LIVRE TROISIÈME
aide de camp du général Meunier, puis de Joubert, qu'il accompagnait à Novi, lorsque ce général fut tué à côté de lui. Nommé peu de temps après colonel de la troisième demi-brigade d'infanterie de ligne, Mouton eut à rétablir la discipline dans cette troupe, qui s'était livrée à de grands désordres dans les montagnes des Alpes, où elle se trouva longtemps privée de vivres et de solde. Renfermée ensuite dans Gênes, elle eut une grande part au siège mémorable que soutint avec tant de gloire Masséna dans les premiers mois de 1800. Lorsque cette place eut capitulé, peu de jours avant la bataille de Marengo, la demi-brigade de Mouton fut réunie à l'armée commandée par le Premier Consul, et il rentra en France avec elle. Se trouvant à Paris au moment de l'élévation de Bonaparte à l'empire, il fut du petit nombre de ceux qui votèrent négativement. Cette singularité ayant piqué l'attention du nouvel Empereur, il le fit mander, lui adressa beaucoup de questions sur les motifs de son opposition , et le gagna tellement par ses séductions qu'il en fit dès lors un de ses aides de camp les plus dévoués. L'ayant accompagné bientôt après dans la campagne d'Austerlitz , Mouton eut une grande part à cette brillante victoire. Malgré la franchise et la brusquerie de Mouton, Napoléon appréciait et estimait de plus en plus son aide de camp, dont il admirait le sang-froid et la bravoure sur le champ de bataille :
il disait que son Mouton était un vrai lion. Ce fut surtout à Iéna, à Pultusk et à Friedland que l'Empereur fut témoin de sa valeur. Il le nomma, alors, général de division , et lui donna, en 1 808, un commandement, sous les ordres du général Bessières, à l'armée d'Espagne, où il eut une grande part aux victoires de Burgos et de Rio-Seco. En 1809, Mouton revint à la grande armée, reprit ses fonctions d'aide de camp et déploya une telle vigueur dans les sanglantes affaires de la campagne d'Autriche qu'il y mérita le titre de comte de Lobau , nom de cette île du Danube où il eut une main fracassée, et où Napoléon et son armée coururent de si grands périls. Après cette mémorable campagne qui porta si haut la puissance de Napoléon, le comte de Lobau vit encore augmenter son crédit et sa faveur. Il fut nommé grand officier de la Légion d'honneur, inspecteur général d'infanterie, et chargé secrètement de la révision du personnel de l'armée. En 1812, il suivit l'Empereur en Russie, et il ne dépendit pas de lui que , dans cette première campagne, Napoléon n'allât au delà de Smolensk. « Voilà une belle tête de cantonnement, » lui dit-il hautement lorsqu'il fut maître de cette place. C'était dire clairement que le moment était venu de s'arrêter; mais l'Empereur ne répondit à ce sage conseil que par un signe d'impatience. Dans la désastreuse retraite, le comte de Lobau ne quitta pas