‹ Les InvalidesChapitre 169 sur 322 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

même eut une forme qui permettait aux artilleurs de s'y asseoir, et Ton vit , au moment du combat ou pendant l'action, les batteries accourir, changer de place avec les hommes nécessaires pour les servir. Les canonniers, les munitions, la pièce formaient un tout, une unité formidable, que des chevaux entraînaient au galop , au gré et à la voix de celui qui livrait la bataille. Le général Yalée étendit bientôt les mêmes idées à l'artillerie de siège et au matériel destiné à la guerre de montagnes. Celle d'Espagne lui avait appris combien il était avantageux que l'infanterie engagée dans les montagnes pût être suivie de ses pièces , et , dans les sièges si nombreux de la Catalogne, il avait constaté combien les équipages de M. de Gribeauval pouvaient donner d'embarras. Simplifier, alléger, mobiliser, tel était toujours son but. En appliquant au matériel de siège et de montagnes les mêmes principes qu'à l'artillerie de campagne, il obtint les mêmes résultats. Les batteries du plus fort calibre purent arriver sous les murs d'une place en même temps que l'armée assiégeante. Dans les montagnes les plus abruptes, nos colonnes se firent suivre de pièces si légères que deux mulets suffisaient à les conduire ou porter, et qu'au besoin même les canonniers les auraient traînées ou amenées partout où le pas de l'homme pouvait pénétrer.

» Lorsqu'on considère, messieurs, de combien

de branches, de détails, le service de l'artillerie se compose , on s'étonne qu'un seul homme ait entrepris de le reformer, de le remanier dans toute son étendue. Mais l'étonnement redouble en constatant le succès. Oserai-je dire comment je l'explique? Ce n'est ni le mépris du passé , ni l'amour de la nouveauté qui suggèrent les grandes et belles réformes ; c'est l'observation tranquille, le discernement judicieux, surtout l'ardent désir du bien en toutes choses, joint à la satisfaction inexprimable que certaines âmes savent trouver dans son accomplissement. Tout en m'appliquant à bien connaître celui dont je devais vous raconter la vie , en le suivant pas à pas dans sa noble et laborieuse carrière, je me suis arrêté plus d'une fois pour admirer qu'il eût rencontré la gloire en ne cherchant que l'utile. Et qu'on ne dise pas, en se servant d'une mauvaise expression de nos jours, que le général Yalée ne pouvait sortir de sa spécialité. Non, messieurs, lorsque vous l'aurez vu en Afrique, là où personnellement j'ai pu si bien l'apprécier, vous penserez, avec moi, qu'il pouvait choisir sa route et qu'il donnait la même mesure de lui-même partout où son dévouement et son patriotisme le conduisaient. Comme Napoléon , avec lequel on ne peut me soupçonner de vouloir le comparer, il s'absorbait dans le détail, sans oublier un seul instant l'ensemble et le rapport du détail avec lui. Quand il avait tiré de

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