OBSERVATION IX
A... Louis. Employé de commerce. Trente-quatre ans, célibataire.
Antécédents héréditaires. — Ses parents sont morts : il ne les a pas connus. Trois sœurs et deux frères bien portants.
Histoire du malade. — Instruction primaire. A été à l’école jusque vers six ou sept ans, puis au collège d'Annonay jusqu à seize ans et demi. Scarlatine à douze ans. À la sortie du lycée il entra dans l’usine de son père adoptif. Gelui-ci ayant fait de mauvaises affaires, il vient à Lyon au bout d’un an et demi. Il part au régiment à Valence. Il nie l’éthylisme et la syphilis.
Avant de partir au régiment, il avait, étant employé dans un magasin de la ville détourné des marchandises. On ne l’apprit que quelques jours après son incorporation. Il
ch, À Re
passa en police correctionnelle et fut dirigé sur les Bataillons d'Afrique, à Laghouat. Il passe aux chasseurs d'Afrique au bout de huit mois, à Blida. Il y reste près de trois ans et rentre à Lyon. Il se place chez un homme d’affaires, y reste un an, puis se place dans une manufacture de lingerie pendant cinq ou six mois, et enfin devient garçon d'hôtel, À trente ans, il rengage dans la Légion pour cinq ans : il voulait faire sa carrière militaire et se trouvait trop vieux pour réussir dans le civil! On le libère au bout de trois ans et on le fait passer à l'asile Saint- Pierre, à Marseille. Il en veut beaucoup au médecin-major qui délivra le certificat d’internement, car «ilne l'avait jamais vu et ne le connaissait pas ».
Lorsqu'on le pria de s'expliquer sur ce point, voici ce qu'il raconta : « [Il a été suggestionné : on le tenait par la tête depuis un an; des voix qu’il entend ont cherché à lui désigner quelqu'un, mais il n’en est pas sûr. Ce serait une comtesse Saint-Charles, qui est affiliée, dit-il, à une bande de filles et de souteneurs. Cette femme essaye de lui suggérer les actes les plus coupables, car elle veut profiter de 4 ses vols. Il l’accuse d’un vol d'argent commis par lui chez son père, alors qu'il n'avait que cinq ans. Bien qu'il ait de la peine à ajouter foi à tout ce qu'on lui dit, il croit que c’est elle qui a payé le médecin-major qui l’a fait enfermer. Il raconte enfin pour expliquer ces voix qu'il entend et cette suggestion perpétuelle dans laquelle il se trouve, qu’il est médium de naissance. Ce qu'il ne raconte pas, c’est qu'à la Légion il donna des signes évidents d’aliénation mentale : refus d’obéissance incompréhensibles, ordres bizarres qu'il donnait à ses hommes (il était sous-officier). Depuis quelques mois son état mental s’est aggravé : il dit qu'ilest « fils de la nature ». Sa véritable identité qu’il n’a jamais révélée est celle de Louis-Napoléon Bonaparte, etc.
Examen somatique (résumé). — Etat légèrement saburral de la langue. Léger tremblement des mains. Clignement des paupières. Pupille gauche plus grande que la
re 10 de | droite. Légère hypoesthésie cutanée et testiculaire. Réflexes rotuliens normaux.
Toujours congestionné. Oreille droite plus chaude que la gauche.
Foie normal, Pouls un peu rapide, 05.
Pas de sillons unguéaux. Deuxième bruit cardiaque éclatant à la base. Hallucinations auditives et gustatives.
En résumé : Il s’agit d'un persécuté, voleur et magnélisé.
On retrouve dans ses antécédents l'instabilité, la bizarrerie d'humeur qui caractérisent les anormaux.