maître Bégon, après que j'etl tii ajouté tifoi» de grflce aux trois autres^ que la sentence tous avttit donnés I... Qu'avectous fftit dans six mois?— « l^ên ai, ditei'^ S) vous, passé qufttre à rarmée^ loin d«s )i experts et des officlaux. «—Ah! voilà le mot. Mettre cent lieues de pays entf é les experts et vous, c'est ce que vous demanûïet ; car, autrement, seriei^-vous allé chercher la gloire sur la frontière, tandis qu*â Paris, vous aviez tant d'affaires à Sauver votre honneur?... Pendant toute Tannée 4712 et Jusqu'à la sentence du 4 mai 1713 qui a ordonné une seconde visite de votre personne, vous ave« pris confiance en votre irfofe... »

Le mot n*est*i] pas joli pour l*obJel bien conformé dont se vantait le marquis?

« Vous lui hvet mendié des adorateurs, et payé des gens qui ont fait fumer Tencens devant elle. Pour lors, il n'était point

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question d'aller à l'armée, quoique Ton fût dans le fort de la campagne, en juillet et en août. Vous étiez, en ce temps-là, si peu occupé de la gloire des armes, que vous suivieg exactement ces audiences et que vous ne les désemparâtes que lorsque j'insultai si vivement h votre idole que vous en perditoi contenanee et couleur^ dam tous les endroits où la couleur pouvedt se perdre. Pour lors, le siège de Douai se présenta tout à propos. Vous y courûtes emporté, j'en suis convaincu, par votre valeur. Mais, cependant, votre retraite cientit le fugitif d'ofdcialité. Et, en efifet, vous reparûtes & Paris, aussitôt après que le péril des au«> diences fut passé... Nous pourrions^ sans passer pour barbares, ne vous faire aucun quartier; mais vous n*étes pas un ennemi si fort à craindre, quMl faille, avec vous, user de tous ses droits... Vous demandes, dites-vous, deux mois de patience? o^est apparemment pour obtenir quinte jours.

Eh bien ! nous vous les accordons, ces quinze jours. » *

Quelle bonne fortune pour un avocat, qu'un procès et qu'un adversaire pareils!

Une sentence du 31 janvier 1714 accorda ce nouveau délai. Au bout de quinze jours, le marquis ne s'étant pas encore exécuté, nouvelle action en justice, où son avocat dit que, sa partie étant malade, et sous^ la puissance des médecins dont l'vn le saigne et l'autre le purge, il y a lieu à une nouvelle remise.

Jamais il n'y eut tant de tisanes, do plaidoyers, et de délais, accordés dans un procès de cette nature.

Il fallut que les juges rendissent, le 28 février 1714, une nouvelle sentence, d'après laquelle, dans les trois jours, les sieurs Daval et Litre, médecins nommés d'office, se transporteront chez le marquis, pour examiner quand il sera en état d'exécuter la sentence du 2 août.

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Il faut convenir qu'un brave pourrait être désarmé par cette série d'incidents, s'il avait des raisons valables de dissimuler sa valeur.

Les médecins constatèrent une manière d'érysipèle au visage du marquis et proposèrent de lui accorder un nàois encore ; ce qui fut fait.

n'est bien certain que la haute situation du marquis de Gesvres dans le monde lui valait, sinon les maladies dont il prenait prétexte, au moins les complaisances des médecins et des juges.

Le 14 avril, cinquième audience. Maître Bégon arrive plus railleur que jamais. Ses plaidoiries sont des modèles de malice.

« Que M. de Gesvres est ingénieux à reculer ! dit-il; ses fuites, ses évasions, ses fausses excuses, ne finissent jamais. 11 semble que c'est en cela que la nature lui a payé sa fécondité. Tantôt, c'est le service qui presse, et la frontière a besoin de la

présence de M. de Gesvres. Tantôt une prétendue petite vérole se présente à pro« pos. Après cela le gros grain de cette petite vérole se jette dans Fœil. Une autre fois, c'est un érysipélBy et aujourd'hui, c'est la gale, môme, à ce que Ton dit, une gale' verte, qui porte la livrée des cantharides qu'on lui a fait prendre ; car, s'il faut en croire le public, on a mis en pratique, à l'hôtel de Tresmes, la leçon du poète : — Excitât ad venerem tardos eruca maritos. Il ne lui manque plus que de se faire ordon* ner les eaux, et on dit môme que les ordonnateurs sont tout prêts. Aussi estHie l'ordre : si quinze saignées et quinze purga^ tions ne font rieny dit le singe de la médecine ^ nous enverrons le malade aux bains,

» Quoi qu'il en soit, voilà donc M. de Gesvres galeux pour avoir voulu devenir homme t Sans mentir, c'est un étrange qui-

1 à Le Médecin malgré lui.

proquo que la médecine a fait là. Je pourrais bien, à propos de ce quiproquo, agiter ici une belle question, quf serait de savoir si la gale est encore capable de faire peur à f esprit follet. Si je voulais, il ne me serait pas difficile de produire des exemples d'un amour galeux... Mais ce serait entrer sur les terres de la très salutaire Faculté ; c*est pourquoi je consens que les médecins en jugent. »

Autre sentence du même jour, ordonnant aux médecins de se transporter encore chez le marquis, dans les trois jours, et de décider 4ans quel temps il sera en état d'exécuter la sempiternelle sentence du 2 août.

Les médecins dressèrent un procès- verbal constatant qu'ils se sont rendus, le 17 avril, à Fhôtel de M. le duc de Tresmes, pour y visiter le marquis de Gesvres, son fils : « Nous l'avons trouvé debout, en robe de chambre. L'ayant examiné, nous lui

avons seulement remarqué une espèce de dartre, à la joue droite, assez considérable, pour raison de laquelle nous estimons que ledit sieur marquis a besoin défaire encore des remèdes, et nous croyons que dans Tespnce d^un mois, il en pourra être guéri...»

Nouvelle sentence du 28 avril, ajournant à un mois l'exécution de la sentence du 2 août.

(^e procès paraissait interminable. Il occupe deux volumes.

Le bon Dangeau, dans son Journal, ne manque pas de mentionner les péripéties de ce long procès.

Le 9 juin 1712 il avait dit :

« Cette vilaine affaire accable tellement le duc de Tresmes, qu'on craint qu'il ne meure de chagrin. »

Le 24 mai 1713, Dangeau dit encore :

« Le cardinal de Noailles travaille à raccommodement du marquis de Gesvres avec sa femme ; mais on craint quMl n'y puisse

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pas réussir, tant les esprits sont aigris. )>

Lors de la fameuse sentence du 2 août 1713 qui enjoignait la cohabitation, Dangeau se hâte d'écrire :

« Il y a eu un jugement rendu sur le procès du marquis de Gesvres, dont les deux partis disent qu'ils sont contents ; mais il parait que ce n'est qu'un jugement différé jusqu'à la Saint-Martin, et que, jusque-là, le marquis de Gesvres pourra encore se faire visiter. »

Cette fête de la Saint-Martin qu'espérait Dangeau ne devait jamais luire.

En septembre 1714, le chroniqueur de la Cour qui penchait visiblement du cAté de l'impuissant écrit avec joie :

« L'avocat de la marquise de Gesvres a fait appeler comme d'abus de la procédure de l'official ; cela allonge fort l'affaire, mais donne bonne opinion de la cause du marquis de Gesvres. »

On voit que Dangeau n'était pas prophète.

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Cependant la marquise réclamait judiciairement une provision alimentaire. Être privée d'amour et de mari, passe encore; à la rigueur on peut vivre ; mais être privée de pain ou de brioche! non.

Dans le mémoire qu'elle présente à ct^i effet, la marquise dit :

« Le marquis a cru pouvoir lui faire payer bien chèrement l'illustration qu'elle avait cru acquérir dans sa maison, lï s'est imaginé que l'expectative du titre de du** chesse* devait lui tenir lieu de toutes sortes de biens, aises, commodités, commerce avec le monde et liberté... Pendant les trois ans qu'elle a passés avec M. de Gesvres, elle a été environnée de gardes et, la plupart du temps, confinée dans une solitude de campagne. »

Elle avait apporté en dot 70,000 livres de

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