LIVRE TROISIEME
m Nous, Christophe-Anne Vauthier, sous-intendant militaire de première classe, chargé de l'administration de l'hôtel des Invalides;
» Conformément aux ordres de M. le lieutenant général Petit, commandant dudit Hôtel, gouverneur par intérim;
» Nous sommes rendu dans la chambre mortuaire de M. le maréchal Moncey, duc de Conégliano, gouverneur des Invalides, où venaient de se réunir :
» MM. le lieutenant général baron Petit ;
» De Bellegarde, lieutenant-colonel au corps royal d'état-major;
» L'Heureux, chef d'escadron audit corps; tous deux aides de camp de feu M. le maréchal gouverneur ;
» Le lieutenant-colonel Delpire, major de l'Hôtel.
» Là, et en présence de MM. Duchesne, baron de Gillevoisin, et de Conégliano, nous avons reconnu et nous constatons ce qui suit :
» Dans un cercueil en chêne, recouvert d'un drap noir bordé de galons et clous d'argent, portant sur son couvercle une inscription aux armes du maréchal, avec ses nom, titres, etc., se trouve un autre cercueil de sapin revêtu de plomb au dedans comme au dehors et doublé de satin blanc. Dans ce dernier cercueil est déposé le corps de M. Bon-Adrien- Jeannot de Moncey, duc de Conégliano, maréchal et pair de France, gouverneur des Invalides, grand-
croix de la Légion d'honneur, grand-croix de l'ordre de Saint-Louis^, chevalier des ordres du Saint- Esprit et de la Couronne de fer, grand-croix de l'ordre de Charles III d'Espagne, grand cordon de première classe de l'ordre de Saint-Wladimir de Russie, etc., etc., décédé le 20 du présent mois d'avril, à dix heures un quart du soir. Le corps est revêtu de l'uniforme de maréchal de France, sur lequel sont placés le crachat et le grand cordon de la Légion d'honneur, surmontés de la plaque de l'ordre du Saint-Esprit, du cordon et de la croix dé cet ordre. Dans la main droite est une boîte contenant deux des médailles en bronze qui furent frappées en mémoire de la translation des cendres de l'empereur Napoléon, et sur lesquelles est gravé le nom du maréchal Moncey, gouverneur des Invalides, présidant, malgré ses graves infirmités, l'auguste cérémonie qui eut lieu dans l'église de l'Hôtel, à l'occasion de cette translation, le 15 décembre 1840.
» L'épée du maréchal est à sa gauche, à l'extrémité de ses pieds garnis de leurs chaussures est son chapeau d'uniforme , plus un flacon bouché à l'émeri, scellé à la cire et enveloppé dans une serviette de coton scellée de la même manière. Ce flacon contient le procès -verbal constatant l'autopsie faite le 22 du présent mois d'avril, à neuf heures du matin, par MM. les officiers de santé
en chef de l'Hôtel, du corps de M. le maréchal Moncey, et ce, suivant les intentions formelles exprimées à ce sujet par lui dans son testament. A la suite de l'autopsie, et toujours d'après la volonté de 31. le maréchal, il a été procédé, en présence des officiers de santé en chef, à l'embaumement de son corps par M. Gannal, à qui ils ont été unanimement d'avis d'en confier le soin.
» Le procès-verbal relatif à ces deux opérations est signé par lesdits officiers de santé et M. le lieutenant général baron Petit, par M. le lieutenantcolonel de Bellegarde et M. le commandant l'Heureux, par le gendre de M. le maréchal Moncey et par nous.
» Toutes les dispositions préliminaires dont nous venons de donner le détail, étant accomplies, le lieutenant général baron Petit, s'adressant à l'assemblée, a dit : « Saluons de l'épée le corps de » notre digne maréchal, c'est notre dernier hom- » mage de respect, d'attachement et de reconnais- » sance à son immortalité ! » Toutes les épées se sont simultanément inclinées sur le corps ; ensuite M. Gannal a fermé et scellé de son cachet le cercueil de plomb, qui a été immédiatement recouvert de l'enveloppe du cercueil de chêne.
» Aussitôt après, le cercueil a été descendu et placé dans la chapelle ardente qui avait été préparée à cet effet.
» A cette pieuse cérémonie , qui s'est faite avec le concours du clergé de l'Hôtel, assistaient toutes les personnes que nous avons dénommées plus haut.
)> Les honneurs ont été rendus au corps du maréchal par des détachements d'élite, pris parmi les officiers, sous-officiers et soldats invalides. »
Et cejourd'hui, vingt-cinq avril, à onze heures du matin, M. le maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, président du conseil des ministres, étant arrivé à l'hôtel des Invalides, ont eu lieu les obsèques du maréchal.
Monseigneur l'archevêque de Chalcédoine, assisté d'un nombreux clergé et de celui de l'Hôtel, a fait la levée du corps, déposé dans la chapelle ardente, d'où il a été transporté sous le catafalque élevé dans la nef de l'église. Une garde d'honneur composée de militaires invalides décorés et de sousofficiers des troupes de toutes armes entourait le catafalque, les militaires invalides en armes formaient la haie depuis l'entrée de l'église jusqu'au chœur.
Les coins du poêle étaient tenus par les maréchaux de France, duc de Dalmatie, duc de Reggio, comte Molitor et comte Gérard.
Aussitôt l'office a commencé; M. l'abbé Auzoure, vicaire général de monseigneur l'archevêque de Paris, a chanté la messe, à laquelle assistaient MM. le baron de Gillevoisin et de Conégliano, son fils, des