‹ Les InvalidesChapitre 155 sur 322 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Il veut du moins leur rendre doux les derniers moments du passage. Ont-ils quelques besoins personnels, quelques malheurs à soulager, quelques secours à réclamer pour leurs femmes et leurs enfants ? qu'ils ouvrent leur âme au bon maréchal : son traitement leur appartient. Une suffit pas d'être généreux; il veut d'abord qu'on soit juste à leur égard et que leur dû soit respecté dans toute son étendue. Son infatigable sollicitude passe en revue les moindres détails qui peuvent influer sur le bienêtre, le confort , la vie de l'invalide. Tous les abus sont découverts par son austère vigilance. Mais quelle lutte obstinée ne subit-il pas avant de les extirper, à son corps défendant ! car les abus l'attaquent lui-même, comme un perturbateur qui les offense, dans la dignité de leur paix, et dans les droits acquis de leurs larcins.

» Ayant parcouru, suivant ses longues vicissitudes, une vie presque séculaire, embrassons d'un coup d'œil les titres d'honneur de cette grande existence, si souvent éprouvée par des guerres différentes , et si souvent couronnée par la victoire.

» La succession des nombreux gouvernements qui tour à tour ont dominé la France depuis cinquante ans et ruiné tant de caractères honorables dans le principe, cette succession était nécessaire pour faire éclater, sous leurs aspects divers, toutes les vertus de Moncey. Le régime de la terreur mon-

trait la fermeté de son âme à défendre l'humanité ; les conquêtes républicaines dévoilaient son intégrité, victorieuse de tentations immenses; le Directoire et la Restauration révélaient sa dignité dans la disgrâce, et sa supériorité dans la persécution; le Consulat faisait briller son dédain des ressentiments et son amour de la concorde; l'Empire étonné voyait son respect des lois, comptées alors pour si peu, et sa fidélité persévérante en faveur de la plus illustre infortune; le gouvernement issu de juillet 1 830 faisait apparaître sa détestation des vengeances qui survivent à la bataille; et son amour fraternel à l'égard du vieux soldat; et son indignation, qu'on proclamait surannée, comme l'improbité ; enfin, sa piété pour les mânes de son plus grand bienfaiteur, mânes confiés à sa garde, et je dirais presque à son culte, dans le temple des Invalides, si la foi chrétienne pouvait accorder les dieux lares au séjour de la gloire humaine .

» Messieurs les pairs, un petit nombre de grands hommes et beaucoup d'hommes éminents ont été portés par la Providence au sommet de notre nation depuis un demi-siècle, afin d'accomplir des actions immortelles, au milieu d'événements immenses pour le présent, immenses pour l'avenir. Ces hommes ont élevé notre patrie, aux yeux de l'étranger, plus haut qu'elle n'avait jamais brillé sous l'antique monarchie. A l'aspect de tant de gloire jaillie,

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