‹ Les InvalidesChapitre 119 sur 322 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

palais des Tuileries pour se rendre aux Invalides. Les troupes qui formaient la haie et la population n'ont cessé de faire entendre les cris de Vive la Reine! Vive la famille royale! Sa Majesté répondait constamment, avec une touchante émotion, à cette expression si vraie et si animée des sentiments publics.

Au moment où le convoi, parti de l'église Saint- Paul, est arrivé à la hauteur de la rue de la Paix, le Roi est monté à cheval, accompagné du duc d'Orléans , du duc de Nemours , du prince de Joinville, du président du conseil, des ministres de la guerre et de l'intérieur, du maréchal comte Lobau, de ses aides de camp , et d'un immense concours d'officiers généraux et supérieurs de toutes armes. Nous renonçons à exprimer l'impression profonde que la vue du Roi et des princes a fait naître sur toute la ligne qu'ils ont parcourue. Il y avait, au milieu de l'enthousiasme avec lequel le cri de Vive le Roi! était prononcé, un accent qui pouvait se concevoir, mais qui ne pouvait se décrire. Cet accent sans doute -voulait dire : le salut de tous dans le salut d'un seul ! C'est dans le trajet des Tuileries aux Invalides que le Roi a passé entre deux haies formées d'un côté par la \ re légion de la banlieue, les 1 0e et 11e de Paris, et de l'autre par les 54e, 22e, 37e, 56e et 6a régiments de ligne, et les Ier et 5e légers.

Le cortège funèbre, parti vers dix heures de l'église Saint-Paul, a suivi la rue Saint-Antoine jusqu'à la place de la Bastille, les boulevards jusqu'à l'église de la Madeleine, a traversé la place et le pont de la Concorde et suivi le quai d'Orsay jusqu'à l'esplanade des Invalides.

Les troupes qui précédaient le cortège marchaient dans l'ordre suivant :

Deux escadrons de hussards, deux escadrons de la garde nationale, un bataillon du 46e de ligne, la Ve légion de la banlieue, les 2e, 3e et 4e légions de Paris.

A cette tristesse de l'âme des spectateurs, d'autres sentiments succédèrent à la vue du char funèbre, escorté par un bataillon de la garde nationale qui portait les corps des victimes. Honneur aux martyrs ! exclamait -on. Souvenir éternel ! Vengeance !

Les insignes militaires, les chiffres, les écussons, les chevaux de bataille, ont fait reconnaître les braves guerriers qui dans cette circonstance cruelle ont aussi versé leur sang pour leur pays , puisqu'ils sont morts près de leur Roi et en le couvrant de leur corps.

Enfin, on reconnut à l'éclat de la pompe et du deuil militaire les restes du bon, du loyal, de l'intrépide Mortier, maréchal de France, duc de Trévise , si cher à son prince , si cher à l'armée , si

honoré par cette légion qui représente l'honneur français dans toutes les carrières qui lui sont ouvertes. L'armée et la population nommaient et reconnaissaient avec attendrissement, près de ces nobles restes, les illustres collègues de l'illustre défunt, les maréchaux Molitor, Gérard, Grouchy, Duperré ; ils étaient à cheval et tenaient les cordons du poêle. Un long adieu se faisait encore entendre lorsque ont paru les dôputations qui composaient le cortège. Les ministres de la justice, des finances, de l'instruction publique et du commerce, accompagnés de plusieurs conseillers d'État , ouvraient la marche.

Puis les grands corps de l'État ont défilé dans l'ordre suivant : la Chambre des pairs, la Chambre des députés, la Cour de cassation, la Cour des comptes, l'Université, l'Institut, la Cour royale, le corps municipal de Paris, le tribunal de première instance, le tribunal de commerce. Venaient ensuite l'École polytechnique, l'École d'état-major, un trèsgrand nombre d'élèves des Écoles de droit et de médecine, de l'École d'Alfort, de celle des beauxarts, et une très-nombreuse députation des ouvriers de Paris, précédés par un trophée composé des signes emblématiques de l'agriculture et de l'industrie.

Les 5e, 6e, 7e, 9e et 12e légions de Paris, deux batteries d'artillerie , un bataillon du 46e de ligne ,

deux escadrons de la garde nationale à cheval, deux escadrons de hussards, fermaient la marche.

C'est dans cet ordre, disposé avec la plus parfaite régularité, et suivi avec une ponctuelle exactitude, que le cortège est arrivé à l'hôtel royal des Invalides.

Un immense catafalque était élevé sous le dôme de l'église. On y voyait aussi ceux qui devaient renfermer le cercueil de chacune des victimes, dont le nom y était inscrit. La décoration de l'église était d'une extrême magnificence. Elle était entièrement recouverte de tentures noires semées d'étoiles et de broderies d'argent. Une illumination étincelante avait remplacé le jour.

De chaque côté du catafalque se sont placés les pairs de France et les députés. Les ambassadeurs étaient à l'entrée de la nef, en avant du catafalque. Des places avaient été réservées pour les députations qui avaient accompagné le cortège.

La garde nationale entourait le catafalque ; cette garde d'honneur était confiée aux grenadiers de la 8e légion; l'autel était placé dans la nef, en face du catafalque.

Des fauteuils étaient disposés, à droite et à gauche de l'autel , pour le Roi , la famille royale et pour les ministres.

Vers onze heures et demie, la Reine est arrivée. Sa Majesté a été reçue par le maréchal gouverneur.

Page 1