Le marquis ne devint duc qu*après la mort de sa femme
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roate* et eUe manquait de tout à Gesyres, dans un château entouré d'eau où elle avait contracté des rhumatismes. Elle obtint, non aans peine» une provision de i6|000 livres.
Les mauvais traitements et la ladrerie de •on mari ont sans doute été pour quelque chose» sinon pour beaucoup, dans Taction qu'elle intenta en dédaratioa d'impuissance.
Avis aux mans qui ont des raisons de douter d'eux-mêmes : qu'ils prennent garde aux beiles-méres » et qu'ils donnent au moins à leurs femmes la liberté, le luxoi tout ce qui peut distraire ou procurer des compensations!
Beaucoup de ménages seraient moini stériles, si le mari ne tenait pas au téte»àtéie rigoureux!
La marquise se plaignait de ia eomplai* sance des juges pour son mari<
« Ils Font laissé, dit-elle, le maître des temps et des lieux et du nombre des
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visites. Â tous moments, à toutes heures, il peut finir la cause de l'officialité... Voici trois ans que ce .procès dure. Le vrai moyen, pour corriger ce plaideur fuyard et pour le dégoûter de ses subterfuges, est de lui en retrancher le fruit autant qu'on peut. Ce qui se fait par de fortes provisions. »
Le 7 juillet de cette même année 1714^ Tavocat de madame de Gesvres fait remarquer au tribunal que le marquis qui devait s'exécuter le 28 mai, ne donne signe de vie que le 6 juillet, et à quel propos? Il requiert les médecins nommés d'office de venir le visiter le 16 du même mois, à 8 heures du matin. L'avocat gouailleur s'amuse de ce rendez-vous :
« Où est l'homme qui puisse, le 6, répondre pour le 16?... Pour moi, je trouve là une énigme que je ne comprends pas. »
Enfin, nouvelle sentence du 7 juillet, ainsi formulée :
« Nous avons, du consentement des par-
tics, continué la cause à la quinzaine... »
Le 14 juillet, maître Bégon saisit le tribunal d'un incident. Un des experts, le sieur Duparc, avait signifié le 7 juillet au marquis sa démission. Il était las de tant regarder une idole qui ne rendait jamais d'oracles. Maître Bégon demande un remplaçant plus brave. On nomme le sieur Deveaux, chirurgien.
Le 14 août maître Bégon pose des conclusions tendant à ce qull plaise aux juges dire qu'il n*y. a point eu de mariage entre les partie», ou en tout cas, en entérinant le rapport des sieurs Litre et Deveaux, conforme à celui des sieurs Héquet et Chevalier, que la marquise sera visitée par deux matrones, eu présence de quatre experts, et il donne lecture de deux nouveaux rapports.
Dans les deux il est dit, sauf variantes de rédaction :
<( Nous avons visité samedi matin, 21 de
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ce mois, M. le marc[ais de Gesvres, dans rhôtel de M. le duc de Tresmes, rue Neuve- Saint- Augustin... Nous Tavons trouvé dans son lit, déjà éveillé et nous attendant avec impatience... Nous avons examiné... à trois reprises différentes, invités à cet examen par l'un des chirurgiens du marquis, qui allait et venait de la chambre dadit sieur marquis dans Fantichambre, où Ton nous plaçait après chacun desdits examens ; nous avons remarqué chaque fois, à la vérité,
cette partie en ér , mais qpii n'avait pas
cependant les qualités suffisantes pour le mariage... Nous nous sommes encore transportés lundi matin, 23, audit hôtel et nous n'avons pas pu visiter ledit sieur marquis de Gesvres, un de ses chirurgiens nous ayant dit qu'il avait mal à Testomac, et même envie de vomir, et cela, à ce qu'il a dit, pour avoir trop soupe la veille. »
L'occasion était trop tentante. Mattre Bégon ne inanqua pas de plaisanter ces
ehirurgi^uB attachés à Vidole du marquis, provoquant et entretenant une ombre passagère de virilité.
« Gomme on ne peut voir, dit-il, les cordes qui tiennent un char suspendu en l'air à l'Opéra, sans juger que le char est une machine et même une machine fort grossière ; cle môme je ne peux prendre garde à ces deux chirurgiens qui se troi^rant à point nommé auprès de M. de Gesvres, lorsqu'on le visite ; je ne puis, dis-je, prendre garde à eux que je ne m'aperçoive des cordes qui ont élevé la machine dont il s'agit jusqu*à voler à deux pieds de terre. »
Deux pieds de terre 1 c'est beaucoup ; mais, déjà au xviii* siècle, les avocats, même ceux qui montraient le plus d'esprit, avaient l'hyperbole facile.
Maître Bégon demanda ensuite s'il n'était pas temps d*en finir, car le marquis n'a pas été visité moins de six fois. Cela fiait par
dégoûter les experts. Il n'y a plus qu'une chose à faire, visiter la femme.
Ce loQg et filandreux procès ne nuisait pas toutefois à la fortune du marquis.
Dangeau annonce dans son Journal, à la date du 21 novembre i7i6 :
« M. le duc de Tresmes a obtenu la survivance de premier gentilhomme* de la chambre, pour le marquis de Gesvres, son fils. Il conserve le brevet de 500,000 francs de retenue qu'il avait sur cette charge. Ou lui a donné aussi la survivance de la capitainerie de Monceaux, à laquelle se joint le petit gouvernement de Valois, et cela vaut 8,000 livres de rente au moins.
L'ofÛcial n'osait pas frapper un justiciable de cette sorte, qui arrivait au tribunal accompagné de son père, le duc de Tresmes, et d'une suite très nombreuse de gens de cour.
Gomment l'affaire se serait-elle terminée, si la mort n'avait dispersé les avocats et les
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experts? On lit dans le Journal de Dangeau, à la date da 4 juillet 1717 :
« Madame la duchesse de La Trémoille est à Textrémité et Ton a dit que la marquise de Gesvres est fort mal aussi. »
En effet, cinq jours après, le 9 juillet, Dangeau note dans ses archives :
« La marquise de Gesvres est morte à Paris, menant une vie fort retirée, ne voyant jamais personne de sa famille ni de la famille de son mari. Elle voyait lui quelquefois, mais fort rarement. 11 perd par la mort de sa femme 12,000 écus par an dont il jouissait. »
Je suis certain que maître Bégon regretta beaucoup sa cliente, moins peut-être pour elle, que pour les excellentes plaidoiries qu'elle lui suggérait. Le marquis de Gesvres se consola sans doute facilement de son veuvage. 11 affecta de porter le deuil de sa femme, pour prouver qu*il en avait été le mari.
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En tête du premier yolume du Recueil général des pièces du procès, qui m'a servi pour ce récit, j'^ai trouvé une note manuscrite d'un petit-fils de madame d'Ar« genson, sœur de madame de Mascranni, mère de la marquise de Gesvres. Cette note est précieuse ; elle donne Favis d'un parent, d'un homme de cour, et elle est l'épilogue du proeèf ; je la transcris fidèlement.
Après avoir établi les liens de famille, M. d'Argenson ajoute :
« Voici deux circonstances très remarquables touchant ce procès : l'une est que le duc de Gesvres a survécu pendant près de quarante ans à sa femme, sans avoir songé à «e remarier; l'autre est que If. de Gesvres avait si bien pris son parti sur cette affiiire^aa moyen de leuiuelle il avait profité d*une partie de la dot de sa femme^ que j'ai vu, dix ans avant sa mort, vendre publiquement, à la porte de son appartement de Versailles» ces deux volumes dans lech
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quels il y a cependant des choses très piquantes contre M. de Gesvres. D'ailleurs, il m'appelait sans cesse son neveu ; ce qui prouvait qu'il regardait son mariage avec ma tante comme consommé. »
Cette opinion d'un neveu ne prouve rien.
Peut-être le marquis eût-il fini par l'emporter. Mais on eût pu alors lui appliquer ce que le président de Harlay disait d'un impuissant bien recommandé :
— . Voilà un mari qui gagnera son procès avec de mauvaises pièces.
On a fait sur un mari inutilef mais qui se vantait de ses apparences, ces vers qui auraient également servi au marquis de Gesvres en cas de triomphe :
Vainement la riche Emilie Plaide, requiert, conclut et vent Que ayecqne Jean qui ne peut Un prompt divorce la délie.
Les experts ayant afBrmé Que l'éponx est bien conformé,
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Quoiqu'on lui la nature dorme, Les rhoses de manière iront Qu'il l'emportera pour la forme Quoiqu'il n'ait pas droit dans le fond.