LIVRE TROISIÈME
M. le curé, accompagné de son clergé, a attendu Sa Majesté sous le portail de l'église.
Bientôt après , le Roi a été annoncé par les acclamations qui l'avaient accompagné sur son passage.
Le maréchal duc de Conégliano, entouré de son état-major, a reçu Sa Majesté au bas du perron et lui a adressé l'allocution suivante :
« Sire,
» De nombreuses victimes vont recevoir le témoignage d'unanimes regrets; victimes toutes illustres, parce qu'elles sont tombées près de vous; mânes glorieuses par l'hommage que vous venez leur rendre, et qui les unira dans la tombe.
» En présence de Votre Majesté , c'est la France entière, cette grande famille, qui s'incline devant la divine Providence , pour la bénir d'avoir préservé son Roi , son père , et avec lui nos jeunes princes ses fils, l'espoir du pays.
» Déjà, Sire, les cœurs de vos braves invalides se sont élevés vers elle , dans un sentiment profond de reconnaissance , aussi remplis d'amour pour votre auguste personne que d'horreur pour l'exécrable attentat qui met la patrie en deuil.
» Mais le ciel a protégé la France. Vive le Roi! »
Sa Majesté a répondu avec émotion.
M. le curé a également adressé une allocution à Sa Majesté.
Le Roi a traversé l'église, accompagné de son cortège, et est allé prendre place auprès de la Reine.
Un silence profond régnait dans l'assistance.
A une heure, le cortège funèbre est arrivé à la grille de l'Hôtel, où étaient élevés quatre grands pilastres richement décorés d'emblèmes de deuil ; ces pilastres se liaient à l'Hôtel par une ligne de candélabres entre lesquels flottaient des drapeaux tricolores couverts de crêpes et surmontés du coq gaulois; le corps des invalides occupait cette porte et la cour d'honneur.
Chaque cercueil était descendu du char et déposé au milieu de la cour d'honneur.
Les parents qui les suivaient et les députations qui les avaient accompagnés venaient se ranger autour des cercueils.
L'ordre de la marche a été suivi pour la translation.
Au moment où le cercueil du maréchal duc de Trévise, qui se trouvait le dernier dans cet ordre funèbre, est entré dans la cour, le Roi, accompagné des princes, descendait les marches de l'église pour le recevoir. Sa Majesté a jeté l'eau bénite sur le cercueil du maréchal et successivement sur les autres cercueils. Il était impossible de se dissimuler l'effort visible que le Roi faisait pour triompher de sa vive et profonde émotion, et de rendre l'im-