LIVRE TROISIEME
pitié publique qui leur offre un asile, il leur est offert par la reconnaissance nationale. Là, messieurs, sont représentés par quelques hommes, disons mieux, par quelques débris d'hommes, les nombreuses et puissantes armées qui ont porté si loin et si haut la gloire du nom français; nos compatriotes viennent les visiter avec orgueil; les étrangers viennent aussi contempler avec admiration et respect les cicatrices qu'ils ont faites, mais qui leur ont coûté plus cher, qui leur furent plus douloureuses qu'à ceux mêmes qui les ont reçues.
» Et c'est à de pareils hommes que l'on pourrait imposer un chef obscur ou secondaire ? Cela n'est pas possible. Il leur faut un chef digne d'eux, un chef dont ils soient fiers, comme le pays est fier d'eux-mêmes; un chef enfin qui résume en lui pour ainsi dire toutes ces gloires qui l'entourent, comme ils résument en eux les gloires des diverses armées dans lesquelles ils ont combattu. Et, lorsqu'on a trouvé un pareil chef, lorsque le gouvernement en a doté cet établissement d'orgueil national, nous, mandataires du pays, nous lui enlèverions ce que la munificence nationale accorda jusqu'à ce jour à ses prédécesseurs! Messieurs, soyons économes, j'y consens; mais avant tout soyons justes; et je crains bien qu'en celte circonstance nous ne courrions grand risque de ne pas l'être.
» En effet, j'ai prouvé, je crois, que, si l'on veut
conserver à l'hôtel des Invalides son primitif et glorieux caractère , un gouverneur illustre est indispensable; mais ce gouverneur, maréchal ou général, peu importe (il s'agit ici de gloire et non de grade), ce gouverneur jouissait, avant d'être investi de ce titre, d'un traitement de maréchal ou d'une retraite de général dont il pouvait disposer à son gré. Si on lui donne une position spéciale, il n'en peut plus disposer qu'au gré des exigences de cette position. Ainsi, le gouverneur des Invalides doit nécessairement accueillir chez lui quelques-uns des étrangers illustres qui viennent visiter l'Hôtel; il doit recevoir quelquefois à sa table un certain nombre de ses vieux camarades. Prélèvera-t-il les dépenses qui en résultent sur son traitement de maréchal ou sur sa retraite de général? Je dis plus, parmi ces vétérans qui l'entourent il y a des vieillards, des infirmes, des pères de famille, des hommes qui se distinguent par une conduite digne d'éloges, qui sont les meilleurs parmi les bons. Le gouverneur des Invalides prélèvera-t-il sur son traitement de maréchal ou sur sa retraite de général de quoi les aider dans leurs familles? les récompenser de leur conduite? de quoi ajouter, enfin, quand ils le méritent, un peu de superflu à leur modeste nécessaire? Messieurs, je le répète, cela ne me paraît pas juste. La France veut être économe, mais elle ne veut pas être avare; elle ne veut pas, dans sa