CONSULTATIONS MÉDICO-PÉDAGOGIQUES
En face de cette organisation si complète et en plein fonctionnement que possèdent certains pays étrangers, que pouvons-nous opposer en France ? — Bien peu de choses. — Nous en sommes encore à l’époque des tàtonnements et des premiers essais.
Pour ce qui concerne les arriérés profonds nous possédons certains asiles modèles, où BouRrNEvILLE et ses élèves essayent, depuis de nombreuses années, d’obtenir de leurs petits malades le rendement scolaire et social le plus élevé. Il ne nous appartient pas de faire la critique de ces tentatives et des résultats qu’elles ont donnés. Pour ces derniers, ils sont fort discutés. Dans leur livre sur les Enfants anormaux MM. Bixer et SIMON se sont livrés à une enquête circonstanciée et intéressante concernant les asiles-écoles de la Salpêtrière et de Bicêtre et ceux qui, dans les divers asiles d’aliénés de France, ont été calqués sur ce plan primitif, donné par BourNEvILLE, pour le traitement médico-
pédagogique de l’Idiotie. Nous nous contenterons de citer deux passages de cette enquête, qui nous semblent caractéristiques et nous dispenseront d'insister plus longuement sur ce point : « Nous voulons déter-
miner exactement, disent ces auteurs, quel est le nombre de garçons et defilles qui, une foisrendus à la vie ordinaire, sont devenus aptes à exercer une profession et à se suffire. Sur ce point capital, les publications de Bicêtre ne donnent rien, absolument rien. Il est donc impossible de savoir à quoi servent tous ces services si richement dotés, etc. Les publications ne tarissent pas de renseignements sur le nombre de leçons de danse, les promenades au jardin d’acclimatation et les dépenses de lessivage etc., mais on ignore à quoi tout cela sert, quel est le bénéfice pratique et tangible que la santé en retirera.» Et plus loin toujours à propos des mêmes écoles pour
idiots : « On a une tendance irrésistible à supposer,
non pas que tout l'effort de Bicêtre a été vain, mais qu'il a été disproportionné par rapport aux résultats acquis. Qu'on ait amélioré des idiots, admettons-le sans peine, mais combien celte amélioration perdde son importance si la plupart de ces idiots sont destinés à passer leur vie entière dans l’asile où ils seront nourris dans une oisiveté absolue et où, par conséquent, l’administration insouciante ne tire aucun parti de ce qui leur a été appris au prix de grands efforts. »
! C'est peut-être un peu exagéré, Cf. pour s'en convaincre la
thèse de Royer, Paris, 1907.
Il existe en France d’autres institutions analogues et d'ordre privé, comme celles d'EÉaux-Bonnes (Seine-et- Oise) et celle du D' Bérizcon à Creteil. Ce dernier Institut, hypnopédagogique, comme l’appellent ses fonda-
teurs, a fait parler de lui ces dernières années, par.
la nouveauté des méthodes (en réalité elles sont bien anciennes : la base de toute éducation étant la suggestion) employées par le D' Bérizcon et ses collaborateurs. « Je traite, dit-il, par l’hypnotisme les pa- « resseux, les pervers, les indociles, les méchants, les « tmpulsifs, les hystériques, les enfants adolescents « atteints d'incontinence d'urine » etje les rends « mal- « léables et éducables ». C’est peut-être un peu exagéré, et quels que soient les résultats momentanés
obtenus par la suggestion, nous ne les croyons ni assez définitifs, n1 assez nombreux, pour passer dans la pratique journalière. |
Mais ces dernières années on a tenté en France de créer quelque chose d’analogue aux Hilfsschulen et Hilfsklassen allemandes. Trois villes : Paris, Bordeaux et Lyon ont organisé pour leur compte des classes de perfectionnement ; enfin, une commission ministérielle s’est réunie en 1905, à l'effet d'étudier les mesures à prendre pour l'Instruction des Enfants anormaux. On peut lire tout au long dans la thèse de M. le D'Cnazar et dans la Revue de pédagogie de 1906, tome I, les conclusions intéressantes de cette commission‘.
! En substance, il s’agit d’un projet de création d'écoles de perfectionnement composées : 1° De classes spéciales annexées aux écoles ordinaires; 2° d'écoles autonomes avec demi-pen-
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De ce qui a été fait à Paris, nous ne connaissons pas grand chose et nous ne sommes pas en état de discuter les résultats obtenus'. Pour ce qui concerne Bordeaux nous sommes mieux documenté, car les écoles spéciales fonctionnent depuis près de deux ans et l’on peut faire à leur sujet nombre de constatations intéressantes.
Dans son rapport sur les anormaux psychiques des écoles à M. le Maire de la ville de Bordeaux, M. le professeur Réars donne la statistique suivante pour les écoles publiques de garçons de cette ville, en 1906 :
Sur 8.735 élèves, 452 anormaux, soit 5,17 pour 100, dont 134 non arriérés et 318 arriérés.
Parmices derniers : 6 arriérés d’'hôpitaux ou d'asile (arriérés profonds) et 312 arriérés d'écoles, dont 126 arriérés légers et 186 arriérés moyens. Les arriérés légers se subdivisent en 49 déprimés ou calmes et 77 agités ou instables ; les arriérés moyens en 109 déprimés et 77 instables.
Le recensement des enfants anormales des écoles publiques de filles de la ville de Bordeaux x été fait en 1908 par le D' J. ABADIE. Sur 8.820 élèves on a trouvé 511 anormales, soit 5,79 pour 100, dont 388 arriérées d'écoles, soit 4,39 pour 100. Résumant les deux en-
sionnat ; 3° d’écoles autonomes avec internat. Cf. également la thèse de Perrens, Bordeaux, 1906.
1 Deux classes spéciales ont été créées à Paris à la suite du rapport ministériel de 1904. Pour se documenter sur ce point particulier, voir l’article de M. Gommès dans la Revue de pédagogie de 1904, n° 2 sur la Consullation fondée au Dispensaire Théophile Roussel dans le XVII* arrondissement.
quêtes, M. ABapre fait remarquer qu'on a examiné à Bordeaux plus de dix-sept mille enfants et quesur cette population scolaire on a trouvé une moyenne de 5,48 pour 100 d’anormaux.
Il n’est pas inutile de rappeler les principales conclusions du rapport de M. Récis (1906) qui devaient faire la base de l’organisation de l'Enseignement des anormaux, aujourd'hui en voie de réalisation à Bordeaux :
1° Création d’écoles spéciales autonomes de 8 classes avec 125 élèves au maximum.
2° Création de consultations médico-pédagogiques ayant lieu au moins une fois par mois.
3° Création de cours spéciaux aux maîtres et maîtresses afin de former un personnel enseignant compétent.
Les premiers résultats fournis par les classes bordelaises de perfectionnement n’ont pas été encore publiés, mais ils le seront prochainement. M. le professeur Réais ne s’est pas d’ailleurs encore prononcé sur la meilleure méthode de traitement des enfants anormaux; mais d’après sa communication au congrès de Dijon, en août dernier, l'on voit clairement qu'il penche vers l’Institution spéciale, autonome, pour anormaux psychiques, analogue à celles pour aveugles et pour sourds-muets.
L'organisation lyonnaise a fait l’objet d’une étude spéciale et détaillée, de la part de M. le D' Cxazar, dans sa thèse inaugurale sur les anormaux psychiques!.
1 Th, Lyon, 1908.
Il nous suffira pour en donner une idée de dire qu'il a été créé quatre classes de perfectionnement, annexées à 4 groupes ‘ scolaires importants de la ville, dans le courant de cette année et que prochainement va s’ouvrir une cinquième classe? d'environ 15 élèves, dont quelques-uns nous ont servi de sujets d'observation au cours de cette étude. Il existe en outre à Lyon un dispensaire médico-pédagogique * qui fonctionne depuis plusieurs mois, et où la consultation gratuite a lieu tous les jeudis. Une ligue de médecins, professeurs et amis de l'enseignement s’est constituée dans le but d'assurer à cette œuvre un brillant avenir et des succès durables. Jusqu'ici les résultats ont pu donner quelque satisfaction tant aux maîtres qu’aux parents, mais ils ne sauraient faire l’objet d’une étude que dans plusieurs mois. L'œuvre est trop récente pour être jugée dès maintenant, il en est d’ailleurs de même pour toute l’organisation française : on ne peut que l’encourager ‘.
1 Pour les garçons : Ecole de la rue Bossuet (Brotteaux), école de la rue Pierre-Corneille (Part-Dieu), école de la place Morel.
Pour les filles : Ecole de la grande rue de la Guillotière.
? Quartier de la route de Vienne.
3 Rue de Tunisie. La consultation est assurée à tour de rôle par des médecins désignés par le Bureau d'Hygiène.
4 Consulter, pour les détails, le rapport du D' Audemard au congrès de Dijon : on y trouvera le résumé des observations faites par les professeurs chargés des classes de perfectionnement pendant les mois de mai, juin et Juillet 1908.