LIVRE TROISIEME
de l'Ibérie, heureux de pouvoir enfin payer les dettes de leur patrie au sage, au vaillant, au vertueux Scipion de l'Espagne moderne, accorderont au maréchal sauvegarde complète jusqu'au delà des Pyrénées.
m La grande armée s'organise en Espagne ; six maréchaux, Moncey compris, et deux lieutenants généraux en commandent les huit corps ; des ducs, des princes, des rois en forment r état-major , et l'homme du siècle en est l'âme.
» Si vous voulez voir combien vite les grandeurs de la terre s'évanouissent au moindre souille de la Providence, contemplez les chefs de cette magnifique armée , la plupart illustrés si jeunes et qui devaient, en apparence, jouir si longtemps de leur splendeur! Bessières et Lannes, morts les premiers, tous deux sur le champ de bataille , sont les seuls dont le sort ne laisse rien à désirer, pour leur bonheur à sortir si bien et si tôt de la vie ; Augereau, Davout, Masséna, Sachet, Samt-Cyr, Jourdan, Victor achèvent au sein de la cité leur carrière abrégée par d'immenses fatigues. Avant eux tous, Berthier périt par accident ; Junot s'est détruit de ses mains ; Murât expie sa royauté par le supplice ; Ney, le brave des braves, malgré les conventions invoquées, n'évite pas le même sort; un autre chef, qu'ont respecté trente ans les boulets de l'ennemi, Mortier, succombe au milieu d'une fête sous des
coups pointés contre toute une dynastie; Napoléon, après avoir conduit la victoire en Europe , en Afrique, en Asie, échappe aux assassinats, mais prisonnier, mais exilé par la peur que son nom fait à tout un monde, et ne retrouvant la patrie que sous le pavois d'un cercueil; enfin, Moncey, le Nestor de tous ces héros, après avoir, laissez-moi parler son langage , bordé la haie et présenté les armes à cet immortel cortège, prend à son tour le pas qui mène à la tombe, et répond à l'appel d'en haut, que signalait naguère un des grands capitaines qui restent encore en si petit nombre, tout prêts euxmêmes à répondre !
» Pour trouver une pareille réunion d'illustres contemporains devenus, en pareil nombre d'années, l'exemple de destructions déplorables et violentes, il faut remonter, à travers les siècles , jusqu'aux lieutenants de César, jusqu'aux successeurs d'Alexandre.
» Reprenons la marche du temps. Deux mois dans la plus rude saison suffisent à l'armée de l'Empire pour gagner trois grandes batailles, franchir les chaînes de montagnes impraticables en hiver, et forcer l'armée anglaise, si fière de sa bravoure, à se sauver sur ses vaisseaux. Le duc de Gonégliano, commandant le 3e corps, a pris sa part de ses triomphes. Il a, pour dernier fait d'armes, poursuivi jusqu'à Saragosse une armée espagnole,