LIVRE TROISIÈME
France, et que sa mission ne peut servir à des vindictes de guerre civile.
m Moncey ne se tient pas pour libéré ; repoussé glorieusement du château , il loue à ses frais la maison la plus voisine, en fait sa prison d'Etat, et s'y constitue trois mois prisonnier. Pendant ces trois mois, la garnison de l'étranger, révérant à la fois ce grand exemple d'obéissance militaire et d'honneur sans tache, envoie chaque soir la musique de ses troupes saluer de ses fanfares, en signe d'admiration, le prisonnier volontaire.
» Et maintenant figurez-vous le peuple de Ham, où des citoyens tels que Foy prennent naissance: il applaudit à ce spectacle de l'étranger vaincu dans le sein de sa victoire par la supériorité de vertus si françaises, et rendant de pareils hommages à l'un des héros par qui l'Europe avait été, les armes à la main , battue tant de fois !
» Les passions attiédies, la Restauration reconnaît que Moncey n'a pas cessé d'être maréchal, trois ans après, dans la grande promotion qui procura, qui procure encore tant de gloire à la pairie.
, » A peine a-t-il recouvré ses dignités, rehaussées par plus d'estime et de juste célébrité, la fortune l'atteint par un de ces coups qui font sentir le néant de tous les rêves de bonheur ici-bas. Le maréchal possédait un fils, un seul fils, distingué déjà par de beaux faits d'armes; remarqué, dès le début,
par celui dont un coup d'oeil devinait une destinée; avancé, décoré sur les champs de bataille; parvenu par son mérite au grade de colonel , qui conduit si vite aux grands commandements les officiers de talent et de courage : eh bien, ce brillant militaire, qui réalisait de si douces espérances, qui justifiait si noblement l'extrême tendresse d'un père, au milieu des plaisirs qu'aiment surtout les gens de guerre, pour s'endurcir aux fatigues, un funeste accident fait partir une arme à feu qui le tue —
» Son affliction du moins sera suspendue par une occasion sublime. La Restauration a grandi Moncey par des sévices endurés avec magnanimité; elle a plus fait, elle a pris foi dans celui qu'elle a vu supporter dignement ses coups. Le généreux maréchal la remercie, pour ce double honneur, en conquérant la Catalogne avec la jeune armée française régénérée par le patriotisme et le génie de Gouvion Saint-Cyr.
» Enfin, la patrie désigne au doyen des maréchaux son dernier champ de bataille. Lorsqu'elle lui confie le gouvernement des Invalides, il touche à ses quatre-vingts ans; mais son cœur est resté jeune à l'égard de ses anciens frères d'armes. Leur âge rappelle au sien les plus beaux temps de nos combats , de nos triomphes ; il voit en eux les monuments animés d'une gloire qui chaque jour va cessant d'être contemporaine, pour s'élever à la postérité.