‹ Les InvalidesChapitre 149 sur 322 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

» constitution. » Les factieux ont accusé son civisme; il répond ces nobles paroles : « L'armée, des Pyré- » nées occidentales m'a reçu simple capitaine; elle » m'a fait monter par tous les grades, toujours sur » le champ de bataille; par un bonheur qui passait m mon espérance , je suis devenu général en chef, » j'ai vaincu : et ma fortune a égalé mon amour » pour la patrie. »

» Ces justifications suffisent pour confirmer sa disgrâce : elle sera bientôt vengée par la chute de ses persécuteurs, au jour du 18 brumaire.

» Le Premier Consul, de son regard d'aigle, voit et juge Moncey, le fait sien, et soudain l'envoie rendre le calme à Lyon, qu'il veut s'attacher pour jamais.

» Oh ! combien dans cette villetqui sort à peine de ses cendres, combien les habitants sont profondément émus, et quelle douce espérance vient s'emparer de leurs cœurs lorsque l'esprit d'un gouvernement réparateur est révélé par un guerrier dont les vœux sont d'éteindre en autrui des ressentiments que ne peut éprouver son âme !

« Respirez enfin, Lyonnais, vous, leur dit-il, qui » avez acheté si chèrement le droit d'être heureux. » Confondons nos haines dans l'amour de la patrie. » Abjurons tout désir de vengeance. C'est dans la » conscience des pervers que nous trouverons des » vengeurs.

» Si le langage de la paix ne vous déplaît pas » dans la bouche d'un soldat, si vous ne voulez voir » dans les fonctions que j'exerce qu'une mission pa- » ternelle, Lyonnais, ouvrez vos bras et vos cœurs » aux hommes égarés. Une cruelle expérience vous » dit combien sont funestes les suites des ressenti- » ments. Élevons un autel à la concorde ; rallions*- » nous de bonne foi au gouvernement consulaire, )> et que cette fraternité, écrite jusqu'ici seulement » sur nos murs, soit enfin gravée dans nos cœurs. »

» J'admirerais ce langage, s'il m'était donné comme l'éloquence d'un Vincent de Paul ou d'un Fénelon, obéissant au devoir de leur ministère, pour apporter la consolation et la paix au milieu d'un peuple qu'a décimé la guerre civile et religieuse. Mais, dans la bouche d'un guerrier qui vient accomplir ses fonctions de guerre , l'humanité qui commande , en priant, avec de si nobles accents, inspire à mon âme attendrie une admiration cent fois plus grande.

» La prospérité du Consulat déconcerte l'Europe, qui repousse la paix. Moncey conduit par le Saint - Gothard la réserve de cette armée qui met le comble à ses prodiges par la journée de Marengo.

» Le futur roi d'Italie veut pour précurseur digne de lui que la sévère probité pénètre et règne dans l'État cisalpin. Moncey la personnifie; il fait croître dans le pays l'estime des vertus françaises, comme il avait fait en Espagne.

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