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GÉNÉRALITES. — L'ORGANISATION ALLE MANCE

HILFSSCHULEN ET HILFSKLASSEN.— LES MÉDECINS D'ÉCOLE

Nous disions au début de cette étude que c’est à l'Etranger que la question de l'Enfance anormale a été le mieux étudiée au triple point de vue : médical,

pédagogique etsocial. Depuis quelques années, iln'’est

pas de rapport, d’article de journaux ou de revues qui n'aient eu la prétention de faire connaître au public français ce qu'est à l'Etranger cette assistance des Enfants anormaux.

Ce sont, en effet, nos voisins qui ont réalisé ce que nous ne saurions trop réclamer, la collaboration étroite du pédagogue et du médecin, et c’est surtout en Allemagne que les questions d’assistance et de traitement ont fait le plus de progrès, dans le sens pédagogique particulièrement.

Après quelques généralités, nous avons l'intention de rapporter, avec assez de détails, l'organisation de l’enseignement spécial en Allemagne: pour cela nous nous servirons de quelques ouvrages que nous avons eu la bonne fortune de nous procurer et que nous

avons lus dans le texte et non à travers des analyses de revue ou de traductions françaises.

La collaboration du médecin et du pédagogue doit avoir pour but, d’après le D’ Ley, de Bruxelles, la connaissance scientifique de l'enfant et la recherche des moyens de traitement propres à l'améliorer au point de vue physique, intellectuel et moral. Nous citons textuellement :

« Ilest certain qu’actuellement n1 le médecin, ni le pédagogue ne sont par leur éducation professionnelle préparés à ces études et à cette collaboration.

« Il est nécessaire que dans nos Universités on prépare plus le médecin à remplir le rôle d’éducateur, qu'il a si souvent à exercer, et que dans nos écoles

normales, on donne à l'enseignement de la pédagogie

une base physiologique et expérimentale, qu'on apprenne aux éducateurs à étudier l'enfant. »

Ce passage est caractéristique. C’est aux termes près, la même opinion que nous retrouverons partout exprimée. Alors qu’en France nous nous disputons sur la question de savoir qui aura la priorité du médecin ou de l’instituteur, les étrangers ont su concilier les capacités de l’un et de l’autre, en les associant étroitement dans l’œuvre commune dont ils poursuivent la réalisation.

En Belgique, la question de l’enseignement spécial de l'enfance anormale date d’un mémoire de J. Demoor, en

1 D' Ley, la Collaboration du médecin et du pédagogue / Arch. int. d'hyg. scol.).

ee, 1896. La première école pour garçons a été fondée à Bruxelles en 1897. La deuxième pour garçons a été ouverte à Anvers en 1899. Depuis se sont ouvertes de nombreuses classes spéciales, adjointes selon le système allemand, aux écoles ordinaires. Au 15 octobre 1905, à Bruxelles, on comptait 35 classes dont 20 pour garçons avec 530 élèves et 15 pour filles avec 257 élèves. À Anvers, à la même époque on comptait 5 classes, comprenant 193 garçons. Nous avons sous les yeux les enquêtes faites en Belgique en 1905, communiquées à la première Conférence belge sur l'amélioration du sort de l'Enfance anormale (25 octobre 1903). On trouve 1 arriéré médical pour 850 habitants,soit au moins8.000. Dans 2 écoles d’un quartier populaire de Bruxelles 15 °/, des enfants sont arriérés d’au moins trois ans et ont dû être soumis au régime de l’enseignementspécial. D’après ces derniers chiffres il y aurait en Belgique 135.000 enfants, filleset garçons, desix à quatorze ans, en retard detroisans dans leurs études. Nous ne discuterons pas la valeur de ces chrifres qui pourront paraître un peu exagérés : rappelons seulement que lesstatistiques sont faites d’après des classifications différentes et qu'on ne saurait sérieusement les comparer entre elles non seulement d’un pays, mais d’un auteur à l’autre. Ajoutons que depuis mai 1901 existe en Belgique une Sociétés protectricede l'Enfance anormale, fondée à Bruxelles, sous la présidence de M. Jules Leseuner, ministre d'état, et qui s'occupe à la fois de veiller sur les enfants à leur sortie de l’école spéciale et d'améliorer le sort des anormaux profonds de toutes sortes idiots, imbéciles, épileptiques, antisociaux, elc..

D a Le

Confés à des maîtres spécialementinstruits des choses

de la psychologie expérimentale et pathologique, ceten-

seignement est dirigé par des médecins éclairés el com-

pétents. C'est ainsi que nous trouvons à la tête de ces écoles spéciales les D'S Demoor, Dantez et Ley.

Nous retrouvons dans les principaux pays étrangers une organisation analogue. Nous renvoyons ceux qu'une pareille étude peut intéresser à la revue générale qu'a faite de la question, le D' Maïmnrimer-Gommis, dans la Revue Pédagogiquer:90o1, et pour cequiconcerne l'Angleterre, aux Comptes rendus du Congrès national d'hygiène et de démographie, (enu à Londres du 10 au 17 Août 1891. |

Mais nousallonsinsisterun peu plus surl’organisation allemande qui présente de notre point de vue un intérêt tout particulier. Cette organisation date du milieu du

siècle dernier. La première Nebenklasse ou Nachhilfsklasse 1, a été inaugurée à Halle?

Kerw, en 1863, à la Société pédagogique de Leipzig traite la question de l'instruction et des soins à donner aux enfants faibles d'esprit et conclut à la création d’écoles spéciales pour les enfants qui ne peuvent emboîter le pas à leurs camarades dans les écoles ordinaires.

1 Nebenklasse, classe annexe.

Hilfsschule et Hilfsklasse, école et classe de perfectionnement.

Hilfsschuler, élève d'école spéciale ou anormal.

2 M, Mamheimer Gommès, dansla Revue pédagogique de 1901, n°2,p. 411 et, à sa suite, MM. Binet et Simon {les Enfants anormaux, Paris, 1908, p. 5) avancent que c'est à Dresde, en 1867, que fut créée la première Hilfsklasse. Nous relevons cette erreur au passage.

PSN RE OUR SN RS NS UE PTT de EPL

PS à JAM

SrÔTzNER publia le premier écrit sur la question des Hilfsschulen sous ce titre Des Écoles pour enfants débiles. Premier plan pour leur fondation.

De 1860 à 1870, Géra et Eberfeld inaugurèrent leurs classes spéciales. En 1881, ce fut le tour de Leipzig et de Brunswick !.

A partir de cette date les Hilfsklassen et les Hilfsschulen se multiplièrent sur toute l'étendue du territoire allemand. Détail curieux : d’après ce qu’on peut lire dans les revues d'hygiène scolaire de 1900 et 1901, et les explications du D' Gizyxis, de Berlin, en 1903, la Capitale se contentait depuis 1898, de classes annexes où l’on placait ceux desenfants qui ne pouvaient suivre leurs camarades dans les classes ordinaires.

On trouvera dans le Compte rendu des séances du Conseil municipal de Berlin de 1898-99 l'explication détaillée de cette particularité, mais, parmi les raisons qu'on a fait valoir, certaines méritent d'être citées. Dans une grande viile comme Berlin, les enfants auraient eu de trop grandes distances à parcourir pour se rendre à

‘école spéciale ; d'autre part en isolant l’enfant dans une AHilfsschule on consacrait pour toujours et souvent prématurément son infériorité intellectuelle.

Les Berlinoisont préféré maintenir l'enfant anormal à son école et Le placer dans une classe annexe spéciale, afin de le perfectionner et de le faire passer le plus vite possible dans les classes supérieures.

Ces classes annexes sont de 12 élèves seulement. On

1 [l existe naturellement en Allemagne des internats spéciaux (Idiotenanstalten) pour les enfants idiots et les imbéciles irré-

médiables (D J. Moses).

on LE y fait douze heures d'enseignement par semaine, On n’y reçoit ordinairement que les enfants qui ont fréquenté l’école près de deux ans sans succès. D’après le Dr MAENxELz : « Le but visé par le conseil municipal de « Berlin, à savoir le retour des enfants de cet ensei- « gnement à l’école commune a été rarement atteint. « Ainsi en 1903, les 91 Nebenklassen avec 755 qar- « çons et 547 filles n'ont pu renvoyer à l’école ordi- « naire que 36 garçons et 29 filles. »

De pareils résultats, au point de vue pratique, engagèrent naturellement les édiles de Berlin à modifier le système des Nebenklassen, d'après le modèle d’organisation adopté par les autres villes allemandes. C’est ainsi qu'en 1903, sur les indications autorisées du Dr Grzvyxis, on a distribué les 31 Nebenklassen en 41 écoles spéciales.

Pour donner une idée de ce qu’est en Allemagne cette organisation de l’enseignement spécial, rien n’est plus saisissant et exact à la fois, que les chiffres qu’on peut relever dans différentes revues allemandes de ces dernières années.

Voici ceux qu’on peut lire dans la Revue pédagogique de Saxe de 1905, et qui résument tout l’enseignement spécial en Allemagne. A cette date, il existait dans l'Empire 180 villes qui en étaient pourvues avec 492 classes, fréquentées par 5.868 garçons et 4.753 filles, non comprises les écoles de Berlin. En ajoutant ces dernières on obtenait 583 classes avec 6.623 garçons et 5.300 filles, c'est-à-dire une population de 12.000 enfants.

Il n’est pas inutile d'ajouter que cette vaste organi-

EVE ST de SR EE PO AE TA

ttes

sation s’est élevée surtout par le fait des initiatives et des générosités privées. Ligues de maîtres, de professeurs, de médecins, et même de parents intéressés se sont multipliées sur le territoire allemand bien avant que le gouvernement impérial ne s'occupât sérieusement de la question ?. C’est du 27 octobre 1892 que date seulement le premier décret ministériel concernant l'enseignement spécial ?.

Chaque Hilfsschule, en Allemagne, est placée sous la surveillance constante d'un médecin. Nous aurons l’occasion dans les pages suivantes de revenir sur le rôle de ce dernier à l'Ecole spéciale. Il n’en est pas de même des Hilfsklassen dont certaines n'ont qu'une direction pédagogique sans conseil médical (J. Moses). Voyons maintenant quels arguments les allemands ont fait valoir pour affirmer la nécessité d’un enseignement spécial. Pour eux cette nécessité découle du principe de l'instruction obligatoire pour tous. En effet, les anormaux iront échouer à l’asile ou à l’école. A l'asile, outre qu'ils seront une charge lourde pour l'Etat qui devra les entretenir, ils ne bénéficieront pas des méthodes d'enseignement et seront condamnés de ce fait à

? Une des plus importantes de ces ligues fut la Société qui se reforma en 1898 d’après le programme de l'ancienne, fondée par Kern et Stôtzner en 1865. Cette Société de la propagande de l'œuvre de l’enfance anormale : Je « Verband des Hilfsschulen Deutschlands » publia les résultats de ses travaux et de ses efforts dans Zeitung für Kinderforschung.

? Depuis lors, les décrets ministériels se sont succédé et ont confirmé définitivement la participation prépondérante du gouvernement à cette œuvre de solidarité sociale (Message du 16 juin 1894, Décrels ministériels du 6 avril 1901 et du 2 janvier 1905).

Laos rester des faibles d'esprit, des ignorants incapables de gagner leur vie. S'ils fréquentent, au contraire, l’école commune, ils seront doublement dangereux pour le maître d’abord, dont ils troubleront la classe, et à qui ils apporteront des pertes de temps et des soucis de toutes sortes ; pour leurs camarades, ensuite, dont ils seront une source contagieuse de mauvais exemples, tant au point de vue moral, qu’au point de vue intellectuel. Eux-mêmes, anormaux qu'ils sont, ne tireront qu’un maigre bénéfice de l’enseignement commun ; ils seront vite fatigués (c’est là nous le savons un de leurs caractères dominants que cette fatigue intellectuelle rapide et cette insuffisance d’attention) par les heures de leçons trop longues et trop peu variées pour eux. Cette discipline trop sévère ne tardera pas à les rendre insensibles à toute réprimande; certains d’entre eux, déjà apathiques de leur naturel, s’habitueront bientôt à la paresse.

En somme, le but de l’Hilfsschule est de débarasser l’école publique d’un élément de trouble et d'essayer de faire des élèves qui la fréquentent des hommes sinon instruits, mais utiles à eux-mêmes et à leur pays. C’est là un but, noble à coup sûr, mais qui dans la pratique sera très rarement atteint ; cependant sl en faut croire les statistiques allemandes, ils sont nombreux les enfants qui au sortir de l'Hilfsschule, se sont trouvés en état de gagner leur vie.

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