LIVRE TROISIEME
dans les montagnes, des avantages marqués sur nous. Le général Valée, avant de présenter au gouvernement ses vues, voulut s'appuyer de l'opinion de son corps; durant cinq années, il soumit toutes ses idées au plus libre examen , et même à l'épreuve d'expériences rigoureuses et souvent répétées par le corps de l'artillerie tout entier. Ce fut en 1 827 qu'il mit sous les yeux du gouvernement un vaste système qui embrassait toutes les branches du service et donnait à la France un nouveau matériel de campagne, de siège et de place. Plus lard, il changea aussi toute l'organisation du personnel. Mais vous me permettrez, messieurs, d'entrer ici dans quelques détails. J'ai à rendre compte d'une œuvre immense, à laquelle la France doit et devra en partie la supériorité de ses armes. J'ai aussi une autre mission , celle de convaincre ceux qui m'écoutent ou me liront que, pour entreprendre et accomplir une œuvre pareille , il fallait un homme doué de ces rares aptitudes, de ces dons de l'esprit et du caractère, avec lesquels seuls se font les grandes choses ou les grandes réformes ici-bas.
» Le moyen d'augmenter l'efficacité et de multiplier l'emploi de l'artillerie dans les batailles était évidemment de la rendre plus mobile et de simplifier son système de construction. Jusque-là chaque espèce de voiture avait ses roues particulières. Ainsi, dans le matériel de campagne, les pièces
de 6, de 8, de 12, avaient des roues différentes, et chaque pièce deux petites et deux grandes. Valée réduisit le matériel de campagne aux calibres de 8 et de 12, et toutes les pièces furent montées sur quatre roues du même modèle et de la même grandeur : réforme bien simple et dont on put constater bientôt les prodigieux résultats. Ainsi , deux années plus tard, en 1830, lorsque nos vaisseaux jetaient sur la plage d'Afrique les éléments disjoints de nos pièces , l'armée française voyait ces pièces remontées sur leurs affûts comme par enchantement , et marcher en avant avec la rapidité de l'éclair.
» Après avoir donné à l'artillerie une mobilité qui doublait sa puissance, il restait à faciliter la marche et le transport des pièces. Les affûts de 31. de Gribeauval, composés de deux trains, se trouvaient arrêtés devant d'étroits ravins ou des tournants trop brusques, que des canonniers, suivant à pied, leur faisaient franchir après de longs et pénibles efforts: et derrière les pièces venaient de nombreux caissons dont le passage ne rencontrait pas moins de difficulté. Par une nouvelle forme donnée à l'affût, les deux trains devinrent indépendants l'un de l'autre, les pièces purent passer dans les chemins les plus étroits, tourner court et presque sur ellesmêmes; toutes reçurent un coffret qui, placé sur l'avant-train, en était inséparable et suffisait aux premières nécessités du combat. Enfin le coffret lui-