‹ Les InvalidesChapitre 165 sur 322 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

y dénommées ont signé avec nous, après la lecture faite. »

Discours prononcé par M. le comte Mole, à l'occasion du décès de M. le maréchal comte Valée.

« Messieurs,

» Celui dont je viens retracer la carrière est encore vivant dans votre mémoire. Ses œuvres utiles et glorieuses n'avaient pas besoin de mes faibles paroles pour obtenir la reconnaissance du pays. C'est un devoir que je remplis, une dette dont je m'acquitte, en lui rendant devant vous un dernier hommage. Le cabinet du 15 avril, dont j'avais l'honneur d'être le chef, mettra toujours au rang de ses meilleurs souvenirs et de ses meilleurs services d'avoir proposé au Roi d'envoyer le général Valée en Afrique, et d'avoir compris qu'il se devait à lui-même d'appeler une des premières renommées de notre armée à venger l'échec éprouvé devant Constantine. Au surplus, messieurs, je dois me préserver ici de la solennité d'un exorde et de toutes les formes pompeuses du discours. J'ai vu de trop près la simplicité, la modestie, cortège intime et attachant d'un mérite si rare, pour qu'il me soit permis de louer une telle vie autrement qu'en ■ la racontant.

» Silvain-Charles Valée naquit à Brienne le 1 7 dé-

cembre 1773. Orphelin dès ses premières années, il fut nommé élève du Roi à l'École militaire de Brienne, à l'âge de huit ans. Il avait presque achevé ses études, lorsque la suppression de cette école et de toutes celles de la même nature lui fit quitter à la fois le lieu de sa naissance et ce premier théâtre où l'enfance et la jeunesse de l'homme font présager son avenir. Appliqué et réfléchi, silencieux et contenu, le jeune Valée était un de ces êtres chez lesquels la vie intérieure domine , et que leur réserve naturelle fait taxer de froideur, quelquefois même d'orgueil, par leurs égaux. Dans ces grands centres d'enseignement où se presse une nombreuse jeunesse, la camaraderie a ses exigences et ses rigueurs. Malheur à celui qui s'isole et reste solitaire au milieu de cette foule turbulente et entraînée, jusqu'à ce qu'elle aperçoive au-dessus de sa tête celui qu'elle poursuivait de son ironie ou de son injustice, et qu'elle est forcée d'admirer : du reste, en entrant à l'École de Châlons comme élève souslieutenant, Yalée eut le rare bonheur de rencontrer de dignes émules destinés à devenir ses glorieux rivaux. L'École d'application de l'artillerie comptait alors parmi ses élèves Haxo, Marmont, Duroc, un frère de Napoléon , enfin Louis Courier. L'éducation , messieurs, ne vient pas seulement du maître. De jeunes hommes tels que ceux-ci , échangeant leurs idées dans de familiers entretiens, s' excitant au feu

Page 1