LIVRE TROISIÈME
retenir les Espagnols dans le pays déjà conquis, ont incarcéré, comme otages, les magistrats, les nobles et les prêtres; l'instrument des supplices républicains est préparé dans Saint -Sébastien et dans Tolosa. La révolte jaillit de l'oppression! Les montagnards exaspérés se rappellent que leurs ancêtres ont suffi pour exterminer des forces considérables ; ils fuient , mais pour aller chercher des armes , et dix mille guerrilleros s'ajoutent à nos ennemis.
» Loin d'applaudir servilement à des férocités ineptes, Moncey trouve en son âme assez d'audace pour réclamer justice et clémence, à quel tribunal ? au comité de salut public ! On est encore en l'an II , et Moncey mande aux triumvirs, en propres termes : « Je pense que par des moyens doux, par des » procédés touchants, si naturels aux Français, » nous devons faire revenir les habitants égarés m des montagnes. »
» S'il remporte la victoire, il faudra bien que sa voix soit écoutée ; alors les cachots s'ouvriront, les prêtres seront rendus à la religion , les suspects à l'innocence, et les communes espagnoles aux libertés municipales ; mais avant tout il faut combattre.
» Moncey groupe ensemble vingt bataillons de choix; l'élite de cette élite, vingt compagnies de grenadiers sont placées en tête avec la Tour d'Auvergne : telle est la célèbre colonne que la langue sauvage de l'époque appelle infernale, mais que la
patrie guerrière et poétique des Pélopidas et des Pindare eût appelée céleste ou sacrée, pour l'amour divin de la gloire et de la vertu dont ses soldats sont animés , et pour leur mépris surhumain des périls, du besoin et. des fatigues. En deux jours et deux nuits, ils marchent quarante-trois heures, par les défilés des montagnes, se permettant à peine, en tout ce temps, cinq heures de halte, afin de commencer à l'aube du troisième jour l'attaque, c'est-à-dire la défaite de l'ennemi. Le reste de l'armée, en colonnes collatérales, converge vers le même but pour frapper au même moment.
» Par ces combinaisons savantes, partout où l'ennemi s'ose montrer à découvert , il est vaincu ; ses positions retranchées, prises à revers, sont enlevées de vive force ; et les débris des Espagnols s'enfuient par la vallée de Roncevaux, si funeste à nos chevaliers dans les guerres du moyen âge. Une pyramide attestait, dans cette vallée, la défaite qu'a subie, dix siècles auparavant, l'arrière-garde de Charlemagne surprise et massacrée par les montagnards. A la voix de Moncey, la main des républicains renverse ce monument de l'imprudence et du malheur de nos ancêtres.
» Que fera l'armée française afin d'éviter à son tour qu'un monument, œuvre de ses mains, soit renversé par la fortune comme celui de Roncevaux? Elle méprisera le marbre et le granit pour écrire sa