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LIVRE TROISIÈME

sa défense naturelle, l'Espagne implore la paix et va l'obtenir.

» Une trêve signée, et la paix imminente, les immenses approvisionnements qui se trouvaient dans Bilbao pouvaient , par le simple silence du chef de l'armée française, rester au gouvernement espagnol, qui fit offrir quinze cent mille francs au vainqueur s'il voulait seulement fermer les yeux. A cette époque, la solde du général était par mois de huit francs en numéraire , et le reste en assignats sans valeur. Moncey pourvoyait au surplus de sa dépense en prenant sur son modeste patrimoine. Eh bien, la France a reçu , sans rien savoir de l'offre corruptrice, tout ce qui formait sa prise légitime dans les trésors de Bilbao.

» En redisant les beaux traits des généraux illustres et désintéressés, de Cimon, d'Épaminondas, de Phocion et de Cincinnatus, Plutarque n'a rien rapporté de plus généreux et de plus noblement oublié par les auteurs mêmes de semblables actions.

» La paix conclue, l'armée dissoute, Moncey commande la division militaire qui comprend la Gironde , les Landes et les Basses-Pyrénées, théâtre de sa gloire.

» A sa mission de guerre succède une mission de paix, qu'il accomplit avec le même amour intrépide de l'ordre et de l'humanité. Cela trouble les factieux, qui le dénoncent, sans relâche, pendant dix-

huit mois. Enfin le coup d'Etat de fructidor ' assouvit les ressentiments, brise l'épée de Moncey, et le jette dans la réforme. Voici ses crimes :

» Il n'a pas craint d'alléguer un motif de santé délabrée par d'immenses fatigues, pour se défendre d'accepter un commandement de guerre civile, aux

confins de la Vendée Pareil motif l'arrêtait-il

au travers des Pyrénées, et quand il fallait, au fort de l'hiver, écraser l'Espagnol entre la mer et la Bidassoa! Ce n'est pas un vrai citoyen... Il se permet d'opposer le même obstacle aux réactions des jacobins contre le modérantisme , et du royalisme contre les républicains; le fait est constant. Le sang ruisselle à Lyon, à Marseille, à Nîmes, à Toulouse, et sur tous les confins de sa division, où les vengeances, même en faveur des patriotes, reculent devant lui; c'est pis qu'un indifférent, c'est un ennemi public! Quelque temps avant leur chute, Carnot et Barthélémy le proposaient pour ministre; ils l'estimaient donc? Ils le voulaient!... C'est un complice, il faut qu'il tombe. Voilà la logique et l'équité des révolutions.

» Moncey ne se défend pas de l'estime des proscrits; il la doit à ses victoires. Il ose dire aux dictateurs qui régnent par la violence, lui, le représentant naturel de la force : « Je ne suis pas un » homme de parti; je suis l'homme des lois et de la

1 Journée du 18 fructidor an V.

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