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LIVRE TROISIÈME

gloire sur le terrain de ses triomphes. C'est clans le cœur des vaincus qu'elle veut graver sa mémoire en traits de reconnaissance et d'admiration, que n'effacera pas le temps.

» Les vainqueurs ont enlevé cinquante canons à l'ennemi. Pour principal avantage ils ont conquis les magnifiques établissements maritimes et militaires d'Enguy, d'Orbaycetto et d'Irati. Le général en chef y trouve un matériel de trente-deux millions, qu'il fait apporter dans nos arsenaux avec une fidélité religieuse \ Voilà pour la France; voici pour l'Espagne.

» A des bulletins militaires appartient d'énumérer des captifs après chaque victoire. Mais ici l'humanité s'en fait honneur, et la justice le réclame. Si l'on exécutait un décret révolutionnaire qui vient de paraître, deux mille cinq cents Espagnols, loyalement devenus prisonniers, seraient sans rémission passés par les armes. Le général Moncey n'a pas voulu qu'une proclamation de guerre à mort fût entendue dans son armée avant sa première victoire, afin de sauver les premiers vaincus qui tomberont en son pouvoir. L'instant d'après, il fait plus. En faveur des nouveaux captifs, au péril de sa tête, il refuse d'obéir au décret voté, par assis et levé, dans la Convention, pour égorger tout prisonnier fait en

1 II fallut un mois pour transporter ces richesses en France, avec tout l'outillage des établissements compris.

Espagne. Les délateurs s'en souviendront.... s'il cesse un moment d'être nécessaire.

a Voici la mauvaise saison , si rude au milieu des Pyrénées ; un ouragan dévastateur tel que la fin de l'automne en voit parfois éclater dans les montagnes, suivi pendant plusieurs jours de vent, de pluie et de grêle, abîme les chemins, rend les torrents infranchissables et sauve l'ennemi d'une destruction totale. Ici commence un enchaînement de misères qui feront souffrir le vainqueur encore plus que le vaincu : un admirable souvenir va nous en distraire un moment.

» Le jour même où la Convention nationale est informée des premières victoires remportées dans cette campagne par l'armée des Pyrénées occidentales, elle décrète que cette armée a bien mérité de la patrie et recevra les emblèmes de la gratitude nationale.

» Ces honneurs, regardés alors comme le comble de la gloire, font naître une solennité simple et grave, qui caractérise une époque où tout était encore enthousiasme et dévouement.

» Les troupes qui viennent de remporter un nouvel et bril'ant avantage à Bergara descendent des montagnes pour jouir de leur renommée. À Tolosa, capitale du Guipuscoa, les bataillons victorieux forment un immense carré, renfermant au centre, pour trophées, les prisonniers, les canons, les drapeaux

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