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LIVRE TROISIÈME

moins l'éclat que la solidité du succès. Inconnu personnellement du général Bonaparte devenu premier consul, il ne parvint qu'en 1802 au grade de chef d'escadron. Nommé major en 1804, il fit plus tard la campagne d'Austerlitz, et se distingua aux batailles d'Eylau et de Friedland. Bientôt après, l'Empereur l'envoya en Espagne, où il débuta sous les ordres du maréchal Lannes qui assiégeait Saragosse. Après la reddition de cette ville , il eut le commandement de l'artillerie du troisième corps, devenu l'armée d'Aragon. Général de brigade en 1809, il dirigea celle du général Suchet aux sièges de Lérida, de Tortose, de Méquinenza, de Sagonte et de Tarragone; c'est là surtout qu'il acquit cette expérience et cette renommée qui me rirent si vivement désirer, en 1837, qu'il se chargeât de conduire notre artillerie sous les murs de Constantine et d'en diriger les opérations. Après la prise de Tarragone, qui avait résisté à cinq assauts, l'Empereur le nomma général de division. Il suivit le maréchal Suchet devant ATalence, qu'il obligea, par le feu de son artillerie , à ouvrir ses portes , et mit en état de défense toutes les places qui se trouvaient dans le vaste commandement du duc d'Albuféra.

» On était en i 8 1 3 , l'étoile de Napoléon avait pâli à Moskou, à Leipzig. Les Français durent évacuer la Péninsule, et le moment était venu pour Valée de montrer qu'au milieu des circonstances

les plus difficiles son âme restait calme , son esprit ferme et libre , son activité et son ardeur les mêmes que quand il poursuivait et décidait tant d'éclatants succès. Malgré les efforts des armées anglo-espagnoles et des populations soulevées, il parvint à conserver et ramener en deçà des Pyrénées l'immense matériel de nos troupes en Espagne. Napoléon, pour lui en témoigner sa satisfaction, le nomma comte de l'Empire par un décret daté de Soissons, le 12 mars 18! 4, et après son retour de l'île d'Elbe, dans les Cent-Jours, il le chargea de l'armement de Paris, que le général Haxo devait mettre en état de défense. Mais, pour la seconde fois, Napoléon avait succombé sous l'etïort des peuples et des armées de l'Europe coalisés. Pour la seconde fois la branche aînée de la maison de Bourbon était remontée sur le trône de ses ancêtres. Elle cherchait alors à éviter les fautes commises en 1 81 4, et au lieu de prendre parmi ceux qui l'avaient suivie dans l'exil les chefs des armées et des services publics, elle voulut recourir aux hommes les plus éprouvés dans nos luttes et les plus connus du pays. Redoutant toutefois les grandes influences et les hautes positions, parce qu'elle manquait de confiance dans ceux qui auraient pu les exercer et les occuper dignement, la Restauration supprima, en 1815, la place de premier inspecteur général qu'elle avait donnée au général Sorbier en 1814.

Elle en remit les attributions aux mains d'un comité qui devait diriger cette arme, dont le système des grandes armées et des grandes batailles avait accru l'importance , et y proposer toutes les ré formes et les améliorations désirables. Non-seulement le général Yalée fut appelé à siéger dans ce comité , mais pendant cinq années consécutives ses collègues le choisirent pour rapporteur. C'est ici que commence la seconde période de sa vie : il avait quarante-deux ans. Pour la première fois, depuis sa sortie des écoles, la paix lui laissait le loisir de mûrir et coordonner toutes les observations qu'il avait pu faire pendant les guerres de la République, du Consulat et de l'Empire. Pour la première fois l'occasion lui était donnée d'employer, dans toute leur étendue, les plus éminentes qualités de son esprit, et de s'élever à la théorie par l'étude approfondie de la pratique. Appelé en 1818, par le maréchal Gouvion Saint-Cyr, ministre de la guerre , à faire partie d'une commission de défense du royaume, il y fit adopter un système général d'armement pour les places fortes et l'immense littoral qui forme à l'ouest et au sud la frontière de la France. Enfin, en 1822, le gouvernement, sentant la nécessité de donner à l'artillerie une direction plus concentrée, plus identique, créa pour lui le litre et les fonctions d'inspecteur du service central de l'artillerie. Yalée entreprit alors de réa-

User toutes les réformes, tous les perfectionnements dont une longue expérience lui avait suggéré l'idée. Un homme dont le nom mérite qu'on le rappelle , M. de Gribeauval, avait porté notre artillerie, dans le dernier siècle , à un degré de supériorité qu'elle n'eut jamais jusque-là. Soutenu d'abord et mis en lumière par M. d'Argenson, ministre de la guerre, plus tard par le duc de Choiseul , et particulièrement par Louis XVI, M. de Gribeauval fit le premier déterminer la force et la proportion de l'artillerie dans nos armées ; il régénéra nos écoles , perfectionna les armes, les forges, les fonderies, inventa de nouvelles batteries pour la défense de nos côtes, établit un ordre nouveau dans les arsenaux de construction; enfin, il avait doté notre infanterie d'une artillerie de campagne dont il emprunta l'idée à la Prusse, et introduisit parmi nos pièces le principe si précieux de l'uniformité. Depuis sa mort, arrivée en 1 789 , il ne s'était fait d'autre changement dans le matériel ou le personnel de l'arme que l'importante création des batteries à cheval. Cependant le temps avait marché, l'œuvre de Gribeauval avait vieilli, et la lutte si prolongée que nous avions soutenue contre toutes les armées de l'Europe, surtout contre les armées prussiennes et anglaises, nous avait appris que notre matériel était devenu inférieur à celui de l'ennemi, qui, moins compliqué, plus disponible, lui donnait, surtout

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