LIVRE TROISIÈME
» En récompense il est nommé premier inspecteur général de la gendarmerie française. Ses vues élevées et pures rendent plus éminente encore une si haute position, créée pour lui. Ce corps devient sous ses auspices une magistrature armée, qui protège et qui veille pour l'État, le peuple et les lois; une force à la fois militaire et morale, unissant à la discipline du soldat la modération du fonctionnaire et les vertus du citoyen.
)i Pour seconder sa pensée et préparer un code à l'arme qu'il dirige, il charge un jurisconsulte savant, intègre, austère, de reviser les intructions, les ordres, les rapports d'un intérêt supérieur, afin que rien, dans son inspection générale, ne sorte du cercle tracé par les lois.
» En jugeant avec impartialité les actes deMoncey dans ces nouvelles fonctions et dans ses trois commandements à Lyon, à Milan, à Bordeaux, nous croirons écrit pour ses vertus l'éloge que fait Tacite du caractère déployé par Agricola dans le dernier de ces commandements , celui de l'Aquitaine. « L'opinion générale, dit le grand historien, n'ac- » corde pas aux militaires ce génie subtil et délié » qu'exercent les débats du forum, parce que la jus- » tice des camps, dédaignant la finesse, fait presque » tout avec la force. Mais Agricola, par sa prudence » naturelle dans ses rapports avec les citoyens, savait » unir à l'équité la bienveillance. Les affaires le trou-
» vaient attentif, grave, sévère, et plus souventmisé- » ricordieux. Son devoir accompli, le grand digni- » taire effaçait de sa personne jusqu'aux dehors du » commandement. En lui, rien d'arrogant et surtout » jamais rien d'intéressé. Par l'alliance la plus rare, » l'autorité ne perdait rien s'il était affable, ni l'affec- » tion s'il était austère. L'intégrité, la tempérance, )) remarquées chez un tel homme, feraient injure à » ses vertus supérieures. La renommée même, que )i trop souvent les bons courtisent, par ostentation » du bien, il ne l'a cherchée par aucun art. » Ces éloges, que la vérité dictait au plus sévère des historiens, combien de fois, loin de l'illustre maréchal dont nous esquissons la vie, combien de fois, autour du foyer paternel, nous les redisait l'ancien jurisconsulte confident de ses travaux, l'homme qui l'a le plus aimé, le plus révéré, lorsqu'il voulait présenter à nos jeunes cœurs de vivants et nobles modèles, comparables aux plus beaux exemples de l'antiquité !
» Tant de vertus et de services méritaient toutes les distinctions qu'allait inventer le génie du Premier Consul, afin de préparer et de réaliser l'Empire. La Légion d'honneur à peine instituée, Moncey, grand officier, bientôt grand-aigle, sera l'un des premiers commandants des seize cohortes qui composeront cette puissante institution. Avant Austerlitz et le couronnement, celui qui va prendre un nom