‹ Les InvalidesChapitre 153 sur 322 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

il veut l'assiéger tout entière; il la refoule clans la nouvelle Sagonte, après l'avoir expulsée de Monte- Torrero, sa principale défense. Montebello terminera cette noble entreprise: avançons toujours.

» Déjà j'entends sonner l'heure marquée pour la chute du grand empire. Trois années immenses mourant tour à tour ont conduit ses funérailles en Russie, en Allemagne, en France. Dans la dernière journée du long sacrifice, Moncey marche à la tête des gardes nationales et combat pour Paris. Lorsque les défenseurs manquent enfin à la capitale, qui se rend , le dévouement de Moncey voit sa place à Fontainebleau; il y vole. Il reprend, comme aux plus beaux jours d'un grand règne, l'inspection vigilante, impassible et calme de la gendarmerie, pour continuer une fidélité qui dure plus que l'Empire. 11 ne cessera qu'à la prière, au commandement de Napoléon même.

» Voici ! 81 o et ses tristes fragilités; les réactions, ce fléau des régimes qui ne fondent pas pour durer ! Sur le trône où Louis le Grand dut sa gloire et ses conquêtes à Turenne, à Luxembourg, à Gondé, préservés du jugement et du supplice après la guerre civile , un prince , dont je ne veux parler qu'avec respect puisqu'il est l'auteur de la charte, a le malheur de ne pas suivre cet exemple cher à tous les cœurs généreux et de laisser la clémence plier sous la tempête des partis.

)> La Restauration invoque, en dehors de la loi fondamentale , une juridiction militaire et républicaine que les lois de la monarchie ne permettent pas d'appliquer aux grands officiers de la couronne, aux maréchaux, aux pairs. Sous cette forme serait atteinte l'une des hautes renommées militaires pour lesquelles une immense infortune fait redoubler les sympathies nationales. L'opposition courageuse d'un guerrier citoyen suffira pour anéantir cette jurisprudence et restituer à la charte son empire.

» Sommé de présider le tribunal exceptionnel exhumé de Vincennes, Moncey refuse. Menacé, toujours en invoquant la loi républicaine, de perdre son rang monarchique de maréchal, rang inamovible depuis François Ier, son âme lui révèle qu'après la gloire d'avoir obtenu, parle plus fameux guerrier des temps modernes, la plus éminente dignité militaire, une autre gloire l'attend, plus haute encore, et surtout plus rare : c'est de perdre à la fois le maréchalat et la liberté pour obéir à l'ordre de sa conscience.

» Le château de Ham doit être sa prison ; il y court. Un commandant prussien l'occupe avec sa troupe. Le maréchal veut-il accepter de l'étranger un logement d'honneur, le château sera son palais... Il veut la prison pour subir sa peine; le Prussien déclare que son roi n'est le geôlier de personne en

Page 1